Autres Textes et Poèmes choisis

  • Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

    Je ne décrirai donc pas un tableau de Van Gogh après Van Gogh, mais je dirai que Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature, qu’il l’a comme retranspirée et fait suer, qu’il a fait gicler en faisceaux sur ses toiles, en gerbes comme monumentales de couleurs, le séculaire concassement d’éléments, l’épouvantable pression élémentaire d’apostrophes, de stries, de virgules, de barres dont on ne peut plus croire après lui que les aspects naturels ne soient faits.

    Et de combien de coudoiements réprimés, de heurts oculaires pris sur le vif, de cillements pris dans le motif, les courants lumineux des forces qui travaillent la réalité ont-ils eu à renverser le barrage avant d’être enfin refoulés, et comme hissés sur la toile, et acceptés ?

    Il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de visions, pas d’hallucinations.

    C’est de la vérité torride d’un soleil de deux heures de l’après-midi.

    Un lent cauchemar génésique petit à petit élucidé. Sans cauchemar et sans effet.

    Mais la souffrance du prénatal y est.

    C’est le luisant mouillé d’un herbage, de la tige d’un plant de blé qui est là prêt à être extradé.

    Et dont la nature un jour rendra compte.

    Comme la société aussi rendra compte de sa mort prématurée.

    Un plant de blé sous le vent incliné, avec au-dessus les ailes d’un seul oiseau en virgule posé, quel est le peintre, qui ne serait pas strictement peintre, qui aurait pu avoir comme Van Gogh l’audace de s’attaquer à un sujet d’une aussi désarmante simplicité ?

    Non, il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de drame, pas de sujet et je dirai même pas d’objet, car le motif lui-même qu’est-ce que c’est ?

    Sinon quelque chose comme l’ombre de fer du motet d’une inénarrable musique antique, comme le leitmotiv d’un thème désespéré de son propre sujet.

    C’est de la nature nue et pure vue, telle qu’elle se révèle, quand on sait l’approcher d’assez près.

    Témoin ce paysage d’or fondu, de bronze cuit dans l’ancienne Égypte, où un énorme soleil s’appuie sur des toits si croulants de lumière qu’ils en sont comme en décomposition.

    Et je ne connais pas de peinture apocalyptique, hiéroglyphique, fantomatique ou pathétique qui me donne, à moi, cette sensation d’occulte étranglée, de cadavre d’un hermétisme inutile, tête ouverte, et qui rendrait sur le billot son secret.

    Je ne pense pas ce disant au Père Tranquille, ou à cette funambulesque allée d’automne où passe, en dernier, un vieil homme courbé avec un parapluie à sa manche accroché, comme le crochet d’un chiffonnier.

    Je repense à ses corbeaux aux ailes d’un noir de truffes lustrées.

    Je repense à son champ de blé : tête d’épi sur tête d’épi, et tout est dit,

    avec, devant, quelques petites têtes de coquelicots doucement semés, âcrement et nerveusement appliqués là, et clairsemés, sciemment et rageusement ponctués et déchiquetés.

    Seule la vie sait offrir ainsi des dénudations épidermiques qui parlent sous une chemise déboutonnée, et on ne sait pourquoi le regard incline à gauche plutôt qu’à droite, vers le monticule de chair frisée.

    Mais c’est ainsi et c’est un fait. Mais c’est ainsi et cela est fait.

    Occulte aussi sa chambre à coucher, si adorablement paysanne et semée comme d’une odeur à confire les blés qu’on voit frémir dans le paysage, au loin, derrière la fenêtre qui les cacherait.

    Paysanne aussi, la couleur du vieil édredon, d’un rouge de moule, d’oursin, de crevette, de rouget du Midi, d’un rouge de piment roussi.

    Et ce fut sûrement de la faute de van Gogh si la couleur de l’édredon de son lit fut dans le réel si réussie, et je ne vois pas quel est le tisseur qui aurait pu en transplanter l’inénarrable trempe, comme Van Gogh sut transborder du fond de son cerveau sur sa toile le rouge de cet inénarrable enduit.

