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Li Bai : Pensée dans une nuit tranquille
Devant mon lit, la lune jette une clarté très vive ;
Je doute un moment si ce n’est point la gelée blanche qui brille sur le sol.
Je lève la tête, je contemple la lune brillante ;
Je baisse la tête et je pense à mon pays.Li Bai, ou Li-taï-pé (701-762), poète chinois de la dynastie des Tang
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Bobin (Christian) : Les arbres du jardin
Les arbres du jardin. La douceur qui gouverne chaque feuille. Le livre sur le lit. Les fruits sur la table, atteints par une légère touche d’or. Les choses n’ont plus d’épaisseur. Tout est simplifié dans cette blanche lumière de l’abandon. Aucun objet n’échappe à la maladresse générale. Une attente. Une attente infinie dont s’égareraient l’objet, puis le sens. On ne saurait plus qui ou quoi est attendu.
…
L’odeur de l’herbe fraîchement coupée. La nudité du mot absence. Cette musique préférée de vous : des chants grégoriens, comme au bord de la mer, très proche de mourir. Cet art accompli du souffle et du silence…
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Les trois sagesses chinoises remises dans l'ordre
A l’heure où les discours de management et de marketing mélangent allégrement confucianisme, taoïsme et bouddhisme, voici un petit tableau résumé de leurs caractéristiques.
CONFUCIANISME
– vie sociale
– responsabilité politique
– attitude envers les autres– hiérarchie et régulation
– éducation, pour fonder son action et son jugement sur la raison
– rectitude : l’acte juste au moment opportun, sans autre considération que la justice
– loyauté: lié à la hiérarchie; inférieurs fidèles à leur supérieur qui leur doit protection
– poésie et arts, pour apaiser le coeur– politique : art du savoir-vivre en bonne entente entre êtres humains
BOUDDHISME
– vie spirituelle
– responsabilité individuelle
– attitude envers la mort et le destin
– souffrance et sa diminution
– communauté et réseau d’entraide mutuelle entre les laïcs et les moines
– sérénité: progression vers la libération des souffrances– douceur: non-vilolence qui doit réguler les relations entre humains et formes vivantes
– prière et méditation: pour parvenir à l’éveil, perception de l’illusion de la permanence d’un ego
– psychologie: compréhension du fonctionnement de la conscienceTAOÏSME
– vie naturelle
– responsabilité physique
– attitude envers son corps et la nature– la personne et sa réalisation
– pratique de l’exercice, accord entre son corps et le fonctionnement naturel– pureté: processus d’allégement des pesanteurs de la vie physique et des règles sociales
– sensibilité: ressentir et affiner le souffle vital qui passe sans cesse du corps à la nature– alchimie interne et médecine naturelle, pour mieux nourrir le vivre qui nous habite
– écologie: art du savoir-vivre en bonne entente avec son environnement naturel
Tiré de Cyrille J-D. Savary, Les trois sagesses chinoises
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Lao-Tseu : Dao De Jing (extraits)
Trente rayons se joignent en un moyeu unique
Ce vide dans le char en permet l’usage
D’une motte de glaise on façonne un vase
Ce vide dans le vase en permet l’usage
On ménage des portes et des fenêtres pour une pièce
Ce vide dans la pièce en permet l’usage
L’avoir fait l’avantage
Et le non-avoir l’usage.
….
Le fonctionnement des choses vit suivant un principe unitaire.
Cette unité primordiale vit selon un rythme binaire.
Cette dualité musicale vit grâce aux souffles médians.
Cette triplicité globale vit dans l’innombrable totalité des êtres.
…Dao De Jing. Classique de la voie et de la vertu. Chine. attribué à Laozi (Lao-Tseu), 6e siècle av-JC, mais qui n’a probablement pas existé.
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Aragon (Louis) : L' Affiche rouge
Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des PartisansVous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passantsNul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différentsTout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemandAdieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en ErivanUn grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le cœur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfantIls étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattantLe Roman inachevé, 1956
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Eluard (Paul) : La Parole
J’ai la beauté facile et c’est heureux.
