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Wendell Berry : How to be a poet
Make a place to sit down.
Sit down. Be quiet.
You must depend upon
affection, reading, knowledge,
skill - more of each
than you have —-inspiration,
work, growing older, patience,
for patience joins time
to eternity. Any readers
who like your poems,
doubt their judgment.
Breathe with unconditional breath
the unconditioned air.
Shun electric wire.
Communicate slowly. Live
a three-dimensioned life;
stay away from screens.
Stay away from anything
that obscures the place it is in.
There are no unsacred places;
there are only sacred places
and desecrated places.
Accept what comes from silence.
Make the best you can of it.
Of the little words that come
out of the silence, like prayers
prayed back to the one who prays,
make a poem that does not disturb
the silence from which it came.source : The Marginalian, sur fb
Faites une place pour vous asseoir.
Asseyez-vous. Gardez le silence.
Remettez-vous en à
l'affection, la lecture, le savoir,
la compétence - chacun
en plus grande mesure que ce que vous possédez - l'inspiration,
le travail, le vieillissement, la patience,
car la patience unit le temps
à l'éternité. Quant aux lecteurs
qui apprécient vos poèmes,
doutez de leur jugement.
Respirez d'un souffle inconditionnel
l'air inconditionné.
Fuyez les fils électriques.
Communiquez lentement. Vivez
une vie en trois dimensions ;
tenez-vous à l'écart des écrans.
Éloignez-vous de tout ce qui
obscurcit le lieu où vous êtes.
Il n'existe pas de lieux profanes ;
il n'y a que des lieux sacrés
et des lieux profanés.
Accueillez ce qui naît du silence.
Tirez-en le meilleur parti.
Des mots ténus qui émergent
du silence, tels des prières
revenant vers celui qui prie,
composez un poème qui ne trouble pas
le silence dont il vienttraduction : Luc Fayard
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Wendell Berry : The Peace of Wild Things / La Paix des choses sauvages (1968)
When despair for the world grows in me
and I wake in the night at the least sound
in fear of what my life and my children’s lives may be,
I go and lie down where the wood drake
rests in his beauty on the water, and the great heron feeds.
I come into the peace of wild things
who do not tax their lives with forethought
of grief. I come into the presence of still water.
And I feel above me the day-blind stars
waiting with their light. For a time
I rest in the grace of the world, and am free.Quand le désespoir pour le monde grandit en moi
et que je m'éveille dans la nuit au moindre bruit
par peur de ce que pourrait être ma vie et celle de mes enfants,
je vais m'étendre là où le canard branchu
repose dans sa beauté sur l'eau, et où le grand héron se nourrit.
J'entre dans la paix des choses sauvages
qui ne tourmentent pas leur vie par la prévision
du chagrin. J'entre dans la présence de l'eau paisible.
Et je sens au-dessus de moi les étoiles aveugles au jour
qui attendent avec leur lumière. Pour un instant
je repose dans la grâce du monde, et je suis libre.Openings Poems (1968)
source: Regina Brett, sur fb
Wendell Berry né le 5 août 1934 dans le comté de Henry (Kentucky) et mort le 31 août 2026, est un écrivain, essayiste, paysan, romancier, poète, professeur et critique américain. Il est l’auteur de plus de 40 ouvrages (wikipedia) -
Edgar Poe : Annabel Lee (1849)
It was many and many a year ago,
In a kingdom by the sea,
That a maiden there lived, whom you may know
By the name of Annabel Lee ; —
And this maiden she lived with no other thought
Than to love and be loved by me.
I was a child and she was a child,
In this kingdom by the sea,
But we loved with a love that was more than love —
I and my Annabel Lee —
With a love that winged seraphs in Heaven
Coveted her and me.
And this was the reason that, long ago,
In this kingdom by the sea,
A wind blew out of a cloud by night
Chilling my Annabel Lee ;
So that her higborn kinsmen came
And bore her away from me,
To shut her up in a sepulchre
In this kingdom by the sea.
The angels, not half so happy in Heaven,
Went envying her and me ; —
Yes ! that was the reason (as all men know,
In this kingdom by the sea)
That the wind came out of the cloud, chilling
And killing my Annabel Lee.
But our love it was stronger by far than the love
Of those who were older than we —
Of many far wiser than we —
And neither the angels in Heaven above
Nor the demons down under the sea
Can ever dissever my soul from the soul
Of the beautiful Annabel Lee : —
For the moon never beams without bringing me dreams
Of the beautiful Annabel Lee :
And the stars never rise, but I see the bright eyes
Of the beautiful Annabel Lee ;
And so, all the night-tide, I lie down by the side
Of my darling, my darling, my life and my bride.
In her sepulchre, there by the sea —
In her tomb by the side of the sea.Il y a maintes et maintes années,
Dans un royaume près de la mer,
Vivait une jeune fille, que vous pouvez connaître
Par son nom d’Annabel Lee;
Et cette jeune fille ne vivait sans aucune autre pensée
Que d’aimer et d’être aimée de moi.
