Auteur : Luc Fayard

  • oublier l'amour

    l’amour fuit sur les lacs
    l’automne est dense et gris
    le vent soupire et rit
    de ta vie tout en vrac

    tu marches vers le trou
    sans laisser de trace
    ton âme lourde embrasse
    la mort de l’orgueil fou

    les femmes que tu aimes
    ont perdu leur regard
    elles vont au hasard
    perdues dans leur bohème

    l’amour s’en est allé
    rêver sous d’autres cieux
    sourire à d’autres dieux
    participe passé

    voici que tu regrettes
    les filles alanguies
    qui te rendaient groggy
    sur de molles banquettes

    mais le temps reste sourd
    bonhomme il te faut vivre
    encore libre et rire
    et oublier l’amour

  • souviens toi de l'île

    souviens toi de l’île 

    aux chevaliers guignettes
    où les sternes sont naines
    ou bien pierregarin
    les hérons toujours cendrés
    les mouettes rieuses
    ou mélanocéphales
    les gravelots toujours petits 
    et grises les bergeronnettes
    et noires les guifettes
  • bords de loire

    les feuilles volètent 

    comme des papillons
    la troupe de corbeaux attaque 
    le busard importun

    la loutre plonge 
    chassée par un bruit
    là bas le cygne hiératique
    les hérons tendent le cou
    le soleil crée 
    des trouées blanches 
    sur l’eau ridée
    et des rebonds
    sur la berge immuable fière
    sauvage et millénaire
  • pieds des stalles

    je regarde mon doigt de pied gauche
    et je me dis  un pied çà a l’air de quoi
    ce genre de trapèze improbable et plat
    ce bout du bout du corps
    qui nous tient debout
    par le bas
    on dit tu es bête comme tes pieds
    mais qui a dit que mes pieds étaient bêtes
    bien alignés et rangés par taille décroissante
    moi je leur trouve plutôt l’air ordonné
    à mes petits doigts de pied
    ils bougent quand j’en ai envie
    mais si jamais l’envie me prend
    le lever le troisième en partant de la gauche
    qui est aussi le troisième en partant de la droite
    et pourtant j’en ai cinq à chaque pied
    sans faire bouger ses confrères
    je risque d’y passer de longues nuits

    vous aussi
    tout çà pour vous dire qu’il vaut mieux
    compter sur ses dix bons doigts de pieds
    pour marcher et pour botter les fesses
    de ceux qui vous marchent sur les pieds
    remarquez
    si vous n’aviez plus de doigts de pieds
    on ne pourrait pas vous marcher dessus
    c’est chaud
    c’est sûr comme une chaussure
    alors gaffe un conseil
    tous les soirs
    avant de vous coucher
    comptez-les
    vos petits doigts de pieds
    on ne sait jamais
  • je meurs tu pleures

    Je meurs
    Tu meurs
    Je t’aime
    Tu pleures
    Je vogue
    Tu vogues
    Ils voguent
    Où çà
    M’en fous
    Quèqu’part
    Tu viens
    Je pars
    Tu m’aimes
    Je pleure
    Je dis
    Tu dis
    Tout çà
    Ils disent
    N’impor-
    Te quoi
    Tu ris
    Je nage
    Tu nages
    Vers moi
    Ou çà
    Plus loin
    Pourquoi
    Parc’que
    C’est beau
    C’est bon
    Et plus
    Que ça
    Encore
    Pour toi
    Je vis
    Tu vis
    Sans moi
    Je souffre
    Tu souffres
    S’en foutent
    Pourquoi
    Parc’que
    Ils ont
    Raison
    Les cons
    Je viens
    Tu veux
    Je veux
    Te voir
    T’aimer
    Plus fort
    M’aimer
    Dis-tu
    Et puis
    Je rêve
    Tu dors
    Petite
    Et douce
    Je souffle
    Sur tout
    Sur ça
    Sans ça
    Tu voles
    Plus loin
    Sans moi
    Tu joues
    Je perds
    Toujours
    Pourquoi
    Ta peau
    Ton corps
    Adieu
    Rideau
    Mais non
    Tu rêves
    De moi
    Peut-être
    Encore