Je glisse sur les toits des vents
Je glisse sur le toit des mers
Je suis devenue sentimentale
Je ne connais plus le conducteur
Je ne bouge plus soie sur les glaces
Je suis malade fleurs et cailloux
J’aime le plus chinois aux nues
J’aime la plus nue aux écarts d’oiseau
Je suis vieille mais ici je suis belle
Et l’ombre qui descend des fenêtres profondes
Epargne chaque soir le coeur noir de mes yeux.Capitale de la douleur, 1923
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Neruda (Pablo) : La canción desesperada / Une chanson désespérée
Emerge tu recuerdo de la noche en que estoy.
El río anuda al mar su lamento obstinado.Abandonado como los muelles en el alba.
Es la hora de partir, oh abandonado!Sobre mi corazón llueven frías corolas.
Oh sentina de escombros, feroz cueva de náufragos!En ti se acumularon las guerras y los vuelos.
De ti alzaron las alas los pájaros del canto.Todo te lo tragaste, como la lejanía.
Como el mar, como el tiempo. Todo en ti fue naufragio!Era la alegre hora del asalto y el beso.
La hora del estupor que ardía como un faro.Ansiedad de piloto, furia de buzo ciego,
turbia embriaguez de amor, todo en ti fue naufragio!En la infancia de niebla mi alma alada y herida.
Descubridor perdido, todo en ti fue naufragio!Te ceñiste al dolor, te agarraste al deseo.
Te tumbó la tristeza, todo en ti fue naufragio!Hice retroceder la muralla de sombra,
anduve más allá del deseo y del acto.Oh carne, carne mía, mujer que amé y perdí,
a ti en esta hora húmeda, evoco y hago canto.Como un vaso albergaste la infinita ternura,
y el infinito olvido te trizó como a un vaso.Era la negra, negra soledad de las islas,
y allí, mujer de amor, me acogieron tus brazos.Era la sed y el hambre, y tú fuiste la fruta.
Era el duelo y las ruinas, y tú fuiste el milagro.Ah mujer, no sé cómo pudiste contenerme
en la tierra de tu alma, y en la cruz de tus brazos!Mi deseo de ti fue el más terrible y corto,
el más revuelto y ebrio, el más tirante y ávido.Cementerio de besos, aún hay fuego en tus tumbas,
aún los racimos arden picoteados de pájaros.Oh la boca mordida, oh los besados miembros,
oh los hambrientos dientes, oh los cuerpos trenzados.Oh la cópula loca de esperanza y esfuerzo
en que nos anudamos y nos desesperamos.Y la ternura, leve como el agua y la harina.
Y la palabra apenas comenzada en los labios.Ese fue mi destino y en él viajó mi anhelo,
y en él cayó mi anhelo, todo en ti fue naufragio!Oh, sentina de escombros, en ti todo caía,
qué dolor no exprimiste, qué olas no te ahogaron!De tumbo en tumbo aún llameaste y cantaste.
De pie como un marino en la proa de un barco.Aún floreciste en cantos, aún rompiste en corrientes.
Oh sentina de escombros, pozo abierto y amargo.Pálido buzo ciego, desventurado hondero,
descubridor perdido, todo en ti fue naufragio!Es la hora de partir, la dura y fría hora
que la noche sujeta a todo horario.El cinturón ruidoso del mar ciñe la costa.
Surgen frías estrellas, emigran negros pájaros.Abandonado como los muelles en el alba.
Sólo la sombra trémula se retuerce en mis manos.Ah más allá de todo. Ah más allá de todo.
Es la hora de partir. Oh abandonado!
————————-Ton souvenir surgit de la nuit où je suis.
La rivière à la mer noue sa plainte obstinée.Abandonné comme les quais dans le matin.
C’est l’heure de partir, ô toi l’abandonné!Des corolles tombant, pluie froide sur mon coeur.
Ô sentine de décombres, grotte féroce au naufragé!En toi se sont accumulés avec les guerres les envols.
Les oiseaux de mon chant de toi prirent essor.Tu as tout englouti, comme fait le lointain.
Comme la mer, comme le temps. Et tout en toi fut un naufrage!De l’assaut, du baiser c’était l’heure joyeuse.
lueur de la stupeur qui brûlait comme un phare.Anxiété de pilote et furie de plongeur aveugle,
trouble ivresse d’amour, tout en toi fut naufrage!Mon âme ailée, blessée, dans l’enfance de brume.
