Auteur : Luc Fayard

  • marée dans la baie

    dans ce lieu pécial
    le paysage change sans cesse
    les odeurs et les sons aussi
    tout y est plus que vivant
    l’endroit parle à l’âme
    on y respire un air 

    plus pur qu’ailleurs
    la lumière possède cette acuité
    cette transparence
    qui cisèlent la mer et les rochers
    pour finir au fond du cœur 
    alors on pousse un grand soupir
    de bonheur

  • vagues

    on entend le roulement

    des déferlantes ivres
    la mer universelle
    bat les rochers
    sous un ciel contrarié
    l’accalmie de lumière
    y perce malgré tout
    la cote n’est pas accueillante
    la douleur est le prix de la beauté
    la vague est ample écumante
    prise d’un désir de tourbillon
    les couleurs se répondent

  • fleur de jeunesse

    nuances vives des couleurs
    lignes assouplies des tiges
    envie de rosée et de soleil
    la fleur ne sait pas
    qu’elle est belle
    s’étirant dans le matin frais
    elle épanouit sa force
    comme la jeunesse
    insoucieuse du lendemain
    d’abord vivre
    et sourire

  • limbe

    le brouillard bruit de timbres sourds
    d’ici je vois le tertre lourd
    ses vies vivant un vain calvaire
    la pluie gifle l’hiver en verre

    l’if araignée ne cache plus
    ses ailes bravaches poilues
    le tilleul griffe un ciel en vrac
    le train train dingue fend l’ubac

    je vois le temps qui se délace
    jamais je ne suis à ma place
    je n’ai pas de présent qui m’aille
    passé futur fétus de paille

    c’est la minute où tout bringuebale et languit
    tout s’arrête de penser le silence crie
    je voudrais un océan d’âme vide et lent
    portant le limbe d’olympe en fier firmament

    les yeux fermés je voguerais sans un murmure
    sans vague ni repos le cœur mûr enfin pur
    personne ne sonnerait l’annonce demain
    la vie moelleuse serait désunie sans fin

    peut-être même se mettrait-on à pleurer
    au poids des souvenirs lancinants arrimés
    livrant sans fard leur vieux fantôme au dôme d’or
    magique et transparent sous lequel on s’endort

  • halo qui luit

    peu à peu la nuit se pare de noir et brume
    s’emmitouflant dans son manteau d’ouate infernale
    aux teintes bleuies de zinc rocher d’araignée
    l’horizon s’enterre dans un brouillard sale
    qui abrite un écheveau d’intimités
    reliant le ciel qui pleure à la terre qui fume

    désemparée par ce règne nu
    où les couleurs de la vie se diluent
    mon âme gémit désorientée
    pleurant les mots refoulés
    les émotions perdues
    les sourires reclus
    les sentiers lumineux qui se sont éteints
    les paysages qu’elle n’aura jamais peints

    mais elle fait plus que pleurer la serpillière
    elle se tord de douleur la sorcière
    elle s’arrache des tonnes de vies ratées
    les murs de la nuit noire se recréent

    alors dans le froid sombre qui hurle
    où tout se tait
    où rien ne plait
    furtif un mouvement haut esquisse une virgule

    ridicule

    derrière son halo bleuté
    la lune naïve tente une épopée
    incertaine trouée de grisaille uniforme
    ironique le cercle mal dessiné
    s’élève péniblement sur des hommes
    pour que mon âme s’y accroche
    sans la moindre anicroche

    je discerne enfin là-bas une lueur moirée
    cible vacillante qui ne veut pas mourir
    étendard fragile d’une révolte sans les soupirr
    que je pourrai enfin brandir pour espérer

    le halo qui luit a mis le holà à ma longue nuit

  • hôpital (nulle part)

    sourire apaisant des blouses blanches
    regards justes de compassion
    merci merci hospitaliers
    mais aussi l’attente l’attente l’attente
    un autre temps un autre monde
    trop de gens ici pas assez là
    brancards sardines de couloirs
    zombies sous perfusion
    la vieille qui gémit dans une langue du sud
    et ton corps qui t’échappe
    ton nom même
    patient porte ou patient fenêtre
    l’interne sombre serbo-croate
    à la tête de Nosferatu les oreilles le nez
    qui se met à rire tout à coup et tu ris aussi
    de ces mots qui te traversent comme des flèches
    pour sceller ton destin
    dehors rouge un énorme H pour l’hélicoptère
    les voitures robots
    les sirènes comme des cris
    mais aussi le vent frémissant invisible et présent
    dans les frondaisons miroitantes
    la lumière d’automne n’a jamais été aussi belle
    demain tu renaîtras c’est sûr

  • débridage miracle rocher

    désir violent d’être
    éclair et chemin
    brisant les chaînes invisibles
    respirant un air brut
    insufflant l’énergie
    dans mon corps mon âme
    arides trop arides
    gelant tous ces soupirs
    et puis aussi

    mille envies joyeuses
    irradieraient mon esprit
    raviveraient mon cœur
    amers trop amers
    clean je flânerais
    le soir sous les nuages incertains
    et peut-être deviendrais-je alors

    romantique et souriant
    obsédé guéri du paradoxe
    cherchant la voie du zen
    hanté par la compassion
    et peut-être serais-je enfin
    roc au gris éternel comme j’en rêvais

  • toc-toc dit l'herminette

    ils sont devenus rares
    les charpentiers de marines
    c’est trop de travail
    et de savoir faire
    quelques bouts de bois
    le bruit des rabots
    le frottement du maillet à calfat
    toc-toc dit l’herminette
    gabarits quilles étraves étambots
    et de belles formes jaillissent
    petites ou grandes
    à rame à moteur ou à voile
    peu importe l’usage
    les couleurs éclatent
    et vogue la galère

  • pensées

    jamais fleur
    n’aura si bien porté son nom
    on s’y perd on rêve
    douceur et délicatesse
    si c’était possible
    on rêverait avec élégance
    quel bonheur
    pouvoir se poser
    profiter pleinement

    de cet instant magique
    avant que le temps
    ne reprenne son cours

  • il parle

    il parle
    de sa voix inimitable
    si douce si forte
    il joue des sourcils
    comme il sait si bien faire
    il nous offre son visage
    paisible et tourmenté
    c’est un monument
    si proche si familier
    incroyablement prégnant
    inspiré habité