Auteur : Luc Fayard

  • phare de l'île

    parfois le temps s’arrête
    le vent aussi
    ils offrent une pause
    entre deux tempêtes
    l’occasion de respirer
    de regarder dans le ciel
    un nuage qui se rebelle
    la mer s’est vidée

    de tous ses bateaux
    une autre séquence se vit
    celle du silence
    de la réflexion
    profite de cet instant magique
    la vie n’est pas ce que tu crois
    bientôt il faudra te courber
    sous les embruns à venir

  • cambrure

    cambrure de toréador
    hanches poussées vers l’avant
    fières impudentes
    comme pour te dire
    regarde

    c’est moi qui donne la vie
    je peux aimer tous ceux
    qui partagent
    empreints de compassion
    car ils savent que je suis
    le désir
    et la beauté
    inpiré par Cambrure, de Virginie Truchot
  • diptyque

    on ne sait si la feuille 
    hésitante
    s’envole ou descend
    seule sa pirouette se dessine
    dans le matin levant
    l’oiseau picore sans vergogne
    la terre grise et noire
    plusieurs soleils
    s’élèvent en même temps
    pour chanter la joie
    du jour advenu
    briseur de grisaille
    et d’humidité nocturne

    dans sa danse quotidienne
  • métamorphose

    la cigogne étonnée
    regarde la guêpe
    en mauvais état
    sur le plancher
    elle préfère les criquets
    aura-t-elle le temps
    de la manger
    avant sa métamorphose
    en vieille dame
    à talons hauts
    les vieilles dames 
    ne mangent pas les guêpes

  • univers parallèle

    dans un univers parallèle
    la joie régnait en maitre
    les poissons zigzaguaient

    sur des vagues de folie
    fanforonnes les algues jouaient 
    de la trompette bouchée
    la même substance
    de légèreté douce
    régnait dans l’eau et l’air 
    riant de leurs bêtises
    les êtres vivants 
    déployaient leurs antennes
    en étendards de victoire
    c’était peut-être le paradis

  • enfant animal

    méfiant 

    toujours aux aguets

    le singe pourrait être
    un enfant animal 
    qui se souvient 
    de la souffrance
    prêt à vivre 
    à tout prix

    malgré la jungle 
    et le noir
    il ravale ses pleurs
    jamais tu n’oublieras
    ce regard aveugle
    pénétrant
    qui te broie l’âme
    et t’interroges
    qui es-tu donc
    vivant à moitié mort
    qui n’ose parler de toi

  • yin yang

    le yin dit au yang
    qui es-tu d’autre que moi
    être sans forme
    de l’impermanence
    qu’est la fleur sans le soleil
    l’homme sans l’amour
    il n’y a pas de réalité
    rien que le parcours
    sinueux et déchiré
    du jour et de la nuit
    la vérité n’est pas un trait

  • fouiller la surface (2)

    j’écris pour fouiller la surface
    des choses des gens indicibles
    dans la sphère de l’invisible
    au-delà des mots et des traces

    rêveries d’un tableau abstrait
    foisons d’un pays louangeur
    tons de prélude en do majeur
    cieux aux nuages éclatés

    les mots m’empêchent de respirer

    plongeant toujours plus loin
    dans ce monde sans fin
    j’écris mes visions en apnée

    regard transperçant
    main douce cachant un soupir
    rages d’être torticolis de vivre
    mort amère amer aimant

    les mots cachent les tourments
    les sons les camouflent
    en appui sur le souffle
    pour les contenir un moment

    myriade de filandres fécondes
    plus fortes que la matrice des heures
    kyrielle de notes frappant à cœur
    les bouts inconnus du monde

    mes mots espoirs microscopiques
    cailloux chassés par le vent
    tournoyants cerfs-volants
    échardes de bois transocéaniques

    lignes de vie d’un navire pantelant
    ni solutions ni échelles
    je lance des passerelles
    entre le rêve et le vibrant

    mon texte va m’abandonner
    voile s’évanouissant à l’horizon
    gravant en moi un sillage profond
    hors de ma vue il vivra à jamais

    j’écrirai encore jusqu’à ma mort
    et ce jour-là mes mots d’amour et d’or
    tout contre moi je les emporterai
    qui sait à qui ils pourront profiter

    les nuages sauront-ils les aimer

    version réécrite en vers de la version prose poétique (version 1) qui a reçu le j’écris pour fouiller la surface indicible

