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Brives (Martial de) : Les soupirs d'une âme exilée
Je vis, mais c’est hors de moi-même ;
Je vis, mais c’est sans vivre en moi ;
Je vis dans l’objet de ma foi
Que je ne vois pas et que j’aime ;
Triste nuit des longs embarras
Où mon âme est enveloppée,
Si tu n’es bientôt dissipée,
Je me meurs de ne mourir pas.
Le poète religieux et capucin français Martial de Brives (1600-1653). Sur ces paroles de Saint Paul : Cupio dissolvi et esse cum Christoune archive InfoTekArt au hasard
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Char (René) : Post-scriptum
Évadez-vous de moi qui patiente sans bouche;
A vos pieds je suis né, mais vous m’avez perdu;
Mes feux ont trop précisé leur royaume;
Mon trésor a coulé contre votre billot.Le désert comme asile au seul tison suave
Jamais ne m’a nommé, jamais ne m’a rendu.Écartez-vous de moi qui patiente sans bouche :
Le trèfle de la passion est de fer dans ma main.Dans la stupeur de l’air où s’ouvrent mes allées,
Le temps émondera peu à peu mon visage,
Comme un cheval sans fin dans un labour aigri.
Fureur et mystère. Seuls demeurent. 1938-1944. C’est l’un des poèmes de René Char mis en musique (choral) par Pierre Boulez.une archive InfoTekArt au hasard
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Char (René) : Dehors la nuit est gouvernée
Peuple de roseaux bruns lèvres de pauvreté dentelles haletantes au levant de son sillage gravi entée en flamme
Je baise l’emplacement de sa chair fondée
Derrière la vitre toutes les fièvres écrasées bourdonnent se raffinent
Lauréat des yeux transportés
Jusqu’au torrent pour la lécher au fond de sa faille
Secoue-toi infirme vent de portefaix
Tu pèses nuisible sur le commerces des grades
Son encolure n’a pas renoncé au feuillage de la lampe
Les liens cèdent L’île de son ventre marche de passion et de couleurs s’en va
La hampe du coquelicot révolte et fleur meurt dans la grâce
Tout calme est une plainte une fin une joieMonstre qui projetez votre humus tiède dans le printemps de sa ville
Ventouse renversée au flanc de l’agrément du ciel
Souffrez que nous soyons vos pèlerins extrêmes
Semeurs ensevelis dans le labyrinthe de votre pied.Dehors la nuit est gouvernée. 1937-1938
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Char (René) : Mon amour est triste
Mon amour est triste
Parce qu’il est fidèle
Il n’interpelle pas l’oubli des autres
Il ne tombe pas de la bouche comme un journal de la poche
Il n’est pas liant parmi l’angoisse qui tourbillonne en commun
Il ne s’isole pas sur les brisants de la presqu’île pour simuler le pessimisme
Mon amour est triste
Parce qu’il est dans la nature troublée de l’amour d’être triste
Comme la lumière est triste
Le bonheur tristeTu nous as passé liberté tes courroies de sable.
Quatre âges. IV. Placard pour un chemin des écoliers. 1936-1937
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Rilke (Rainer Maria) : Qui nous dit que tout disparaisse?
Qui nous dit que tout disparaisse?
de l’Oiseau que tu blesses,
qui sait, s’il ne reste le vol,
et peut-être les fleurs des caresses
survivent à nous, à leur sol.Ce n’est pas le geste qui dure
mais il vous revêt de l’armure
d’or – des seins jusqu’aux genoux -,
et tant la bataille fut pure
qu’un Ange la porte après vous.Poèmes français (écrits en français) 1919
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Rilke (Rainer Maria) : Mein Leben is nicht diese steile Stunde. Ma vie n'est pas cette heure abrupte
Mein Leben ist nicht diese steile Stunde,
darin du mich so eilen siehst.
Ich bin ein Baum vor meinem Hintergrunde,
ich bin nur einer meiner vielen Munde
und jener, welcher sich am frühsten schließt.Ich bin die Ruhe zwischen zweien Tönen,
die sich nur schlecht aneinander gewöhnen:
denn der Ton Tod will sich erhöhn—Aber im dunklen Intervall versöhnen
sich beide zitternd. Und das Lied bleibt schön.Ma vie n’est pas cette heure abrupte
vers quoi tu me vois me hâter.
