Guy Tirolien : Gouaches (1961)

foule ô plongeur des altitudes foule d’un pied aveugle
les bleus raisins de mon délire

que le vin pur des rythmes
coure en ondes de feu dans ton corps surpeuplé
sous l’ouragan des poings le tam-tam gémit
arbre décapité et femelle domptée
et tu poursuis en vain la flamme de tes mains!

vers quelle mort impossible veut se hâter le flux
de tes forces lachées?

mais voici que tes pas se font déjà plus lourds
lente est ta danse qui s’enlise
dans les hautes herbes du sommeil
et vers les rives du repos nos pirogues lassées
cherchent leurs traces effacées
l’Est est un feu de brousse où galope la fuite
des bêtes de la nuit
l’aurore tache de sang qui va s’élargissant

dans quelle eau baptismale sous quel neuf oriflamme
pourrons-nous rassembler notre vigueur diffuse?

(1917-1988). Un des grands poètes de la négritude.
Balles d’or. Présence Africaine, Poésie, 1961