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Nicolas de Staël – Nu couché bleu (1955)art-contemporain

Nicolas de Staël – Nu couché bleu (1955)

Viens ici, faisons une poésie qui n’ait senteur de rienet cependant tout dise, et soit ruisseau de sons grêles qui dans les sables se perd et meurt quand son murmure s’amenuise ; faisons une sonatine pour piano à la Maurice Ravel, petite musique incohérente mais sans complications, de toute façon crois bien qu’à gratter le fond point de sens ; faisons quelque chose d’un genre léger. Viens ici, point même besoin d’aller déranger la Nature avec ses graves paysages et les pyrotechniques astrales ; nous n’irons pas chercher non plus les grands problèmes éternels, l’immortalité de l’Esprit ou semblables casse-tête ; nous ne dirons que quelques phrases communales sans grande prétentions, gens désormais classés gens dénués de « profondeur » ; et si les mots viennent à manquer nous arracherons le fil du discours pour nous distraire par un menuet approximatif voué à se dissoudre en arabesques d’or, à se briser en grande pluie de lucioles et disparaître en laissant dans nos yeux des étoiles qui pullulent, d’obsédantes lumières. Puis quand s’alanguira la sonatine pour de vrai nous l’achèverons comme le veut la mode sans péroraisons hurlantes ni emphase ; nous l’achèverons, s’il nous semble bon, au moment où elle semble reprendre : et le public en reste les yeux ronds. Nous l’éteindrons comme une chandelle, d’un coup. D’un souffle. Derniers poèmes, Gallimard, 1988. Traduit de l’italien par Patrick Derval Angelini Eugenio Montale, poète et écrivain italien (1896–1981), Prix Nobel 1975 source : Marie-Paule Farina sur fb

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Eugenio Montale : Sonatine pour piano

Ce que je poursuis par-dessus tout, c’est l’expression. […] Je ne puis pas distinguer entre le sentiment que j’ai de la vie et la façon dont je le traduis. L’expression, pour moi, ne réside pas dans la passion qui éclatera sur un visage ou qui s’affirmera par un mouvement violent. Elle est dans toute la disposition de mon tableau : la place qu’occupent les corps, les vides qui sont autour d’eux, les proportions, tout cela y a sa part. La composition est l’art d’arranger de manière décorative les divers éléments dont le peintre dispose pour exprimer ses sentiments. Dans un tableau, chaque partie sera visible et viendra jouer le rôle qui lui revient, principal ou secondaire. Tout ce qui n’a pas d’utilité dans le tableau est, par là même, nuisible. Une œuvre comporte une harmonie d’ensemble : tout détail superflu prendrait, dans l’esprit du spectateur, la place d’un autre détail essentiel. La composition, qui doit viser à l’expression, se modifie avec la surface à couvrir. Si je prends une feuille de papier d’une dimension donnée, j’y tracerai un dessin qui aura un rapport nécessaire avec son format. Je ne répéterais pas ce même dessin sur une autre feuille dont les proportions seraient différentes, qui par exemple serait rectangulaire au lieu d’être carrée. Mais je ne me contenterais pas de l’agrandir si je devais le reporter sur une feuille de forme semblable, mais dix fois plus grande. Le dessin doit avoir une force d’expansion qui vivifie les choses qui l’entourent. L’artiste qui veut reporter une composition d’une toile sur une toile plus grande doit, pour en conserver l’expression, la concevoir à nouveau, la modifier dans ses apparences, et non pas simplement la mettre au carreau. Le métier de peindre, 1939 Henri Matisse (1869-1954)

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Henri Matisse : Ce que je poursuis par-dessus tout, c’est l’expression (1939)

Je ne suis pas d’ici Je viens des nébuleuses J’incise les époques Et je joue sur les places Des musiques douloureuses Des chiens perdus hurlent dans l’Atlantique Je commence un voyage Avec les mains brulées Et je finirai bien Par faire de mon visage Une île intraduisible.  Poèmes à dire, éditions Chemins de Plume, 2019 Tristan Cabral (Yann Houssin) (1944-2020) source

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Tristan Cabral : Avec les mains brûlées

Gerald Leslie Brockhurst – By the Hills (1935)art-moderne

Gerald Leslie Brockhurst – By the Hills (1935)

Louise Dahl-Wolfe – Twins At A Beach (1955)art-contemporain

Louise Dahl-Wolfe – Twins At A Beach (1955)

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