    Et je ne sais pas combien de prêtres criminels rêvant dans la tête de leur soi-disant Saint-Esprit, l’or ocreux, le bleu infini d’une verrière à leur gouge « Marie », ont su isoler dans l’air, extraire des niches narquoises de l’air, ces cou- leurs à la bonne franquette qui sont tout un événement, où chaque coup de pinceau de Van Gogh sur la toile est pire qu’un événement.

    Une fois, ça donne une chambre proprette, mais d’un tain de baume ou d’arôme qu’aucun bénédictin ne saura plus retrouver pour amener à point ses alcools de santé.

    Une autre fois ça donne une simple meule par un énorme soleil écrasée.

    Cette chambre faisait penser au Grand Œuvre avec son mur blanc de perles claires, sur lequel une serviette de toilette rugueuse pend comme un vieux gri-gri paysan, inapprochable et réconfortant.

    Il y a de ces blancs de craie légers qui sont pires que d’anciens supplices, et jamais comme dans cette toile, le vieux scrupule opératoire du pauvre grand van Gogh n’apparaît.

    Car c’est bien cela tout Van Gogh, l’unique scrupule de la touche sourdement et pathétiquement appliquée. La couleur roturière des choses, mais si juste, si amoureusement juste qu’il n’y a pas de pierres précieuses qui puissent atteindre à sa rareté.

    Antonin Artaud — Van Gogh le suicidé de la société, Œuvres complètes, Éditions Gallimard, tome XIII Littérature et Poésie @super fans

  • Readman Prud’homme (Camille) : C’est au printemps que je tombe

    c’est au printemps que je tombe, quand il n’y a nulle part pour le sombre, ni le ciel ni les conversations. dans l’illusion des choses qui s’adoucissent, je vois plutôt les duretés qui perdurent, et ce qui ne me concerne pas me chavire.
    j’ai vu des gens qui portaient des uniformes humiliants et d’autres à qui on criait des bêtises, j’ai vu des gens qui venaient de perdre leur amour et d’autres leur candeur et bien que ces drames nétaient pas les miens, ils mont renversée.
    le reste de l’année ce que je croise ne m’assaille pas toujours, mais au printemps on croirait qu’il n’y a plus de seuil entre ce que je suis et ce qui m’entoure.
    alors quand sortir devient hasardeux – quand sortir porte la promesse de nouvelles cruautés – je reste chez moi et j’attends en pensant aux villes assiégées.

    Camille Readman Prud’homme. quand je ne dis rien je pense encore (2021)

  • Forough Farrokhzâd : Je saluerai encore le soleil

    Je saluerai encore le soleil,
    Le ruisseau qui coulait en moi
    Les nuages où s’attachaient mes pensées sans fin
    Et l’essor douloureux des peupliers du jardin
    Qui traversaient avec moi les saisons sèches

    Je saluerai les nuées de corbeaux
    Qui m’offraient le parfum des prairies nocturnes.
    Et ma mère, qui habitait le miroir,
    Avec le visage de ma vieillesse.

    Je saluerai le sol aussi – son ventre fébrile
    Accueillant les graines vertes de mon incessant désir.

    Je viens je viens, je viens
    Avec mes cheveux soulevant le parfum des profondeurs
    Avec mes yeux, dense expérience de l’obscurité
    Avec des bouquets cueillis au bois de l’autre côté du mur.

    Je viens, je viens, je viens
    Et le seuil débordera d’amour
    Je les saluerai encore

    Forough Farrokhzad

    Autres textes de Forough Farrokzâd

  • Pessoa (Fernando) : Bureau de tabac

    Je ne suis rien
    Jamais je ne serai rien.
    Je ne puis vouloir être rien.
    Cela dit, je porte en moi tous les rêves du monde.

    Fenêtres de ma chambre,
    de ma chambre dans la fourmilière humaine unité ignorée
    (et si l’on savait ce qu’elle est, que saurait-on de plus ?),
    vous donnez sur le mystère d’une rue au va-et-vient continuel,
    sur une rue inaccessible à toutes les pensées,
    réelle, impossiblement réelle, précise, inconnaissablement précise,
    avec le mystère des choses enfoui sous les pierres et les êtres,
    avec la mort qui parsème les murs de moisissure et de cheveux blancs les humains,
    avec le destin qui conduit la guimbarde de tout sur la route de rien.

