J’en sais peu sur la nuit
mais la nuit semble en savoir sur moi,
et plus encore, elle m’assiste comme si elle m’aimait,
elle me couvre la conscience de ses étoiles.
Peut-être la nuit est-elle la vie et le soleil la mort.
Peut-être la nuit n’est-elle rien
et les conjectures sur elle rien
et les êtres qui la vivent rien.
Peut-être les mots sont-ils la seule chose à exister
dans l’énorme vide des siècles
qui nous griffent l’âme de leurs souvenirs.
Mais la nuit doit connaître la misère
qui boit notre sang et nos idées.
Elle doit jeter de la haine sur nos regards
les sachant pleins d’intérêts, de conflits.
Mais il se trouve que j’entends la nuit pleurer dans mes os.
Son immense larme délire
et crie que quelque chose est parti pour toujours.
Un jour nous recommencerons à être.
Les Aventures perdues (1958). Œuvres, Ypsilon éditeur, 2005. Traduction de l’espagnol (Argentine) : Jacques Ancet.
Poétesse argentine qui se suicide à 36 ans en 1972. Considérée comme l’une des figures les plus marquantes de la littérature latino-américaine du XXe siècle.
