Autres Textes et Poèmes choisis

  • J.-K. Huysmans : la petite danseuse de Degas

    Dans ses plus insouciants croquis, comme dans ses oeuvres achevées, la personnalité de M. Degas sourd ; ce dessin bref et nerveux, saisissant comme celui des Japonais, le vol d’un mouvement, la prise d’une attitude, n’appartient qu’à lui ;

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  • Celan (Paul) : Fugue de la mort (Todesfuge)

    Lait noir du petit jour nous le buvons le soir
    nous le buvons midi et matin nous le buvons la nuit
    nous buvons et buvons
    nous creusons une tombe dans les airs on y couche à son aise

    Schwarze Milch der Frühe wir trinken sie abends
    wir trinken sie mittags und morgens wir trinken sie nachts
    wir trinken und trinken
    wir schaufeln ein Grab in den Lüften da liegt man nicht eng

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  • Celan (Paul) : Anabase

    ANABASIS

    Dieses
    schmal zwischen Mauern geschriebne
    unwegsam-wahre
    Hinauf und Zurück
    in die herzhelle Zukunft.

    ANABASE

    Cet
    aller en haut et retour dans
    l’avenir clair-cœur,
    mal praticable et vrai,
    écrit étroit entre des murs.

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  • Félix Fénéon : De M. Degas (1886)

    Critique d’art, Félix Fénéon se promenait dans les expositions et disait tout le bien qu’il pensait des nouveaux impressionnistes, dans un style inimitable. Extraits.

    Edgar Degas – Le Tub (1886) – pastel sur carton
    Edgar Degas – Femme à la bassine (1886)
    Edgar Degas – La Toilette (1884-1886)

    De M. Degas.

    Des femmes emplissent de leur accroupissement cucurbitant la coque des tubs : l’une, le menton à la poitrine, se râpe la nuque; l’autre, en une torsion qui la fait virante, le bras collé au dos, d’une éponge qui mousse se travaille les régions coccygiennes.

    Une anguleuse échine se tend; des avant-bras, dégageant des seins en virgouleuses(1), plongent verticalement entre des jambes pour mouiller une débarbouilloire dans l’eau d’un tub où des pieds trempent.

    S’abattent une chevelure sur des épaules, un buste sur des hanches, un ventre sur des cuisses, des membres sur leurs jointures, et cette maritorne (2), vue du plafond; debout sur son lit, mains plaquées aux fesses, semble une série de cylindres, renflés un peu, qui s’emboîtent.

    De front, agenouillée, les cuisses disjointes, la tête inclinée sur la flaccidité (3) du torse, une fille s’essuie.

    Et c’est dans d’obscures chambres d’hôtel meublé, dans d’étroits réduits que ces corps aux riches patines, ces corps talés (4) par les noces, les couches et les maladies, se décortiquent ou s’étirent.

    Mais voici du plein air. Une baigneuse de rivière, dans des verdures, remet sa chemise qui plane, ballonnante sur des bras s’arquant haut. Trois villageoises, bestiales et bien découplées, entrent dans une rivière et, le dos courbé, bombant l’énormité de croupes où le soleil s’écrase, ramant l’air de leurs bras simiesquement demi-tendus, s’avancent vers la grande eau, à laborieux pas; sur leurs mollets, un chien-loup halète.

    Dans l’œuvre de M. Degas — et de quel autre? – les peaux humaines vivent d’une vie expressive. Les lignes de ce cruel et sagace observateur élucident, à travers les difficultés de raccourcis follement elliptiques, la mécanique de tous les mouvements; d’un être qui bouge, elles n’enregistrent pas seulement le geste essentiel, mais ses plus minimes et lointaines répercussions myologiques (5) : d’où cette définitive unité de dessin. Art de réalisme et qui cependant ne procède pas d’une vision directe : dès qu’un être se sait observé, il perd sa naïve spontanéité de fonctionnement; M. Degas ne copie donc pas d’après nature il accumule sur un même sujet une multitude de croquis où son œuvre puisera une véracité irréfragable; jamais tableaux n’ont moins évoqué la pénible image du « modèle » qui « pose ».

    Sa couleur est d’une artificieuse et personnelle maîtrise; il l’extériorisera sur la bariolure turbulente des jockeys, sur les rubans et les lèvres des ballerines; aujourd’hui il la manifeste par des effets étouffés et comme latents, dont le prétexte est pris au roux d’une tignasse, aux plis violâtres d’un linge mouillé, au rose d’une mante pendue, aux irisations acrobatiques roulant au cirque d’une cuvette.

    Extraits de Œuvres, Les impressionnistes en 1886, 8e exposition impressionniste du 15 mai au 15 juin, rue Laffitte, 1

    (1) en poire (2) femme malpropre (3) état de ce qui est flasque (4) endommagés (5) relatifs aux muscles

  • Paoli (Angèle) : Ces femmes la tête dans les étoiles

    📂 Sélection des archives Infotekart

    A InfoTekArt, j’ai eu la chance d’avoir quelques auteur(e)s externes qui se sont proposé(e)s pour un article ou une critique de livre. Je republie avec plaisir cette note détaillée d’Angèle Paoli sur l’astronomie au féminin.

    Yaël Nazé est l’auteur de nombreux ouvrages dont le plus récent, L’astronomie au féminin, vient d’être publié chez Vuibert en mars 2006.

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