Auteur : Luc Fayard

  • sève

    quand la forêt perd ses couleurs
    elle en prend d’autres
    et s’endort en apparence
    pour se réveiller
    plus forte et verte
    les odeurs vont changer
    l’épicé deviendra feutré
    la mousse exhalera son humidité
    marcheur nos rêveries
    ne seront pas les mêmes
    elles suivent le même cycle
    mais ne se rétrécissent pas
    comme la sève l’hiver
    au contraire elles s’épanouissent
    aux couleurs de chaque saison
    et nous fortifient

  • des poulies et des hommes

    des poulies et des hommes
    ainsi vont les vieux gréements
    coordination attention relais
    seul le marin ne peut rien faire
    il a besoin des autres
    au bon moment
    sur le pont en tek
    se dresse fièrement
    l’immense mat en spruce
    sur ces bateaux à l’ancienne
    tout est à la fois
    costaud et fragile
    une école de la vie
    et de la beauté
    hisse et haut

    inspiré par Carine Cheval – L’Équipage
  • métamorphose

    Virginie Ressy – La Mue

    la cigogne étonnée
    regarde la guêpe
    en mauvais état
    sur le plancher
    elle préfère les criquets
    aura-t-elle le temps
    de la manger
    avant sa métamorphose
    en vieille dame
    à talons hauts
    les vieilles dames 
    ne mangent pas les guêpes

    Texte de Luc Fayard inspiré par La Mue, de Virginie Huillard Ressy

  • enfant à la plage

    le sable ça gratte
    les petis grains se faufilent
    entre mes doigts de pied
    c’est quoi toutes ces odeurs
    lourdes et grasses 
    j’ai quand même envie
    de respirer un grand coup
    là-bas j’entends les mouettes
    et leur drôle de rire rauque
    je vois la mer qui s’en va
    sous la poussée des vagues
    je suis indécis
    devant tant de vie
    mais je le sens
    sur cette plage
    je n’ai besoin de personne
    pour exister

  • nouvelles correspondances

    il y  a de la musique dans un tableau
    mais elle joue une drôle de partition
    polyphonique
    à la fois solo dans chaque recoin
    qui nous attire irrésistible
    et symphonie qui éclate
    dès qu’on embrasse l’œuvre 
    d’un regard de spectateur lointain
    puis les solos reprennent ici et là
    en suivant l’âme des yeux
    qui déroule un parcours non écrit

    il y a de la peinture dans la musique
    chaque note possède sa propre couleur

    do tout en majesté 
    en tenue de majordome
    noir pour s’imposer

    si tout au bout du chemin
    note si joyeuse
    blanc de robe de mariée

    la grave et dominant
    tous comptent sur lui
    vieux monsieur digne et las
    fronçant les sourcils
    marron foncé évidemment

    le ré résonne 
    comme un renouveau

    une renaissance
    bleu indigo

    mi c’est une note du milieu 
    mélange mixité

    prête à tous les arrangements
    violet composite

    le fa sonne et claque 
    comme le printemps 
    comme un drapeau
    vert d’eau

    enfin le sol terre à terre
    pilier de tant de création
    clé qui ouvre toutes les portes
    rouge comme le sang des artistes

  • fleur de lys

    il y a quelque chose
    de charnel de fruité
    dans la fleur de lys
    qui s’ouvre et offre
    aux yeux du passant
    son abandon sa nudité
    sa promesse d’onctuosité 

    mielleuse
    presque indécent

    ce fugace étalage
    de splendeur crue
    cet apologue
    de l’évanescence
    cachée derrière un voile
    qui mains ouvertes
    vous dirait
    carpe diem

  • devant la vitre

    vitre embuée
    sur neige et glace mêlées
    visage dans l’arbre
    terre contre ciel
    avenir en kaléidoscope
    papier froissé
    lettres cachées
    naissance sibylline
    d’un nouvel œuf
    lignes verticales
    autant de traces
    pour avancer 
    sous les nuages
    sur le chemin 
    de l’espoir

  • recoins

    la forêt vit la nuit
    dans ses recoins
    ses secrets 
    ses pénombres
    quand la lumière traverse
    ce sanctuaire de mystères
    une autre vie commence
    cycle sans fin
    mais chaque instant
    vécu de l’intérieur
    brille comme un diamant

    Texte de Luc Fayard inspiré par le tableau Immersion de Betty Rosant : voir la mise en page illustrée

  • triptyque

    naissance vie mort
    amour séparation tristesse
    rien n’est typique
    tout est triptyque
    entre noir et blanc
    toutes les nuances 
    de la vie de la mort
    la vie long fil d’or
    sans commencement ni fin
    la mort partout présente
    sans cesse repoussée
    la vie qui éclaire la mort
    frontière entre l’avant et l’après

  • port de pêche

    la lumière est un filtre
    impressionniste
    posé sur le paysage
    on ne voit personne
    mais les activités se devinent
    le soir d’été a lâché son voile
    sur les hommes et la ville
    l’eau est partout
    devant derrière
    enserrant les maisons
    qui vivent d’elle
    la mer est une mère
    nourricière et fière