j’aime la ville la nuit
après la pluie
ses lumières
brillent
dans le noir
pour éclairer
la pénombre
des destins
je suis un passant
marchant sans fin
vers une rencontre
Auteur : Luc Fayard
-
passant
inspiré par le tableau de Cécile Gonne Victoria La ville la nuit -
marais salants
la mer c’est aussi du travail
de l’artisanat de la patience
précision de la répétition
la géométrie a de l’allure
la lumière se joue des reflets
et ces montagnes naines
alignées pleines de goût
soigneusement ratissées
savent-elles qu’elles viennent
du grand large
là où les oiseaux blancs
planent en riant -
veilleur
je suis le gardien
le veilleur
celui qui saitles bruits isolés de la nuit
les remous furtif du désert
mon armece n’est pas ma lance
mais ma patience
je connais les ruses
de l’hommeet de l’animallongtemps
je peux rester immobile
froid tel un scorpion mort
et à l’heure du danger
bondir comme un tigre
mon cœur est sûr
mon âme est calme -
pluie rouge
la pluie rouge tomba sur la ville
honteuse la mer partit se cacher
emportant avec elle les poissons affolés
les maisons blanches tremblaient de peur
puis un cri vibrant jaillit de la cotedéclamant aux gens perdus
creusez loincherchez au-delà de l’illusion
née du cauchemar des hommes
vivez le présent
et ses cadeaux
le sourire revint sur les quais
et le monde finit par s’habituer
à ces couleurs nouvelles
qui rendaient leur vie plus joyeuse -
mourir un peu
mourir un peu pour savoir
et revenir et le dire
la vie est belle
partir ne me fait pas peur
j’en aurais même envie d’une certaine façon
je meurs de ne pas savoir ce qu’il y a derrière tout cela
au-delà de l’agitation de lumière et d’espoir
d’ombres et de souffrancesquand tout se taira n’y aura-t-il que le noir
je ne peux le croire
si ce néant est la réponse et que je le sache
à quoi bon vivre
si le noir nous attend en sortant du labyrinthe muré
pourquoi continuer à s’affairer
à quoi bon resterau contraire si tel est mon désir
rien ne sera jamais plus beau que d’y être
autant y aller sans attendre
je n’ai aucune envie de mourir
mais j’aimerais tant savoirle soleil se perd dans la mer de nuages
sans me donner la réponseil me faudra mourir pour savoir
je ne veux pas que ce soit définitif
juste mourir un peu
pas longtemps
juste le temps de savoirje suppose qu’on le sait tout de suite
fulgurance de l’évidence absolue
tout le monde parle de la lumière blanche
au bout du tunnel
je veux aller voir derrière elleet puis revenir bien sûr
parce que la vie est belle
parait-il
la vie est la vie
elle ne se remplace passi c’est ce que je crois
je regretterai de ne pas y rester
ayant goûté expérimentalement au paradis
j’aurai peur de ne pouvoir y revenir
et je vivrai dans cette douloureuse attente
cette effroyable incertitudele noir c’est plus simple
aucune envie d’y revenir
plus jamais envie de mourir bastaet le jour où je mourrai vraiment
définitivement
s’il me reste un peu de conscience
je me dirai bon c’est fini
j’ai bien vécu et voilà toutbon je préfère ne pas savoir
mais j’aimerais tant -
interdit négatif
pelouse interdite
parking réservé
défense de traverser
le sens obligatoireest négatif
est-cela la liberté
faire tout saufdéfense d’entrer
c’est marrant on ne dit jamais
défense de sortirle jour où on le dirace sera la guerre dehorsdéfense d’uriner
de penser peut-être
défense d’aimer
d’être heureuxje veux embrasser toute herbe défendue
et courir à contre-sens
je veux sourire et crier en même tempsrire intelligemment
ne vous inquiétez pas
j’ai besoin du regard des autres pour exister
esse est percipi
je peux être conforme
un peu
mais je veux être libre
surtout
libre de respirer la folie des autres
l’insoutenable petite foliepersistante
dans tout être aimant -
enfer
le corps est prégnant
jamais l’âme ne pourra s’envoler
l’homme est lourd de chair
et quand il veut rêver
il se voudrait léger dans l’air
mais il a mal aux dentsil se plaint œil vide dos voûté
j’ai perdu dit-il la grâce de l’enfance
oublié la puissance du silence
l’homme ne s’écoute même plus
il ne fait que bouger se gratter
comme si sa pensée pouvait se lessiver
d’un coup d’ongle négligentcréature du paradoxe et du soupir
filandre perdue dans l’infini successif
il se tait les mots ne servent à riennous voici blêmes et bleus
sans bouée de sauvetage
dans l’océan du non dit du non partagel’enfer c’est cela
se contenter d’une telle vanité
sans pouvoir rire ni pleurer
sans même avoir peur -
cercle
j’aimerais découvrir un lieu
où écouter le temps qui passe
telle une musique à trois notes
assis sur le pas de la porte
dans la lumière douce et basse
un rayon ocre savoureux
protègerait le cœur les yeux
du vent irréel gracieuxquelques arbres se tiendraient loin
le ciel serait indéfini
et le bruit d’homme enfin éteint
alors à cet instant précis
où le cercle se fermerait
peut-être avec un peu de chance
de la colline verte et dense
entendrais-je l’âme pleurer -
respiration
je respire jour et nuit
à pleine âme
le ciel qui s’unit à l’océan
la caresse sifflante du vent dans les voiles
la lumière bruissante du sillage des planctons
réceptacle je respire les éléments en fusion
mystérieux le cerne d’un feu lointain
solitaire le bonjour d’une frégate nerveuse
drapé le silence du paysage
étoilée la nuit de cinéma
blanche et grise l’aube rose et bleue
plus belle ici qu’ailleurs
tout converge vers moi spectateur ébloui
passager nomade éphémère de la mer
j’y respire un air plus fort que la vie -
perle et roule
la mer perle
la houle roule
le soleil en veille
la lune en hune
le ciel s’éveille
le vent se tend
la voile s’étoile
la barque se nacre
le sillage en nage
le mât étend son bras
le hauban fait dang dang
et mon cœur boum boum
