Blog « Fleureter »
Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.
Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.
le soir tombe sur Lanzarote
la belle paresseuse
endormie comme une huître
les traits noirs des vagues
dessinent une portée de notes
de musique marine
d’un ciel au bleu qui se fonce
narcisses alanguis
trois nuages se pâment dans l’eau
transparent l’air empli de silence
laisse les amants entendre
leur cœur qui bat qui bat
au rythme d’un même soupir
Texte de Luc Fayard inspiré par une photo de Clara Fayard. Musique et violon: Chantal Hannes
Voir aussi une version illustrée par IA
la pluie rouge tomba sur la ville
honteuse la mer partit se cacher
emportant avec elle les poissons affolés
les maisons blanches tremblaient de peur
puis un cri vibrant jaillit de la côte
déclamant aux gens perdus
creusez loin
cherchez au-delà de l’illusion
née du cauchemar des hommes
vivez le présent
et ses cadeaux
le sourire revint sur les quais
et le monde finit par s’habituer
à ces couleurs nouvelles
qui rendaient leur vie plus joyeuse
Texte de Luc Fayard , inspiré par Limite, de Betty Rosant
regarder vers le ciel
par nuit de beau temps
et dans la lumière
scintillante des astres
ne voir que la vérité
figurant objets
personnages
allégories
rien d’autre
pas de religion
ni de morale
du bien et du mal
juste un passé lointain
brillant encore
qui te dit non
tu ne viens pas
de nulle part
dans ton corps vivent
des atomes d’astres
des bouts d’étoiles mortes
ne les laisse pas mourir
une deuxième fois
comme nous là-haut
bêtement vieillies
par le temps
ainsi quand tu partiras
un souffle d’éternité
pourra s’échapper de toi
et montera vers nous
pour nous rajeunir
Texte de Luc Fayard, inspiré de Astre, de Clara Daguin (installation Église Saint-Eustache de Paris, janvier 2024)
galets plats bondissant
sur l’eau trouble
d’un lac de pensées
toile d’araignée
de sentiments croisés
entre indicible et non-dit
permanent jeu pervers
du son et du sens
esquisses imparables
de beauté révélée
notes seules fusant
vers la cible lointaine
ou gaiement accolées
en résonance
signes obsolètes
à peine dessinés
dans le labyrinthe touffu
de l’âme à la raison
étendards bariolés
portant les écussons
de la liberté conquise
rochers de marbre
en taille directe
ou bijoux ciselés
au poinçon d’artisan
vagues séquentielles
sur la mer houleuse
des désirs enchaînés
méandres menant au but
par des détours obligés
ou lignes imparables
de traits volontaires
truelles de l’éternel
puzzle de vérité
nuages pépites d’un ciel
aux reflets de lumière
trésors accordés
à qui veut ouvrir
leurs serrures naturelles
posez-les sur un cercle
libres et solidaires
les mots vous habiteront
à jamais

Voir la mise en scène avec une illustration d’Odilon Redon dans Duos poème-œuvre





cette plume appartenait
à un geai des chênes
qui l’a déposée une nuit
devant chez moi
pour que je la trouve au matin
deux centimètres de haut
j’ai failli ne pas la voir
depuis que je l’ai prise
entre mes mains
elle est entrée dans mon âme
et ma vie a changé
ma vision de la beauté
mon symbolisme
mon attention aux détails
j’ai découvert
le minusculement magnifique
porteur d’envol et de légèreté
de tournoiement aussi
mais il a fallu
qu’un petit animal
perde un attribut
pour que je gagne en émotion
j’espère que cette plume
n’est qu’une mue
pas l’issue d’un combat
un don pas une perte
merci à l’oiseau
qui m’a offert ce cadeau
je lui promets
qu’il portera ses fruits
désormais mes mots
seront ceux de sa liberté
Texte de Luc Fayard inspiré par une plume de geai des chênes trouvée par Z.
Voir la version illustrée.

barré par l’envol des oiseaux blancs
le trait de lumière décoiffe l’horizon
la mer désertée ne vibre plus du vent
qui tourmentait le destin des passants
il est temps
de partir
ailleurs
où la peine
serait douce
à vivre
je marcherai sur les sentiers embrumés
respirant le souffle des frondaisons
l’âme pleine de tableaux de rêves
et de souvenirs aux reliefs embellis
mais la pluie
refroidira
mon ardeur
et le seul bruit
de la nuit
mon cœur
l’aube verra palpiter la rosée
et parvenu au seuil de la maison
j’ouvrirai la porte sur l’espace sans fond
et la refermerai sur mon ombre passée
Texte de Luc Fayard; voir la version illustrée