    Je suis aujourd’hui vaincu, comme si je connaissais la vérité;
    lucide aujourd’hui, comme si j’étais à l’article de la mort,
    n’ayant plus d’autre fraternité avec les choses
    que celle d’un adieu, cette maison et ce côté de la rue
    se muant en une file de wagons, avec un départ au sifflet venu du fond de ma tête,
    un ébranlement de mes nerfs et un grincement de mes os qui démarrent.

    Je suis aujourd’hui perplexe, comme qui a réfléchi, trouvé, puis oublié.
    Je suis aujourd’hui partagé entre la loyauté que je dois
    au Bureau de Tabac d’en face, en tant que chose extérieurement réelle
    et la sensation que tout est songe, en tant que chose réelle vue du dedans.

    J’ai tout raté.
    Comme j’étais sans ambition, peut-être ce tout n’était-il rien.
    Les bons principes qu’on m’a inculqués,
    je les ai fuis par la fenêtre de la cour.
    Je m’en fus aux champs avec de grands desseins,
    mais là je n’ai trouvé qu’herbes et arbres,
    et les gens, s’il y en avait, étaient pareils à tout le monde.
    Je quitte la fenêtre, je m’assieds sur une chaise. À quoi penser ?

    Que sais-je de ce que je serai, moi qui ne sais pas ce que je suis ?
    Être ce que je pense ? Mais je crois être tant et tant !
    Et il y en a tant qui se croient la même chose qu’il ne saurait y en avoir tant!
    Un génie ? En ce moment
    cent mille cerveaux se voient en songe génies comme moi-même
    et l’histoire n’en retiendra, qui sait ?, même pas un ;
    du fumier, voilà tout ce qui restera de tant de conquêtes futures.
    Non, je ne crois pas en moi.
    Dans tous les asiles il y a tant de fous possédés par tant de certitudes !
    Moi, qui n’ai point de certitude , suis-je plus assuré, le suis-je moins ?
    Non, même pas de ma personne…
    En combien de mansardes et de non-mansardes du monde
    n’y a-t-il à cette heure des génies-pour-soi-même rêvant ?
    Combien d’aspirations hautes, lucides et nobles –
    oui, authentiquement hautes, lucides et nobles –
    et, qui sait peut-être réalisables…
    qui ne verront jamais la lumière du soleil réel et qui
    tomberont dans l’oreille des sourds ?
    Le monde est à qui naît pour le conquérir,
    et non pour qui rêve, fût-ce à bon droit, qu’il peut le conquérir.
    J’ai rêvé plus que jamais Napoléon ne rêva.
    Sur mon sein hypothétique j’ai pressé plus d’humanité que le Christ,
    j’ai fait en secret des philosophies que nul Kant n’a rédigées,
    mais je suis, peut-être à perpétuité, l’individu de la mansarde,
    sans pour autant y avoir mon domicile :
    je serai toujours celui qui n’était pas né pour ça ;
    je serai toujours, sans plus, celui qui avait des dons ;
    je serai toujours celui qui attendait qu’on lui ouvrît la porte
    auprès d’un mur sans porte
    et qui chanta la romance de l’Infini dans une basse-cour,
    celui qui entendit la voix de Dieu dans un puits obstrué.
    Croire en moi ? Pas plus qu’en rien…
    Que la Nature déverse sur ma tête ardente
    son soleil, sa pluie, le vent qui frôle mes cheveux ;
    quant au reste, advienne que pourra, ou rien du tout…

    Esclaves cardiaques des étoiles,
    nous avons conquis l’univers avant de quitter nos draps,
    mais nous nous éveillons et voilà qu’il est opaque,
    nous nous éveillons et voici qu’il est étranger,
    nous franchissons notre seuil et voici qu’il est la terre entière,
    plus le système solaire et la Voie lactée et le Vague Illimité.

