Adam (Jingjing en chinois) : Stèle nestorienne, texte de l’inscription

19. La troisième année (744), il y eut un prêtre de Syrie, nommé Ki-ho, lequel, en observant les étoiles, et, à leur défaut, la marche du soleil, vint à la Cour présenter ses respects au très-vénérable Empereur. Un décret prescrivit au prêtre Lô-han, au prêtre Pou-lun (*), et autres de même ordre, en tout sept prêtres, avec le très-vertueux Kie-ho, de se rendre au palais de [‘abondante félicité (46) , pour y accomplir des actes méritoires (ou les cérémonies de leur culte). Ce fut à cette occasion que des inscriptions élogieuses

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(*) Ces deux derniers noms paraissent être des transcriptions en chinois des noms syriens Loukha et Poulos, que l’on trouve écrits en estranghélo sur l’un des côtés de l’inscription, comme on le verra ci-après, avec ceux de soixante-cinq autres prêtres syriens, celui de Kì-hõ est moins reconnaissable. Cependant, nous sommes très porté à croire qu’il est la transcription de Aghui (prononcé Oghui, et transposé à la manière chinoise : ghui-’o, qualifié, dans la liste syriaque, de prètre et archidiacre de la ville de Gumden, ou Si-ngan-fou. Quant au nom même de Aghui, il est traduit, dans le P. Kirclier, par Gregorius, ailleurs par George; nous pensons que ce nom doit être celui de Achaeus, en français Aggee, qui est celui d’un ar chevêque de Scleucie, du commencement du quatrième siècle.
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de l’Empereur, tracées sur des tablettes de buis, furent placées dans l’Eglise chrétienne et sur son frontispice, lesquelles inscriptions représentaient l’écriture impériale, ornée de dragons (*). Les pierres précieuses, enchâssées dans ces tablettes, jetaient un éclat chatoyant comme celui du vol de l’hirondelle des eaux, et se réfléchissaient sur les nuées vermeilles du Ciel. Ces inscriptions impériales, suspendues dans l’enceinte et sur le frontispice du temple, étaient comme les rayons de l’intelligence qui dissipent les ténèbres de l’immense et sombre vide, et, en s’élevant dans l’espace, semblaient faire rougir le Soleil dans sa course. Les dons généreux de l’Empereur sont comparables en hauteur aux sommets les plus élevés des montagnes méridionales; leur action bienfaisante égale en profondeur celle de la mer orientale. La loi religieuse n’est pas une chose qu’il soit défendu de pratiquer; ce qui est praticable peut être proclamé publiquement. Les Saints qui gouvernent les peuples ne sont pas sans faire des actions ; ce qu ils font peut être aussi rendu public (47).

20. Le très-éclairé Empereur Sow-tsoung (756-762) fit établir de nouveau des Églises de la Religion illustre à Ling-woû et autres lieux (48) dans cinq Principautés (de l’ouest). La bonté primitive qui nous avait favorisés nous fut continuée avec la même confiance, et nous fûmes comblés de félicités. Une source de grandes prospérités descendit d’en haut sur le peuple, et l’autorité impériale fut solidement établie.

21. L’Empereur lettré et guerrier, Taï-tsoung (763- 779), agrandit encore la sphère d’action des hommes religieux en consentant à ne pas leur opposer une

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(*) Le dragon est l’emblème iimpérial en Chine. Tout ce qui est impérial porte les figures répétées de cet animal fantastique.
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action contraire ()49. Chaque fois, au jour anniversaire de sa naissance (50) , il offrait en don de l’encens céleste pour prêcher l’accomplissement d’actes méritoires. Il envoyait aussi des mets de sa table impériale pour répandre de l’éclat sur la foule qui pratiquait la (Religion) illustre. Ainsi, la vertu bienfaisante du Ciel récompense les bonnes actions : c’est pourquoi elle peut grandir les vivants ; les saints (Empereurs) grandissent les personnes (auxquelles ils donnent des marques de considération) : c’est pourquoi ils peuvent contribuer à leur entretien (51)  .

22. Notre saint, divin, lettré et guerrier Empereur, qui a donné à ses années de règne le nom de fondation dans le milieu (kien-tchoùng) : l’Empereur Té-tsoûng (780-783), a étendu les huit grands principes, les huit règles fondamentales du gouvernement, pour dégrader les fonctionnaires indignes, et élever à des emplois supérieurs ceux qui méritaient de l’être, en mettant en évidence ceux qui se tenaient éloignés (52) . Il a remis aussi en lumière les neuf grandes classes de lois qui doivent gouverner l’Empire (53), dans le but déterminé de renouveler les prescriptions éclatantes (des anciens législateurs). Dans cette œuvre de réno­ vation, il a pénétré les lois les plus profondes de la raison humaine (li) pour les mettre en pratique. En offrant des prières aux esprits, son cœur ne rougit pas. Il est parvenu ainsi au plus haut point de la raison, en couservant une grande simplicité. Il a rendu la paix et la tranquillité à l’Empire et il a mis en pratique ce grand principe moral, de traiter les autres comme on voudrait être traité soi-même (54) . Il a donné une large satisfaction à ses sentiments de commisération et de bienfaisance, en cherchant à découvrir les misères et les afflictions du peuple pour les soulager. Celui qui a répandu tant de bienfaits sur la foule des créatures vivantes, nous voulons nous efforcer de suivre ses traces dans la grande voie du bien. En puisant à cette source et le prenant pour guide, nous parviendrons à monter insen­ siblement tous les degrés de la perfection.

23. Si l’on pouvait faire que les vents et la pluie arrivassent en saisons convenables, le monde serait en paix ; les hommes pourraient se gouverner selon les principes de la raison ; les êtres inférieurs pourraient être exempts de vices; les vivants pourraient être satisfaits, et ceux qui ne sont plus pourraient se réjouir dans la tombe. Considérant que la vie est un son ou un écho qui répond à un autre écho; que les sentiments, les affections, les passions, qui se produisent dans le cœur de l’homme se transforment en bien sous nos yeux, Nous, appartenant à la (Religion) illustre, nous devons employer toutes nos forces à accomplir les œuvres méritoires qu’elle prescrit.

24. Notre grand bienfaiteur, le chef et religieux ou prêtre I-ssé (*), décoré par l’Empereur de la robe de pourpre mélangée de noir et nommée kiâ-cha (55) , inspecteur des examens de la salle impériale, grand-maitre, aux insignes noir, rouge et or, des approvisionnements de bouche de la maison impériale en même temps que commandant spécial militaire en second de la partie septentrionale de l’Empire exposée aux excursions des Tartares (56), nous a donné des témoignages de ses dispositions à la concorde et à l’union, et a été en même temps très-bienfaisant pour nous. Ayant entendu parler de nos labeurs et des progrès de la Loi, quoique éloigné, il vint aussitôt en Chine de la ville fortifiée, nommée la Demeure royale (57) . Sa connaissance du cœur humain

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(*) Ce personnage, dont il est fait un si grand éloge dans l’inscription, était vraisemblablement un bouddhiste indien qui, de la ville capitale du Ma- ghada, nommée la demeure royale, « Râdjagriha », se rendit en Chine, pour y étudier la nouvelle doctrine. Son nom de l-ssé, en sanskrit Is’a, «maître, seigneur», corrobore cette conjecture.
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