Autres Textes et Poèmes choisis

  • Adam (nom chinois Jingjing) : Stèle nestorienne, texte de l’inscription

    Anonyme (6e s. ap. J.-C. Chine) : Stèle nestorienne ou Stèle de Xi’an – sculpture et gravure – Calcaire ou pierre volcanique noire (haute d’environ 2,79 mètres).

    INSCRIPTION DE SI-NGAN-FOU
    (NdlR : aujourdhui Xī’ān)
    (traduction G. Pauthier – 1858)

    1. Inscription, sur pierre constatant l’introduction et la propagation de la religion resplendissante du Ta-Thsin (NdlR : aujourd’hui Da-Qin) dans le Royaume du Milieu.

    2. Chant laudatif avec prolégomènes formant l’inscription sur pierre de la Religion resplendissante introduite et pratiquée en Chine ; — le tout rédigé en chinois par King-Tsing, prêtre de l’Église syrienne.

    NDLR : les nombres entre parenthèses renvoient au chapitre Notes du document original (PDF, 119 pages))

    Inscription sur la stèle de Si-ngan-Fou

    1. L’Être qui existe par lui-même étant la vérité substantielle, absolue, la puissance solitaire immanente et immuable, il précéda les premiers êtres et il est lui même sans commencement; inaccessible à toute perception des organes des sens, étant l’intelligence, l’incorporéité mêmes, il succédera à ceux qui seront les derniers dans l’espace et le temps, et son existence sera toujours merveilleuse (1) !

    2. Explorant, de ses mains puissantes, les abîmes ténébreux du monde (2), il opéra la création. Cet Être primordial, que les intelligences subtiles, que la foule des saints hommes, dès l’origine, ont adoré, n’est-ce pas notre unité-trine (3), dont la personne admirable est sans commencement , le maitre souverain de la vérité : Eloha (*) !

    Prenant le signe de la croix + pour déterminer les quatre parties du monde , il donna le mouvement à l’air primordial et produisit les deux grands principes actifs de l’univers (4) : le sombre vide fut transformé, et le ciel et lu terre parurent; le soleil et la lune accomplirent leurs révolutions, et le jour et la nuit furent faits (**) !

    3. Le grand ouvrier ayant ainsi achevé la création de tous les êtres (5) ce fut alors qu’il forma (6)  le premier homme. Il le distingua des autres êtres en le douant de facultés supérieures : la bonté et la sociabilité. Il lui donna le commandement jusque sur les mers transformées (7) . Sa nature intelligente était semblable, dans l’origine, à l’onde qui n’a pas encore dépouillé tout son limon ; il était simple et sans orgueil. Son cœur, encore étranger à toutes les passions qui le troublent, n’avait originellement aucune concupiscence, aucuns désirs déréglés.

    4. Mais il lui arriva que, trompé par les mensonges réitérés de Satan, sa nature pure et simple se corrompit en se revêtant d’ornements extérieurs. Avec le temps s’effaça ce qu’il y avait de bon et d’élevé dans cet état primitif de sa nature sincère et vraie, et il tomba ténébreusement dans l’erreur et le mensonge qui lui avaient été suggérés.

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    (*) En chinois ce nom est transcrit 0- lo-ô, représentant exactement la prononciation syriaque du nom de Dieu propre à cette langue : Âlohâ, le même que Eloha en hébreu. C’est déjà ici une première preuve que les auteurs de l’inscription étaient Syriens. De plus, l’exposé succinct de leurs croyances, ou le symbole de leur foi par lequel commence cette même inscription, et qui est remarquable sous plus d’un rapport, ne peut laisser aucun doute à cet égard. (**) « Et dixit Deus : Fiat lux, et facta est lux. Et vocavit Deus lucem diem, et tenebras vocavit noctem. Et factum est vespere, et factum est mane, dies unus. » (Genèse, ch. 1, § 3 et 5.)
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  • La Stèle nestorienne décrit la religion chrétienne en Chine au 8e siècle

    Stèle de la propagation de la religion chrétienne en Chine, ornée de motifs sculptés et d'inscriptions en chinois et en syriaque, datant de 781 ap. J.-C., conservée au Musée Beilin à Xi'an.
    Anonyme (8e s. ap. J.-C. – Chine) : Stèle nestorienne ou Stèle de Xi’an – sculpture et gravure – Calcaire ou pierre volcanique noire (haute d’environ 2,79 mètres) – reproduction

    Ce texte (écrit par l’IA puis révisé et complété par Luc Fayard), fournit une synthèse et un état de l’art sur la Stèle nestorienne ou Stèle de Xi’an, également connue sous le nom de « Stèle de la propagation de la religion nestorienne du Da Qin en Chine » (Da Qin ou plus anciennement Ta-Thsin = Empire romain).
    L’inscription de cette stèle prouve l’existence de missionnaires chrétiens en Chine au 8e siècle ap. J.-C., soit bien avant l’arrivée des jésuites au 16e siècle.
    Cet article renvoie également à une traduction complète en français de l’inscription, issue du travail de Jean-Pierre Guillaume Pauthier (1801-1873) paru en 1857. Une telle traduction complète et lisible pour le grand public est difficilement trouvable en France et constitue un petit événement littéraire en soi.