Je suis un arbre devant mon décor,
je ne suis que l’une de mes nombreuses bouches,
et celle qui se clôt la première.Je suis la pause entre deux notes
qui s’harmonisent mal :
la note de la mort veut monter à l’aigu.Mais dans la nuit de l’intervalle elles s’accordent
toutes deux frémissantes. Et le chant reste beau.Das Stundenbuch, Le Livre d’heures (1899)
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Rilke (Rainer Maria) : Lettre à un jeune Poète (préface)
Une seule chose est nécessaire: la solitude.
La grande solitude intérieure. Aller en soi-même, et ne rencontrer, des heures durant, personne – c’est à cela qu’il faut parvenir.
Être seul comme l’enfant est seul quand les grandes personnes vont et viennent, mêlées à des choses qui semblent grandes à l’enfant et importantes du seul fait que les grandes personnes s’en affairent et que l’enfant ne comprend rien à ce qu’elles font.
S’il n’est pas de communion entre les hommes et vous, essayez d’être près des choses: elles ne vous abandonneront pas. Il y a encore des nuits, il y a encore des vents qui agitent les arbres et courent sur les pays.
Dans le monde des choses et celui des bêtes, tout est plein d’événements auxquels vous pouvez prendre part.
Les enfants sont toujours comme l’enfant que vous fûtes: tristes et heureux; et si vous pensez à votre enfance, vous revivez parmi eux, parmi les enfants secrets. Les grandes personnes ne sont rien, leur dignité ne répond à rien.une archive InfoTekArt au hasard
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Purana (Markandaya) : Mon enfant tu n'as ni nom ni forme
Madasela, parlant à son nouveau-né:
– Mon enfant, tu n’as ni nom ni forme. Et c’est pure fantaisie que de t’avoir donné un nom.
Ton corps que voilà, formé des cinq éléments, n’est en vérité pas tien, et tu ne lui appartiens pas…
Pourquoi pleures-tu? Mais peut-être ne pleures-tu pas, et ce qui sort de toi n’est q’un bruit sans signification, fils de Roi.
Dans ton corps résiste un autre toi.
Donc, repoussons la pensée: « Cet enfant est à moi », car elle n’appartient qu’à la chair.
Honte à ceux qui se laissent abuser ainsi!
Tiré de La Voix des Choses, textes recueillis par Marguerite Yourcenar, citant A. Coomarasani.une archive InfoTekArt au hasard
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Les Quatre Voeux bouddhiques
Si nombreux que soient mes défauts,
Je m’efforcerai d’en triompher.Si difficile que soit l’étude,
je m’appliquerai à l’étude.Si ardu que soit le chemin de la Perfection,
je ferai de mon mieux pour y avancer.Si innombrables que soient les créatures errantes dans l’étendue des trois mondes,
je travaillerai à les sauver.Les Quatre Voeux bouddhiques. Tiré de La Voix des Choses, textes recueillis par Marguerite Yourcenar.
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Char (René) : Commune présence (partie II)
Tu es pressé d’écrire
Comme si tu étais en retard sur la vieS’il en est ainsi fais cortège à tes sourcesHâte-toiHâte toi de transmettreTa part de merveilleux de rébellion de bienfaisanceEffectivement tu es en retard sur la vieLa vie inexprimableLa seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t’unirCelle qui t’est refusée chaque jour par les êtres et par les chosesDont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnésAu bout de combats sans merciHors d’elle tout n’est qu’agonie soumise fin grossièreSi tu rencontres la mort durant ton labeurReçois-là comme la nuque trouve bon le mouchoir arideEn t’inclinantSi tu veux rireOffre sa soumissionJamais tes armesTu as été créé pour des moments peu communsModifie-toi disparais sans regretAu gré de la rigueur suaveQuartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuitSans interruptionSans égarementEssaime la poussièreNul ne décelera votre union.Commune présence (Marteau sans maître, Moulin premier)une archive InfoTekArt au hasard
