Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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Citation Amavero du jour
Il n’est pas possible pour un individu conscient de vivre dans une société telle que la nôtre sans vouloir la changer.…, cité sur Fb par… Lire


  • mourir un peu

    mourir un peu pour savoir
    et revenir et le dire
    la vie est belle 
    partir ne me fait pas peur
    j’en aurais même envie d’une certaine façon
    je meurs de ne pas savoir ce qu’il y a derrière tout cela
    au-delà de l’agitation de lumière et d’espoir
    d’ombres et de souffrances

    quand tout se taira n’y aura-t-il que le noir
    je ne peux le croire
    si ce néant est la réponse et que je le sache
    à quoi bon vivre
    si le noir nous attend en sortant du labyrinthe muré
    pourquoi continuer à s’affairer
    à quoi bon rester

    au contraire si tel est mon désir
    rien ne sera jamais plus beau que d’y être
    autant y aller sans attendre
    je n’ai aucune envie de mourir
    mais j’aimerais tant savoir

    le soleil se perd dans la mer de nuages
    sans me donner la réponse

    il me faudra mourir pour savoir
    je ne veux pas que ce soit définitif
    juste mourir un peu
    pas longtemps
    juste le temps de savoir

    je suppose qu’on le sait tout de suite
    fulgurance de l’évidence absolue
    tout le monde parle de la lumière blanche 
    au bout du tunnel
    je veux aller voir derrière elle

    et puis revenir bien sûr
    parce que la vie est belle 
    parait-il
    la vie est la vie
    elle ne se remplace pas

    si c’est ce que je crois
    je regretterai de ne pas y rester
    ayant goûté expérimentalement au paradis
    j’aurai peur de ne pouvoir y revenir
    et je vivrai dans cette douloureuse attente
    cette effroyable incertitude

    le noir c’est plus simple
    aucune envie d’y revenir
    plus jamais envie de mourir basta

    et le jour où je mourrai vraiment
    définitivement
    s’il me reste un peu de conscience
    je me dirai bon c’est fini
    j’ai bien vécu et voilà tout

    bon je préfère ne pas savoir
    mais j’aimerais tant


  • interdit négatif

    pelouse interdite
    parking réservé
    défense de traverser
    le sens obligatoire 

    est négatif
    est-cela la liberté
    faire tout sauf 

    défense d’entrer
    c’est marrant on ne dit jamais
    défense de sortir

    le jour où on le dira
    ce sera la guerre dehors

    défense d’uriner
    de penser peut-être
    défense d’aimer
    d’être heureux

    je veux embrasser toute herbe défendue
    et courir à contre-sens
    je veux sourire et crier en même temps

    rire intelligemment
    ne vous inquiétez pas
    j’ai besoin du regard des autres pour exister
    esse est percipi
    je peux être conforme
    un peu
    mais je veux être libre
    surtout
    libre de respirer la folie des autres
    l’insoutenable petite folie 
    persistante
    dans tout être aimant

  • respiration

    je respire jour et nuit
    à pleine âme
    le ciel qui s’unit à l’océan
    la caresse sifflante du vent dans les voiles
    la lumière bruissante du sillage des planctons
    réceptacle je respire les éléments en fusion
    mystérieux le cerne d’un feu lointain
    solitaire le bonjour d’une frégate nerveuse
    drapé le silence du paysage
    étoilée la nuit de cinéma
    blanche et grise l’aube rose et bleue
    plus belle ici qu’ailleurs
    tout converge vers moi spectateur ébloui
    passager nomade éphémère de la mer
    j’y respire un air plus fort que la vie


  • perle et roule

    la mer perle
    la houle roule
    le soleil en veille
    la lune en hune
    le ciel s’éveille
    le vent se tend
    la voile s’étoile
    la barque se nacre
    le sillage en nage
    le mât étend son bras
    le hauban fait dang dang
    et mon cœur boum boum