    (Mange des chocolats, fillette ;
    mange des chocolats !
    Dis-toi bien qu’il n’est d’autre métaphysique que les chocolats,
    dis-toi bien que les religions toutes ensembles n’en apprennent
    pas plus que la confiserie.
    Mange, petite malpropre, mange !
    Puissé-je manger des chocolats avec une égale authenticité !
    Mais je pense, moi, et quand je retire le papier d’argent, qui d’ailleurs est d’étain,
    je flanque tout par terre, comme j’y ai flanqué la vie.)
    Du moins subsiste-t-il de l’amertume d’un destin irréalisé
    la calligraphie rapide de ces vers,
    portique délabré sur l’Impossible,
    du moins, les yeux secs, me voué-je à moi-même du mépris,
    noble, du moins, par le geste large avec lequel je jette dans le mouvant des choses,
    sans note de blanchisseuse, le linge sale que je suis
    et reste au logis sans chemise.

    (Toi qui consoles, qui n’existes pas et par là même consoles,
    ou déesse grecque, conçue comme une statue douée du souffle,
    ou patricienne romaine, noble et néfaste infiniment,
    ou princesse de troubadours, très- gente et de couleurs ornée,
    ou marquise du dix-huitième, lointaine et fort décolletée,
    ou cocotte célèbre du temps de nos pères,
    ou je ne sais quoi de moderne – non, je ne vois pas très bien quoi –
    que tout cela, quoi que ce soit, et que tu sois, m’inspire s’il se peut !
    Mon coeur est un seau qu’on a vidé.
    Tels ceux qui invoquent les esprits je m’invoque
    moi-même sans rien trouver.
    Je viens à la fenêtre et vois la rue avec une absolue netteté.
    Je vois les magasins et les trottoirs, et les voitures qui passent.
    Je vois les êtres vivants et vêtus qui se croisent,
    je vois les chiens qui existent eux aussi,
    et tout cela me pèse comme une sentence de déportation,
    et tout cela est étranger, comme toute chose. )

    J’ai vécu, aimé – que dis-je ? j’ai eu la foi,
    et aujourd’hui il n’est de mendiant que je n’envie pour le seul fait qu’il n’est pas moi.
    En chacun je regarde la guenille, les plaies et le mensonge
    et je pense : « peut-être n’as-tu jamais vécu ni étudié, ni aimé, ni eu la foi »
    (parce qu’il est possible d’agencer la réalité de tout cela sans en rien exécuter) ;
    « peut-être as-tu à peine existé, comme un lézard auquel on a coupé la queue,
    et la queue séparée du lézard frétille encore frénétiquement ».

    J’ai fait de moi ce que je n’aurais su faire,
    et ce que de moi je pouvais faire je ne l’ai pas fait.
    Le domino que j’ai mis n’était pas le bon.
    On me connut vite pour qui je n’étais pas, et je n’ai pas démenti et j’ai perdu la face.
    Quand j’ai voulu ôter le masque
    je l’avais collé au visage.
    Quand je l’ai ôté et me suis vu dans le miroir,
    J’avais déjà vieilli.
    J’étais ivre, je ne savais plus remettre le masque que je n’avais pas ôté.
    Je jetai le masque et dormis au vestiaire
    comme un chien toléré par la direction
    parce qu’il est inoffensif –
    et je vais écrire cette histoire afin de prouver que je suis sublime.

    Essence musicale de mes vers inutiles,
    qui me donnera de te trouver comme chose par moi créée,
    sans rester éternellement face au Bureau de Tabac d’en face,
    foulant aux pieds la conscience d’exister,
    comme un tapis où s’empêtre un ivrogne,
    comme un paillasson que les romanichels ont volé et qui ne valait pas deux sous.

    Mais le patron du Bureau de Tabac est arrivé à la porte, et à la porte il s’est arrêté.
    Je le regarde avec le malaise d’un demi-torticolis
    et avec le malaise d’une âme brumeuse à demi.
    Il mourra, et je mourrai.
    Il laissera son enseigne, et moi des vers.
    À un moment donné mourra aussi l’enseigne, et
    mourront aussi les vers de leur côté.
    Après un certain temps mourra la rue où était l’enseigne,
    ainsi que la langue dans laquelle les vers furent écrits.
    Puis mourra la planète tournante où tout cela s’est produit.
    En d’autres satellites d’autres systèmes cosmiques, quelque chose
    de semblable à des humains
    continuera à faire des genres de vers et à vivre derrière des manières d’enseignes,
    toujours une chose en face d’une autre,
    toujours une chose aussi inutile qu’une autre,
    toujours une chose aussi stupide que le réel,
    toujours le mystère au fond aussi certain que le sommeil du mystère de la surface,
    toujours cela ou autre chose, ou bien ni une chose ni l’autre.