    L’auteur de la Stèle

    L’auteur principal du texte de l’inscription en chinois est un prêtre du nom de Adam (en chinois : Jingjing (景淨), un ecclésiastique de l’Église d’Orient.
    Rédacteur du texte : Le moine Adam (Jingjing), qui était probablement le métropolite de Beth Sinaye (Chine), a composé la longue inscription en chinois qui retrace l’histoire du christianisme en Chine depuis l’arrivée du premier missionnaire, Alopen, en 635.
    Commanditaire/Maître d’œuvre : La stèle a été érigée par une communauté chrétienne assyrienne florissante à Chang’an (aujourd’hui Xi’an) en 781 après J.-C., sous la dynastie Tang.

    (suite…)
  • Segalen (Victor) : Stèle provisoire

    Anonyme (Chine) : illustration pour le chapitre « Stèle provisoire » du livre « Stèles » de Victor Segalen


    Ce n’est point dans ta peau de pierre, insensible, que ceci aimerait à pénétrer ; ce n’est point vers l’aube fade, informe & crépusculaire, que ceci, laissé libre, voudrait s’orienter ;

    Ce n’est pas pour un lecteur littéraire, même en faveur d’un calligraphe, que ceci a tant de plaisir à être dit :

    Mais pour Elle.

    Vienne un jour Elle passe par ici. Droite & grande & face à toi, qu’elle lise de ses yeux mouvants & vivants, protégés de cils dont je sais l’ombre ;

    Qu’elle mesure ces mots avec des lèvres tissées de chair (dont je n’ai pas perdu le goût) avec sa langue nourrie de baisers, avec ses dents dont voici toujours la trace,

    Qu’elle tremble à fleur d’haleine, — moisson souple sous le vent tiède, — propageant des seins aux genoux le rythme propre de ses flancs — que je connais,

    Alors, ce déduit, enjambant l’espace & dansant sur ses cadences ; ce poème, ce don & ce désir, —

    Tout d’un coup s’écorchera de ta pierre morte, oh ! précaire & provisoire, — pour s’abandonner à sa vie,

    Pour s’en aller vivre autour d’Elle.

    Victor Segalen. Stèles. Édition de référence: Pékin, 1912

    NdlrR: un des rares poèmes de Stèles pour lequel personne n’a pu identifier l’origine de l’épigramme. Éxégètes de Segalen, au travail ! Traduction littérale : « Monument aux nuages »

  • Cadou (René-Guy) : Cri du cœur


    Il faut revenir en arrière
    Le vent qui mène tout reprend la terre en mains
    On tourne les chemins
    On soulève les pierres
    Les racines du sang déchirent les paupières

    C’est plus loin qu’il faut voir
    Par delà les orages
    Par delà les oiseaux qui bouclent les villages
    Dans un ruisseau de soie que rien ne peut tarir

    Quand le cœur va parler
    Quand tout va repartir
    Quand la peau du soleil glissera sous la porte
    Je serai le premier sur les pas du matin

    La voix n’est pas changée
    Le mystère est le même
    L’épaule est retombée sur le bras qui chantait.

    René-Guy Cadou. Œuvres poétiques complètes. I. Seghers

  • Segalen (Victor) : À l’envers

    Idéogramme de « chaos » illustrant le poème dans Stèles (nrf/Gallimard, 1993)

    À l’envers du commun des hommes qui, dans leurs menus souhaits, échangent des « Dix mille années »,
    J’appelle avec vœux la clôture de la Grande Année du Monde, et qu’il s’endorme vite dans le chaos sans bonté.
    À l’envers de leur nature les êtres alors agiront : l’eau brûlant, le feu noyant toute la chose et tout l’esprit.
    Vienne cette heure renversée, la Douzième : son moment, qu’il me sera doux!
    À l’envers de ma nature les désirs alors agiront :
    Peut-être alors me sentirai-je bon parmi les principes à l’envers?

    Victor Segalen. Stèles