  • murmure et frisson

    la mer m’a dit dans un murmure un frisson

    regarde toi ni frégate ni poisson
    gorille lourd et grossier
    comment oses-tu me défier
    me déranger parmi mes éléments
    que fais-tu là étranger sans palme
    accroché à ton morceau sans âme
    fait de bois et de toile sans vent
    qu’espères tu donc de moi quel frisson

    je suis le temps et l’espace
    je suis l’horizon je suis l’aura
    l’abysse ténébreux qui te perdra
    et toi tu n’es qu’une carcasse
    que sais-tu de l’effluve alizé déhanché
    du chant perlé de la vague immaculée
    de la poussière de sargasse

    peut-être pourrais-tu me pénétrer
    si seulement tu savais m’étreindre
    dans tes bras malhabiles
    ou bien délicatement me savourer 
    goutte après goutte entre tes doigts
    malheureux tu serais noyé avant d’y arriver
    et par ma noire profondeur asphyxié

    alors tu me regardes têtu tu renâcles
    comme ces marins au regard fin
    qui me fixent en espérant un miracle
    impossible surnaturel incertain
    ce n’est pas le vol saccadé d’un fou de bassan
    ni la nageoire éphémère d’un dauphin
    ni l’arbalète stridente d’un poisson volant
    qui peut les distraire de leur attente sans fin
    ni même leur dire qui je suis vraiment

    je n’ai pas de solution pour l’homme
    je suis la question
    je suis la source



Art et Poésie : dernières publications

  • Aristide Maillol : Femme assise à l’ombrelle (1892)

    Aristide Maillol : Femme assise à l’ombrelle (1892)

  • William Shakespeare : Blow, winds, and crack your cheeks ! Soufflez, vents, à crever vos joues (1608)

    LEAR
    Blow, winds, and crack your cheeks! rage! blow!
    You cataracts and hurricanoes, spout
    Till you have drench’d our steeples, drown’d the cocks!
    You sulphurous and thought-executing fires,
    Vaunt-couriers of oak-cleaving thunderbolts,
    Singe my white head! And thou, all-shaking thunder,
    Smite flat the thick rotundity o’ the world!
    Crack nature’s moulds, all germens spill at once
    That make ingrateful man!

    LEAR
    Soufflez vents, à crever vos joues ! Faites rage, soufflez,
    Vous trombes d’eau et déluges, jaillissez
    Jusqu’à inonder nos clochers, et noyez leurs girouettes !
    Vous, sulfureux éclairs prompts comme la pensée,
    Avant-coureurs de la foudre qui fend le chêne,
    Brûlez ma tête blanche ! Et toi, tonnerre qui tout ébranle,
    Aplatis l’épaisse rotondité du monde,
    Fracasse les moules de la Nature, disperse d’un seul coup tous les germes
    Qui font l’homme ingrat !

    Le Roi Lear (1608), acte III, scène 2. Traduction Jean-Michel Déprats

    William Shakespeare : Blow, winds, and crack your cheeks ! Soufflez, vents, à crever vos joues (1608)

  • Alphonse Osbert : Le Soir sur le lac (1895)

    Alphonse Osbert : Le Soir sur le lac (1895)

  • Christian Bobin : Il n’y a rien en nous (1991)

    Il n’y a rien en nous. Il n’y a personne. Il n’y a en nous qu’une attente sans couleur et sans forme. Elle n’est l’attente d’aucune chose. Elle est en nous comme de l’air mélangé à de l’air. Elle ne ressemble à rien, sinon peut-être à l’extrême pointe d’une lassitude. Cette attente n’a pas toujours été là. Nous n’avons pas toujours été rien, personne. Dans l’enfance nous étions tout et dieu n’était qu’une part infime de nos domaines – quelque chose comme un brin d’herbe dans un pré.

    C’est avec la fin de l’enfance que l’attente a commencé. C’est après notre mort que nous avons commencé à attendre.

    (1951-2022). Une petite robe de fête. folio/Gallimard, 1991.