    des choses et des gens
    dans la sphère de l’invisible
    au-delà des mots et des traces

    mes mots ne sont pas des mots
    ils sont la rencontre improbable
    entre l’âme et la beauté
    la volonté imparable
    de peindre l’indiscernable hybride
    de sentiments et d’émotions

    je ne sais pas crier
    tout juste murmurer
    ma sincérité mon désir immanents

    je cherche à créer
    les rêveries d’un tableau abstrait
    le foisonnement d’un paysage de recoins
    la larme limpide d’un prélude en do majeur
    les cieux aux nuages éclatés

    je veux décrire
    les yeux transparents grand ouverts
    la main douce poussant un soupir
    la mort amère si attirante
    les rages de l’être à tous les âges
    les folies de la vie tournis
    j’écris pour me sauver de mes tourments
    stopper leur cycle un moment
    les voici suspendus en l’air par mes mots
    qui les empêchent de retomber

    d’un œil je les vois prêts à se ruer sur moi
    alors je continue d’écrire en apnée
    plongeant toujours plus loin
    dans un monde sans fin

    quand j’écris j’ai peur de mes mots microscopiques
    mais je continue tant pis
    porté par un espoir improbable
    écharde de bois transocéanique
    petit caillou à la fois dense et léger
    chassé par le vent
    cerf-volant hésitant
    après s’être détaché de son fil
    et qui tournoie en montant

    mes mots forment une myriade
    de filandres fécondes
    plus fortes que la matrice des heures
    une kyrielle de notes
    frappant les cœurs des bouts du monde
    où je ne suis jamais allé

    j’écris pour lancer des passerelles entre les êtres
    lignes de vie d’un bateau cherchant son cap
    je ne veux pas d’échelles ni de solutions
    je veux des rêves de la vibration

    voile s’évanouissant à l’horizon
    mon texte va m’abandonner
    ayant gravé en moi un sillage profond
    hors de ma vue il vivra à jamais

    j’écrirai encore et encore jusqu’à ma mort
    et ce jour-là mes mots d’amour et d’or
    je les serrerai contre moi
    je les emporterai avec moi
    qui sait à qui ils pourront profiter

    les nuages sauront-ils les aimer ?

    version remise en vers livre de la version prose qui a reçu le 1er prix du concours Amavica 2022 – Mille poètes en Méditerranée – catégorie Prose poétique
  • allusions

    Paul Sérusier – Paysage au Bois d’Amour, dit aussi Le Talisman
    (1888)

    l’étape est franchie
    de la forme ne reste que
    couleurs réinventées
    et allusions
    chaque chose
    pourtant à sa place
    on devine on imagine
    on se laisse emporter
    par la musique douce
    des teintes accolées
    on voit la maison
    on voit les arbres
    on voit l’eau
    ensuite
    il faut fermer les yeux
    pour que le spectacle continue
    en chacun de nous

    Texte de Luc Fayard inspiré par ce tableau de Paul Sérusier vu au Musée d’Orsay

    Couverture du livre 'Poèmes courts sur des œuvres d'art. Volume 1 : Les impressionnistes' par Luc Fayard, publié par Éditions Amavero.
    beau-livre « Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 1 : Les impressionnistes », Éditions Amavero, 2023

    Duo œuvre-poème publié dans le beau-livre papier
    Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 1 :
    Les impressionnistes
    Éditions Amavero, Jouy-en-Josas, 2023
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  • rouge sang

    Maurice Denis – Taches de soleil sur la terrasse (1894)

    tout le monde aurait aimé
    savoir peindre
    des flaques de soleil
    comme celles-là
    un vrai rouge sang
    violent
    gluant
    qui tache
    qui fait mal
    et chaud au coeur
    le vert est vert
    la vie est contraste
    la vie explose
    comme une tache
    de sang

    Texte de Luc Fayard inspiré par Taches de soleil, de Maurice Denis

    Couverture du livre 'Poèmes courts sur des œuvres d'art. Volume 1 : Les impressionnistes' par Luc Fayard, publié par Éditions Amavero.
    beau-livre « Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 1 : Les impressionnistes », Éditions Amavero, 2023

    Duo œuvre-poème publié dans le beau-livre papier
    Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 1 :
    Les impressionnistes
    Éditions Amavero, Jouy-en-Josas, 2023
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