    Mais un homme est entré au Bureau de Tabac (pour acheter du tabac ?)
    et la réalité plausible s’abat sur moi soudainement.
    Je me soulève à demi, énergique, convaincu, humain,
    et je vais méditer d’écrire ces vers où je dis le contraire.
    J’allume une cigarette en méditant de les écrire
    et je savoure dans la cigarette une libération de toutes les pensées.
    Je suis la fumée comme un itinéraire autonome, et je goûte, en un moment sensible et compétent,
    la libération en moi de tout le spéculatif
    et la conscience de ce que la métaphysique est l’effet d’un malaise passager.

    Ensuite je me renverse sur ma chaise
    et je continue à fumer
    Tant que le destin me l’accordera je continuerai à fumer.

    (Si j’épousais la fille de ma blanchisseuse,
    peut-être que je serais heureux.)
    Là-dessus je me lève. Je vais à la fenêtre.

    L’homme est sorti du bureau de tabac (n’a-t-il pas mis la
    monnaie dans la poche de son pantalon?)
    Ah, je le connais: c’est Estève, Estève sans métaphysique.
    (Le patron du bureau de tabac est arrivé sur le seuil.)
    Comme mû par un instinct sublime, Estève s’est retourné et il m’a vu.
    Il m’a salué de la main, je lui ai crié: « Salut Estève ! », et l’univers
    s’est reconstruit pour moi sans idéal ni espérance, et le
    patron du Bureau de Tabac a souri.

    Álvaro de Campos (hétéronyme), 15 janvier 1928.

    Não sou nada.
    Nunca serei nada.
    Não posso querer ser nada.
    À parte isso, tenho em mim todos os sonhos do mundo.

    Janelas do meu quarto,
    Do meu quarto de um dos milhões do mundo que ninguém sabe quem é
    (E se soubessem quem é, o que saberiam?),
    Dais para o mistério de uma rua cruzada constantemente por gente,
    Para uma rua inacessível a todos os pensamentos,
    Real, impossivelmente real, certa, desconhecidamente certa,
    Com o mistério das coisas por baixo das pedras e dos seres,
    Com a morte a por umidade nas paredes e cabelos brancos nos homens,
    Com o Destino a conduzir a carroça de tudo pela estrada de nada.

    Estou hoje vencido, como se soubesse a verdade.
    Estou hoje lúcido, como se estivesse para morrer,
    E não tivesse mais irmandade com as coisas
    Senão uma despedida, tornando-se esta casa e este lado da rua
    A fileira de carruagens de um comboio, e uma partida apitada
    De dentro da minha cabeça,
    E uma sacudidela dos meus nervos e um ranger de ossos na ida.

    Estou hoje perplexo, como quem pensou e achou e esqueceu.
    Estou hoje dividido entre a lealdade que devo
    À Tabacaria do outro lado da rua, como coisa real por fora,
    E à sensação de que tudo é sonho, como coisa real por dentro.

    Falhei em tudo.
    Como não fiz propósito nenhum, talvez tudo fosse nada.
    A aprendizagem que me deram,
    Desci dela pela janela das traseiras da casa.
    Fui até ao campo com grandes propósitos.
    Mas lá encontrei só ervas e árvores,
    E quando havia gente era igual à outra.
    Saio da janela, sento-me numa cadeira. Em que hei de pensar?