    Christian Bobin : Il n’y a rien en nous (1991)

  • Francis Ponge : Le Chêne (1942)

    Francis Ponge : Le Chêne (1942)

  • Octavio Paz : Source

    Parle laisse tomber une parole
    Bonjour j’ai dormi tout l’hiver et maintenant je me réveille
    Parle
    Une pirogue glisse vers la lumière
    Une parole légère avance à pleines voiles
    Le jour a la forme d’un fleuve
    Sur ses rives brillent les plumes de tes chants
    Douceur de l’eau dans l’herbe endormie
    Eau claire voyelles à boire
    Voyelles parures du front des chevilles
    Parle
    Touche la cime d’un silence heureux
    Et puis ouvre les ailes parle sans cesse
    Un visage oublié passe
    Tu passes toi-même allure de vent dans un champ de maïs
    L’enfance avec ses flèches son idole son figuier
    Romps les amarres passe avec la tour et le jardin
    Passent futur et passé
    L’heure déjà morte et l’heure à tuer
    Passent des éclairs qui portent dans leur bec des morceaux de temps encore vivant
    Volées de comètes qui se perdent dans mon front
    Parle
    Mouille les lèvres dans la pierre fendue qui jaillit inépuisable
    Plonge tes bras blancs dans l’eau féconde en prophéties imminentes

    Le Tournesol in Condition de nuage (1939-1955) in Liberté sur Parole, nrf/Poésie/Gallimard, 2014.
    Mexicain (1914-1998). Prix Nobel de littérature en 1990.

    Octavio Paz : Source

  • Camillo Innocenti : Nuit (1913)

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  • Thomas Hart Benton : Night Firing of Tobacco (1943)

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  • Andrew Wyeth : Pennsylvania Landscape (1941) – tempera sur panneau

    Andrew Wyeth : Pennsylvania Landscape (1941) – tempera sur panneau

  • Pablo Neruda : Entrada à a la madera / Entrée dans le bois (1935)

    Con mi razón apenas, con mis dedos,
    con lentas aguas lentas inundadas,
    caigo al imperio de los nomeolvides,
    a una tenaz atmósfera de luto,
    a una olvidada sala decaída,
    a un racimo de tréboles amargos.

    Caigo en la sombra, en medio
    de destruidas cosas,
    y miro arañas, y apaciento bosques
    de secretas maderas inconclusas,
    y ando entre húmedas fibras arrancadas
    al vivo ser de substancia y silencio.

    Dulce materia, oh rosa de alas secas,
    en mi hundimiento tus pétalos subo
    con pies pesados de roja fatiga,
    y en tu catedral dura me arrodillo
    golpeándome los labios con un ángel.

    Es que soy yo ante tu color de mundo,
    ante tus pálidas espadas muertas,
    ante tus corazones reunidos,
    ante tu silenciosa multitud.

    Soy yo ante tu ola de olores muriendo,
    envueltos en otoño y resistencia:
    soy yo emprendiendo un viaje funerario
    entre tus cicatrices amarillas:
    soy yo con mis lamentos sin origen,
    sin alimentos, desvelado, solo,
    entrando oscurecidos corredores,
    llegando a tu materia misteriosa.

    Veo moverse tus corrientes secas,
    veo crecer manos interrumpidas,
    oigo tus vegetales oceánicos
    crujir de noche y furia sacudidos,
    y siento morir hojas hacia adentro,
    incorporando materiales verdes
    a tu inmovilidad desamparada.

    Poros, vetas, círculos de dulzura,
    peso, temperatura silenciosa,
    flechas pegadas a tu alma caída,
    seres dormidos en tu boca espesa,
    polvo de dulce pulpa consumida,
    ceniza llena de apagadas almas,
    venid a mi, a mi sueño sin medida,
    caed en mi alcoba en que la noche cae
    y cae sin cesar como agua rota,
    y a vuestra vida, a vuestra muerte asidme,
    a vuestros materiales sometidos,
    a vuestras muertas palomas neutrales,
    y hagamos fuego, y silencio, y sonido,
    y ardamos, y callemos, y campanas.

