Blog « Fleureter »
Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.
François D., sur FB
Je ne sais pas si c’est l’amour
mais c’est comme un grand feu qui brûle
dans la nuit, et qui éclaire tout,
et qui fait mal, et qui console.
Un poème de Luc Fayard illustré par 10 artistes contemporains





silence et nuit
soudés entrelacés
nulle place pour les mots
comme si tout était dit
pensées paroles
balayées d’un vent tiède
qui serpente et passe
sans laisser de traces
ni de souvenirs
la brume aurait pu s’inviter
dans les sentiers sombres
une pluie éparse
aurait pu zébrer l’air
mais cela n’aurait rien changé
come rain or come shine
il faut avancer dans le noir
écouter les craquements
des frondaisons branlantes
tout au long du chemin
les pas crissant
sur les feuilles sèches
feront sursauter
les animaux de la forêt
jusqu’au point de l’aurore
qui gommera les rêves
éblouis de lumière





Texte de Luc Fayard illustré par 10 artistes contemporains choisis dans Nicole’s Museum




Rainer-Maria Rilke : Tu es l’avenir
Du bist die Zukunft, großes Morgenrot
über den Ebenen der Ewigkeit.
Du bist der Hahnschrei nach der Nacht der Zeit,
der Tau, die Morgenmette und die Maid,
der fremde Mann, die Mutter und der Tod.
Du bist die sich verwandelnde Gestalt,
die immer einsam aus dem Schicksal ragt,
die unbejubelt bleibt und unbeklagt
und unbeschrieben wie ein wilder Wald.
Du bist der Dinge tiefer Inbegriff,
der seines Wesens letztes Wort verschweigt
und sich den andern immer anders zeigt:
dem Schiff als Küste und dem Land als Schiff.
Tu es l’avenir, la grande aurore
sur les plaines de l’éternité.
Tu es le cri du coq après la nuit du temps,
la rosée, la prière du matin, la jeune fille.
l’étranger, la mère et la mort.
Tu es la forme qui sans cesse change,
qui, toujours solitaire, émerge du destin,
qui demeure sans gloire ni regret
et vierge comme une forêt sauvage.
Tu es l’essence même des choses
qui tait le dernier mot de son être
et qui se montre aux autres toujours autre :
au navire comme une côte, à la terre comme un navire
(1875-1926). Né à Prague donc autrichien, puis tchécoslovaque.
Das Stunden-Buch. Le Livre d’heures. Traduction française de Maurice Betz et Luc Fayard





LEAR
Blow, winds, and crack your cheeks! rage! blow!
You cataracts and hurricanoes, spout
Till you have drench’d our steeples, drown’d the cocks!
You sulphurous and thought-executing fires,
Vaunt-couriers of oak-cleaving thunderbolts,
Singe my white head! And thou, all-shaking thunder,
Smite flat the thick rotundity o’ the world!
Crack nature’s moulds, all germens spill at once
That make ingrateful man!
LEAR
Soufflez vents, à crever vos joues ! Faites rage, soufflez,
Vous trombes d’eau et déluges, jaillissez
Jusqu’à inonder nos clochers, et noyez leurs girouettes !
Vous, sulfureux éclairs prompts comme la pensée,
Avant-coureurs de la foudre qui fend le chêne,
Brûlez ma tête blanche ! Et toi, tonnerre qui tout ébranle,
Aplatis l’épaisse rotondité du monde,
Fracasse les moules de la Nature, disperse d’un seul coup tous les germes
Qui font l’homme ingrat !
Le Roi Lear (1608), acte III, scène 2. Traduction Jean-Michel Déprats