  • offerte ta bouche douce

    offerte
    ta bouche douce
    pour moi qui pleure

    tes jambes longues
    ton ventre rond
    offerts

    douce ma belle tu souris
    et l’odeur de toi
    rose close ton parfum

    à genoux je caresse
    ta peau offerte
    tu m’enveloppes

    ton souffle chaud sur moi
    s’envole
    comme toi et moi
  • couple qui lit

    8 heures d’un matin gris
    Derrière la vitre embuée d’un MacDo, un couple prend son petit-déjeuner sous la lumière néon.
    Assis l’un en face de l’autre, chacun la tête penchée, l’homme est plongé dans un hebdo télé pas cher, la femme lit attentivement Le Parisien.
    D’habitude, c’est l’inverse, la femme scrute les programmes télé et l’homme les pages PMU.
    Il est resté quelques secondes dehors à les regarder.
    Ils n’ont pas levé la tête.
    Ils ne se parlent pas, ils lisent, chacun la main posée distraitement sur sa tasse de café.
    Tiens, c’est drôle, une main gauche et une main droite.
    Quelques centimètres seulement séparent ces deux mains sur la table.
    Il suffirait d’un rien, un geste instinctif, une envie de se décrisper, pour qu’elles se touchent.
    Alors, ils se regarderaient sans doute une seconde, peut-être même en s’excusant.
    Puis ils reprendraient leur lecture attentive.

  • soir pur et blême

    j’aimerais que tu m’aimes
    quand le soir pur et blême
    peint tes yeux de mystère
    la nuit où sans fin j’erre

    l’ombre de la nuit mêle
    au cœur de son sommeil
    nos corps nus enfiévrés
    plus rien n’est faux ni vrai

    j’aimerais que tu aimes
    cette nuit pure et blême
    ou nos coeurs emmêlées
    tentent de s’arrimer

    l’ombre de l’ombre rit
    qui de la nuit surgit
    l’aube nous chérira
    mon amour mon aura

    quand le ciel blanchira
    quand tu t’évanouiras
    je voudrais que tu m’aimes
    dans le nouveau jour blême

  • gitane et paysanne

    Jeune fille d’autre part au creux de mon âme
    Gitane et paysanne en robe bariolée
    Tu me fais vibrer d’être pauvre mélomane
    Je goûte en harmonies violentes ta beauté
    Et je dérive en toi comme un torrent sans larmes

    Un épi d’arc-en-ciel a transpercé ma vie
    En forme dérivée de plaisir inconnu
    Envol de colombes d’un matin qui sourit
    Au jour de renaissance où je t’ai reconnu
    Mon cœur horloge disparate est reparti

    Le temps mauvais qui passe est un fond de peinture
    Impressionniste lignes de points sans arêtes
    Comme ces photos jaunies de vieilles voitures
    Où le sourire de jeunes filles nu-tête
    Semble façonner l’harmonie de la nature

    Tout doux mon silence d’un creux de nostalgie
    Je rêvais un peu trop et ma voix te parlait
    Des mots nouveaux d’autres mots verbes de vie
    Que je donnais à prendre comme tu cueillais
    En te penchant quelques fleurs de rose et d’ortie

    Dans le ciel entrouvert une larme a gelé
    Sur ton regard qui interroge tendre et noir
    Tes yeux flambée d’un soir d’automne dénudés
    Comme au jour débutant au j’ai levé ton voile
    Mon ange recommencé mer où j’ai plongé

    J’ai marché dans tes pas voie soufflée sur le sable
    De tes mains tendues l’eau recueillie s’échappait
    Je me suis emmitouflé dans tes cheveux d’algue
    Tandis que paré de l’air du temps des marées
    Le cri des mouettes sculptait un ciel à la plage

    Quatre cailloux d’agate et quelques faux cristaux
    Que tu ramassais nous faisaient un long tapis
    Éphémère l’eau les recouvrait aussitôt
    Mouillés et brillants comme après une lourde pluie
    Le sourire grave tu m’en faisais cadeau

    Rares balbutiements ces rimes au passé
    C’était un hiver froid quelque part en Bretagne
    Des pédalos rangés y attendaient l’été
    Souffrant tristement dans un coin de paysage
    Et Bach était Mozart ou Strauss et je t’aimais

    La vie de tes yeux est un air de violon
    Au rythme lent d’un concerto que tu aimais
    Sa plainte donnait à l’aube son émotion
    Recréant le matin silence entrecoupé
    D’admirables pauses instants où nous rêvions

    J’ai pour nom de baptême ta voix ton sourire
    Tes mots m’emportent en créant le monde où tu ris
    Je pourrai sans regrets voir le passé jaunir
    Ou l’amour se noircir car je sais que la vie
    Effacera mon âme hormis ton souvenir

  • plonge en moi

    agrippe-toi à moi je suis ta montagne
    plonge en moi je suis ton océan
    regarde-moi je suis ta lumière
    respire-moi je suis ton souffle
    suis-moi je suis ton sentier
    habite-moi je suis ton île
    vis-moi je suis ton âme
    aime-moi je suis là
    je suis l’amour