    Avec ma seule raison, avec mes doigts,
    avec de lentes eaux lentes inondées,
    je tombe au royaume des myosotis,
    à une tenace atmosphère de deuil,
    à une salle oubliée, déchue,
    à une grappe de trèfles amers.

    Je tombe dans l’ombre, au milieu
    de choses détruites,
    et je regarde des araignées, et je broute des forêts
    de bois secret, secret,
    et je marche parmi des fibres mouillées
    vécues par le cœur vivant de la sève et du silence.

    Matière douce, ô rose de branches sèches,
    dans mes larmes je m’enfonce dans ton sol
    avec des pieds lourds d’une rouge fatigue,
    et dans ta cathédrale dure je m’agenouille
    en me frappant les lèvres avec un ange.

    C’est que c’est moi devant ta couleur de monde,
    devant tes pâles épées mortes,
    devant tes cœurs réunis,
    devant ta silencieuse multitude.

    C’est moi entreprenant un voyage funéraire
    parmi tes cicatrices jaunes :
    c’est moi avec mes lamentos sans origine,
    sans aliments, éveillé, seul,
    entrant dans des couloirs obscurcis,
    arrivant à ta matière mystérieuse.

    Je vois se mouvoir tes courants secs,
    je vois grandir des mains interrompues,
    j’entends tes végétaux océaniques
    crisser de nuit et de fureur secoués,
    et je sens mourir des feuilles vers l’intérieur,
    incorporant des matières vertes
    à ton immobilité désemparée.

    Pores, veines, cercles de douceur,
    poids, température silencieuse,
    flèches collées à ton âme déchue,
    êtres endormis dans ta bouche épaisse,
    poussière de douce moelle consumée,
    cendre pleine d’âmes éteintes,
    venez à moi, à mon rêve démesuré,
    tombez dans mon alcôve où la nuit tombe
    et tombe sans cesse comme une eau brisée,
    et à votre vie, à votre mort agrippez-moi,
    à vos matériaux soumis, à vos inutiles colombes mortes,
    et faisons feu, et silence, et son,
    et flambons, et silence, et carillon.

    (1904-1973). Residencia en la Tierra. Ediciones del Árbo, 1935
    Traduction de Guy Suarès (sauf pour le mot « crujir » remplacé par Luc Fayard par le mot « crisser »)

    Pablo Neruda : Entrada à a la madera / Entrée dans le bois (1935)

  • Mary Oliver : When I Am Among the Trees – Quand je suis parmi les arbres (2006)

    Mary Oliver : When I Am Among the Trees – Quand je suis parmi les arbres (2006)

  • Philippe Jaccottet : L’Ignorant (1957)

    Plus je vieillis et plus je croîs en ignorance,
    plus j’ai vécu, moins je possède et moins je règne.
    Tout ce que j’ai, c’est un espace tour à tour
    enneigé ou brillant, mais jamais habité.
    Où est le donateur, le guide, le gardien?
    Je me tiens dans ma chambre et d’abord je me tais
    (le silence entre en serviteur mettre un peu d’ordre),
    et j’attends qu’un à un les mensonges s’écartent :
    que reste-t-il? que reste-t-il à ce mourant
    qui l’empêche si bien de mourir?
    Quelle force
    le fait encor parler entre ses quatre murs?
    Pourrais-je le savoir, moi l’ignare et l’inquiet?
    Mais je l’entends vraiment qui parle, et sa parole
    pénètre avec le jour, encore que bien vague :
    « Comme le feu, l’amour n’établit sa clarté
    que sur la faute et la beauté des bois en cendres… ».

    (1925-2021). L’Ignorant. Gallimard, 1957

    Philippe Jaccottet : L’Ignorant (1957)

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025