J’étais un enfant, et elle était un enfant,
Dans ce royaume près de la mer,
Mais nous nous aimions d’un amour qui était plus que de l’amour —
Moi et mon Annabel Lee —
D’un amour que les séraphins ailés des Cieux
Nous enviaient à elle et à moi.
Et pour cette raison il y a longtemps
Dans ce royaume près de la mer,
La nuit un vent souffla d’un nuage
Glaçant mon Annabel Lee ;
De sorte que ses proches de haute lignée vinrent
Et me l’enlevèrent,
Pour l’enfermer dans un sépulcre
En ce royaume près de la mer.
Les anges, pas si heureux au Ciel,
Vinrent, nous enviant, elle et moi;
Oui ! ce fut la raison (comme tous le monde le sait
Dans ce royaume près de la mer)
Pour laquelle le vent sortit du nuage, glaçant
Et tuant mon Annabel Lee.
Mais notre amour était infiniment plus fort que l'amour
De ceux qui étaient plus âgés que nous —
de ceux qui étaient bien plus sages que nous —
Et ni les anges du Ciel là-haut
Ni les démons des profondeurs marines
Ne pourront jamais séparer mon âme
De celle de la belle Annabel Lee.
Car la lune jamais ne rayonne sans m’apporter des songes
De la belle Annabel Lee :
Et les étoiles jamais ne se lèvent que je ne sente les yeux brillants
De la belle Annabel Lee ;
Et ainsi, toute la nuit, je repose à côté
De ma chérie, ma chérie, ma vie et mon épouse.
Dans son sépulcre là-bas près de la mer —
Dans sa tombe au bord de la mer.Publié dans le New York Herald Tribune dans la nécrologie de Poe rédigée par Rufus Wilmot Griswold, deux jours après la mort du poète.
Traduction Stéphane Mallarmé (et quelques personnalisations de Luc Fayard)
source du texte : Pages oubliées, sur fb
PS: le texte de Poe a été de nombreuses fois repris en chanson, notamment pas Joan Baez -
Vassyl Symonenko : Tu sais que tu es un être humain (1964)
Tu sais que tu es un être humain. Est-ce que tu le sais ou l'ignore ? Ce sourire, il n'est qu'à toi Ce tourment, il n'est qu'à toi Ces yeux : personne d'autre ne les a. Demain, tu seras parti. Demain, sur cette terre bénie. D'autres courront et riront D'autres ressentiront et aimeront Les bon comme les mauvais, mon ami. Aujourd'hui, le monde t'appartient : Forêts et collines, profondes vallées Il est si urgent de vivre, dépêche-toi ! Il est si urgent d'aimer, dépêche-toi ! Parce que sur cette terre, tu es un être humain Et que tu le veuilles ou non Ce sourire, il n'est qu'à toi Ce tourment, il n'est qu'à toi Et ces yeux, personne d'autre ne les a.
L’Attraction terrestre, 1964
Vassyl Symomenko (103-1963), poète et journaliste ukrainien
source : Club des Poètes, sur fb -
Laura Kasischke : Midwest, une pièce de théâtre
Le père et la fille se regardent puis arrêtent, gestes et expressions se figent. La mère, malade, se balance dans son fauteuil entre eux deux. Il y a des piles de vieux journaux dans cette pièce. Y revenir pour tous les lire serait comme cette souffrance particulière – la tragédie devient banale dès lors qu’elle est énoncée – alors personne ne lit. Dialoguer ne sert plus à rien. Les égouts suintent dans les rues la nuit et les vers luisants y palpitent vertement. Côté cour : un sofa miteux de style colonial. Côté jardin : la télévision qui clignote. Les personnages vieillissent au cours de ces indications. C’est le Midwest. En amont de la route les mêmes vaches se tiennent vache contre vache infiniment dans la ferme laitière. Aucun bruit. Aucun mouvement en dehors des trayeuses en inox. Les vaches sont estropiées à force de rester debout et année après année pourtant elles font malgré elles gicler leur lait et leur mercure dans les machines aveugles et aspirantes. L’excès forme des flaques autour d’elles, tourne et ramollit leurs sabots inutiles. Et regarde, la fine poussière de la Voie lactée leur tombe sur le dos. C’est le Midwest. La rivière en amont de la route se gorge de poissons-chats cyclopes et de saumons auxquels il pousse des tumeurs dans l’obscurité froide et chimique. Le père et la fille se regardent. La mère, malade, se demande pourquoi ils se font tant de mal depuis tout ce temps. Peut-être même qu’à cela elle préfèrerait la mort. Dialoguer ne sert plus à rien, plus aucune raison, même, de lever le rideau sur cette scène.
Espace, entre les mailles. Gallimard, 2014
Laura Kasischje, écrivaine et poétesse américaine, née en 1961
source