    Que sei eu do que serei, eu que não sei o que sou?
    Ser o que penso? Mas penso tanta coisa!
    E há tantos que pensam ser a mesma coisa que não pode haver tantos!
    Gênio? Neste momento
    Cem mil cérebros se concebem em sonho gênios como eu,
    E a história não marcará, quem sabe?, nem um,
    Nem haverá senão estrume de tantas conquistas futuras.
    Não, não creio em mim.
    Em todos os manicômios há doidos malucos com tantas certezas!
    Eu, que não tenho nenhuma certeza, sou mais certo ou menos certo?
    Não, nem em mim…
    Em quantas mansardas e não-mansardas do mundo
    Não estão nesta hora gênios-para-si-mesmos sonhando?
    Quantas aspirações altas e nobres e lúcidas –
    Sim, verdadeiramente altas e nobres e lúcidas -,
    E quem sabe se realizáveis,
    Nunca verão a luz do sol real nem acharão ouvidos de gente?
    O mundo é para quem nasce para o conquistar
    E não para quem sonha que pode conquistá-lo, ainda que tenha razão.
    Tenho sonhado mais que o que Napoleão fez.
    Tenho apertado ao peito hipotético mais humanidades do que Cristo,
    Tenho feito filosofias em segredo que nenhum Kant escreveu.
    Mas sou, e talvez serei sempre, o da mansarda,
    Ainda que não more nela;
    Serei sempre o que não nasceu para isso;
    Serei sempre só o que tinha qualidades;
    Serei sempre o que esperou que lhe abrissem a porta ao pé de uma parede sem porta,
    E cantou a cantiga do Infinito numa capoeira,
    E ouviu a voz de Deus num poço tapado.
    Crer em mim? Não, nem em nada.
    Derrame-me a Natureza sobre a cabeça ardente
    O seu sol, a sua chava, o vento que me acha o cabelo,
    E o resto que venha se vier, ou tiver que vir, ou não venha.
    Escravos cardíacos das estrelas,
    Conquistamos todo o mundo antes de nos levantar da cama;
    Mas acordamos e ele é opaco,
    Levantamo-nos e ele é alheio,
    Saímos de casa e ele é a terra inteira,
    Mais o sistema solar e a Via Láctea e o Indefinido.

    (Come chocolates, pequena;
    Come chocolates!
    Olha que não há mais metafísica no mundo senão chocolates.
    Olha que as religiões todas não ensinam mais que a confeitaria.
    Come, pequena suja, come!
    Pudesse eu comer chocolates com a mesma verdade com que comes!
    Mas eu penso e, ao tirar o papel de prata, que é de folha de estanho,
    Deito tudo para o chão, como tenho deitado a vida.)

    Mas ao menos fica da amargura do que nunca serei
    A caligrafia rápida destes versos,
    Pórtico partido para o Impossível.
    Mas ao menos consagro a mim mesmo um desprezo sem lágrimas,
    Nobre ao menos no gesto largo com que atiro
    A roupa suja que sou, em rol, pra o decurso das coisas,
    E fico em casa sem camisa.

    (Tu que consolas, que não existes e por isso consolas,
    Ou deusa grega, concebida como estátua que fosse viva,
    Ou patrícia romana, impossivelmente nobre e nefasta,
    Ou princesa de trovadores, gentilíssima e colorida,
    Ou marquesa do século dezoito, decotada e longínqua,
    Ou cocote célebre do tempo dos nossos pais,
    Ou não sei quê moderno – não concebo bem o quê –
    Tudo isso, seja o que for, que sejas, se pode inspirar que inspire!
    Meu coração é um balde despejado.
    Como os que invocam espíritos invocam espíritos invoco
    A mim mesmo e não encontro nada.
    Chego à janela e vejo a rua com uma nitidez absoluta.
    Vejo as lojas, vejo os passeios, vejo os carros que passam,
    Vejo os entes vivos vestidos que se cruzam,
    Vejo os cães que também existem,
    E tudo isto me pesa como uma condenação ao degredo,
    E tudo isto é estrangeiro, como tudo.)

