Stéphane Bouquet : Les Amours suivantes (extrait)

Je ne sais pas si c’est l’amour
mais c’est comme un grand feu qui brûle
dans la nuit, et qui éclaire tout,
et qui fait mal, et qui console.

Je ne sais pas si c’est l’amour
mais c’est comme un grand arbre qui tombe
et qui emporte dans sa chute
tout ce qu’on avait construit.

Je ne sais pas si c’est l’amour
mais c’est comme un fleuve qui monte
et qui noie les champs, les routes,
et qui laisse après son passage
une terre neuve, une terre
où plus rien ne pousse, où tout est
à recommencer, où tout est
à inventer, où tout est possible.

Je ne sais pas si c’est l’amour
mais c’est comme un cri dans la gorge,
comme un cri qui ne sort pas,
comme un cri qui reste là,
comme un cri qui devient pierre,
comme un cri qui devient maison,
comme un cri qui devient ville,
comme un cri qui devient monde.

Je ne sais pas si c’est l’amour
mais c’est comme un train qui part,
comme un train qui s’éloigne,
comme un train qui disparaît
dans la nuit, et qui emporte
tout ce qu’on avait de plus cher,
tout ce qu’on avait de plus lourd,
tout ce qu’on avait de plus léger.

Je ne sais pas si c’est l’amour
mais c’est comme une porte qui claque,
comme une porte qui s’ouvre,
comme une porte qui donne
sur un jardin inconnu,
sur un jardin où il fait nuit,
où il fait froid, où il fait peur,
où il fait jour, où il fait chaud,
où il fait vivre, où il fait mort,
où il fait tout, où il ne fait rien.

Je ne sais pas si c’est l’amour
mais c’est comme une phrase qui commence
et qui ne finit jamais,
comme une phrase qui se cherche,
comme une phrase qui se perd,
comme une phrase qui se tait,
comme une phrase qui explose.

Je ne sais pas si c’est l’amour,
mais c’est comme toi, comme moi,
comme nous deux, face à face,
comme nous deux, côte à côte,
comme nous deux, l’un dans l’autre,
comme nous deux, l’un contre l’autre,
comme nous deux, l’un pour l’autre,
comme nous deux, l’un sans l’autre.

Stéphane Bouquet. Les Amours suivantes. 2006. (décédé le 24 août 2025)

Une œuvre en résonance


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