Explorateur perdu, tout en toi fut naufrage!Tu enlaças la douleur, tu t’accrochas au désir.
La tristesse te renversa et tout en toi fut un naufrage!Mais j’ai fait reculer la muraille de l’ombre,
j’ai marché au-delà du désir et de l’acte.Ô ma chair, chair de la femme aimée, de la femme perdue,
je t’évoque et je fais de toi un chant à l’heure humide.Tu reçus l’infinie tendresse comme un vase,
et l’oubli infini te brisa comme un vase.Dans la noire, la noire solitude des îles,
c’est là, femme d’amour, que tes bras m’accueillirent.C’était la soif, la faim, et toi tu fus le fruit.
C’était le deuil, les ruines et tu fus le miracle.Femme, femme, comment as-tu pu m’enfermer
dans la croix de tes bras, la terre de ton âme.Mon désir de toi fut le plus terrible et le plus court,
le plus désordonné, ivre, tendu, avide.Cimetière de baisers, dans tes tombes survit le feu,
et becquetée d’oiseaux la grappe brûle encore.Ô la bouche mordue, ô les membres baisés,
ô les dents affamées, ô les corps enlacés.Furieux accouplement de l’espoir et l’effort
qui nous noua tous deux et nous désespéra.La tendresse, son eau, sa farine légère.
Et le mot commencé à peine sur les lèvres.Ce fut là le destin où allait mon désir,
où mon désir tomba, tout en toi fut naufrage!Ô sentine de décombres, tout est retombé sur toi,
toute la douleur tu l’as dite et toute la douleur t’étouffe.De tombe en tombe encore tu brûlas et chantas.
Debout comme un marin à la proue d’un navire.Et tu as fleuri dans des chants, tu t’es brisé dans des courants.
Ô sentine de décombres, puits ouvert de l’amertume.Plongeur aveugle et pâle, infortuné frondeur,
explorateur perdu, tout en toi fut naufrage!C’est l’heure de partir, c’est l’heure dure et froide
que la nuit toujours fixe à la suite des heures.La mer fait aux rochers sa ceinture de bruit.
Froide l’étoile monte et noir l’oiseau émigre.Abandonné comme les quais dans le matin.
Et seule dans mes mains se tord l’ombre tremblante.Oui, bien plus loin que tout. Combien plus loin que tout.
C’est l’heure de partir. Ô toi l’abandonné.
La canción desesperada / Une chanson désespérée. 1924
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Puebla (Carlos) : Hasta Siempre / Avec toi pour toujours
Aprendimos a quererte
Desde la histórica altura
Donde el sol de tu bravura
Le puso un cerco a la muerteRefrain
Aqui se queda la clara
La entrañable transparencia
De tu querida presencia
Comandante Che GuevaraTu mano gloriosa y fuerte
Sobre la historia dispara
Cuando todo Santa Clara
Se despierta para verteVienes quemando la brisa
Com soles de Primavera
Para plantar la bandera
Com la luz de tu sonrisaTu amor revolucionario
Te conduce a nueva empresa
Donde esperan la firmeza
De tu brazo libertarioSeguiremos adelante
Como junto a ti seguimos
Y con Fidel te decimos:
Hasta siempre, ComandanteNous avons appris à t’aimer
Depuis les hauteurs historiques
Où le soleil de ta bravoure
A couronné la mortRefrain
Ici, il reste la claire,
La tendre transparence
De ta présence bien aimée
Commandant Che GueveraTa main glorieuse et forte
Fait feu sur l’Histoire
Quand tout Santa Clara
Se réveille pour te voirTu arrives en embrassant la brise
Avec des soleils printaniers
Pour planter la bannière
Avec la lumière de ton sourireTon amour révolutionnaire
Te conduit vers de nouvelles conquêtes
Où l’on attend la fermeté
De ton bras libérateurNous continuerons toujours
Comme nous continuons près de toi aujourd’hui
Et avec Fidel, nous te disons
« Avec toi pour toujours, Commandant «
Paroles et musique : Carlos Puebla. 1965une archive InfoTekArt au hasard