    Vivi, estudei, amei e até cri,
    E hoje não há mendigo que eu não inveje só por não ser eu.
    Olho a cada um os andrajos e as chagas e a mentira,
    E penso: talvez nunca vivesses nem estudasses nem amasses nem cresses
    (Porque é possível fazer a realidade de tudo isso sem fazer nada disso);
    Talvez tenhas existido apenas, como um lagarto a quem cortam o rabo
    E que é rabo para aquém do lagarto remexidamente

    Fiz de mim o que não soube
    E o que podia fazer de mim não o fiz.
    O dominó que vesti era errado.
    Conheceram-me logo por quem não era e não desmenti, e perdi-me.
    Quando quis tirar a máscara,
    Estava pegada à cara.
    Quando a tirei e me vi ao espelho,
    Já tinha envelhecido.
    Estava bêbado, já não sabia vestir o dominó que não tinha tirado.
    Deitei fora a máscara e dormi no vestiário
    Como um cão tolerado pela gerência
    Por ser inofensivo
    E vou escrever esta história para provar que sou sublime.

    Essência musical dos meus versos inúteis,
    Quem me dera encontrar-me como coisa que eu fizesse,
    E não ficasse sempre defronte da Tabacaria de defronte,
    Calcando aos pés a consciência de estar existindo,
    Como um tapete em que um bêbado tropeça
    Ou um capacho que os ciganos roubaram e não valia nada.

    Mas o Dono da Tabacaria chegou à porta e ficou à porta.
    Olho-o com o deconforto da cabeça mal voltada
    E com o desconforto da alma mal-entendendo.
    Ele morrerá e eu morrerei.
    Ele deixará a tabuleta, eu deixarei os versos.
    A certa altura morrerá a tabuleta também, os versos também.
    Depois de certa altura morrerá a rua onde esteve a tabuleta,
    E a língua em que foram escritos os versos.
    Morrerá depois o planeta girante em que tudo isto se deu.
    Em outros satélites de outros sistemas qualquer coisa como gente
    Continuará fazendo coisas como versos e vivendo por baixo de coisas como tabuletas,

    Sempre uma coisa defronte da outra,
    Sempre uma coisa tão inútil como a outra,
    Sempre o impossível tão estúpido como o real,
    Sempre o mistério do fundo tão certo como o sono de mistério da superfície,
    Sempre isto ou sempre outra coisa ou nem uma coisa nem outra.

    Mas um homem entrou na Tabacaria (para comprar tabaco?)
    E a realidade plausível cai de repente em cima de mim.
    Semiergo-me enérgico, convencido, humano,
    E vou tencionar escrever estes versos em que digo o contrário.

    Acendo um cigarro ao pensar em escrevê-los
    E saboreio no cigarro a libertação de todos os pensamentos.
    Sigo o fumo como uma rota própria,
    E gozo, num momento sensitivo e competente,
    A libertação de todas as especulações
    E a consciência de que a metafísica é uma consequência de estar mal disposto.

    Depois deito-me para trás na cadeira
    E continuo fumando.
    Enquanto o Destino mo conceder, continuarei fumando.

    (Se eu casasse com a filha da minha lavadeira
    Talvez fosse feliz.)
    Visto isto, levanto-me da cadeira. Vou à janela.
    O homem saiu da Tabacaria (metendo troco na algibeira das calças?).
    Ah, conheço-o; é o Esteves sem metafísica.
    (O Dono da Tabacaria chegou à porta.)
    Como por um instinto divino o Esteves voltou-se e viu-me.
    Acenou-me adeus, gritei-lhe Adeus ó Esteves!, e o universo
    Reconstruiu-se-me sem ideal nem esperança, e o Dono da Tabacaria sorriu.

    Álvaro de Campos (hétéronyme), 15 janvier 1928. Première publication : Dans la revue Presença n°39, en juillet 1933.

  • Bianu (Zéno) : Le prénom du visage

    avec toi
    torche noyée
    dans l’instant tremblant

    jusqu’au plus sombre
    du temps

    avec toi
    nuit des voix
    à tomber sous la vie

    nuit des vies
    pour écouter
    les lèvres de la plaie
    les lèvres de la pluie

    avec toi
    pour écouter
    ce qui ne se possède plus

    derrière les pierres de neige
    aux pieds du monde seul

    avec
    moi en toi
    comme un dieu
    au secret blessé

    avec mille soleils enterrés
    derrière chacun de tes mots

    jusqu’à ce tremblement de vide
    qui étreint l’horizon

    Zéno Bianu. Infiniment proche – Le Désespoir n’existe pas – Éditions L’Arbalète/Gallimard (2000)