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dix haïkus du vide et du plein

Koen Lybaert – Siorapaluk (2020) – aquarelle sur papier 
Jake Wood-Evans – Altered Lands (2023) 
Meredith Pardue – Nuage céleste V (2025) – technique mixte sur toile le vent pèse lourd
quand il détruit les maisons
mais quel poids a-t-ille cœur plein d’amour
est comme un océan sourd
qui oublie ses bateauxun long trait de brume
happe l’horizon nocturne
où donc est ta viemalgré un seul nom
de la naissance à la mort
on n’est pas le mêmeentre jour et nuit
combien de moments à part
ou rien n’est figéton âme s’agite
ton cœur bat tous les tambours
ta bouche se fermeplaine du mensonge
où se tait la vérité
la quête est futileton souffle s’arrête
à croire que tu meurs
mais tu vis encoreelle souriait
ses longs cheveux ondulaient
que restera-t-ilun pas après l’autre
à croire que tu avances
mais tout marche aussi
Maya Makino – Brouillard (n° 2) (2024) – teinture indigo et gesso gofun (chaux coquillière) sur panneau de bois 
Sarah Hinckley – Words Fall (2022) 
Jerónimo Rüedi – Parataxis (2024) – acrylique sur toile Texte de Luc Fayard, illustré par six artistes contemporains : (de bas en haut) Koen Lybaert, Jake Wood-Evans, Meredith Pardue, Maya Makino, Sarah Hinckley, Jerónimo Rüedi
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la vieille
elle compte plus de rides sur sa peau cuivrée
que d’années dans son corps voûté
toujours elle baisse les yeux et fronce le nez
sans sourire et sans le faire exprès
le soleil distribue la lumière et l’ombre
sur un visage auréolé
ses fins cheveux gris et ambre
amplifient la force de sa stature
pour elle le temps qui passe et qu’il fait
n’a pas notre valeur hypertrophiée
elle l’a définitivement apprivoisé
derrière ses yeux plissés
Texte de Luc Fayard illustré par une image IA -
mort j’écrirai encore
je vois j’écris je sens
que se forgent les mots
les plus forts les plus hauts
dans mon âme mon sangje crée un autre monde
où vivent les amants
voluptueux du vent
qui tournoie dans la ronderejoignez-moi marchons
dans les limbes l’éveil
les miroirs des merveilles
les yeux sur l’horizonlà où la vie est pure
comme un air de désir
échappé du sourire
messager des murmureset même si je sens
que la rue triste et noire
n’offrira rien à voir
que le monde n’attendlà j’écrirai encore
mes mots d’amour empreints
des beautés du chemin
mort j’écrirai encore
Texte de Luc Fayard illustré par une image Dall.e créée pour ce texte -
pensée errante
ma pensée part errante
avide d’assouvir
ses lubies d’asservir
sa chimère aberranteelle vaque intrigante
toujours prête à servir
son ardeur pour gravir
toute sente insouciantevif un son vient percer
mon rêve dispersé
le réel me fait facedur un monde insensé
force mes yeux baissés
ma pensée s’éteint lasse
Texte de Luc Fayard illustré par une image créée par Dall.e pour ce texte -
les mots
galets plats bondissant
sur l’eau trouble
d’un lac de penséestoile d’araignée
de sentiments croisés
entre indicible et non-ditpermanent jeu pervers
du son et du sens
esquisses imparables
de beauté révéléenotes seules fusant
vers la cible lointaine
ou gaiement accolées
en résonancesignes obsolètes
à peine dessinés
dans le labyrinthe touffu
de l’âme à la raisonétendards bariolés
portant les écussons
de la liberté conquiserochers de marbre
en taille directe
ou bijoux ciselés
au poinçon d’artisanvagues séquentielles
sur la mer houleuse
des désirs enchaînésméandres menant au but
par des détours obligés
ou lignes imparables
de traits volontairestruelles de l’éternel
puzzle de vérité
nuages pépites d’un ciel
aux reflets de lumièretrésors accordés
à qui veut ouvrir
leurs serrures naturellesposez-les sur un cercle
libres et solidaires
les mots vous habiteront
à jamais
Image Dall.e pour illustrer le poème « les mots » Voir la mise en scène avec une illustration d’Odilon Redon dans Duos poème-œuvre
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grand chapiteau
entrez mesdames et messieurs
sous le grand chapiteau
du cirque de la vie
venez par ici
vous qui avez vécu
la vie de haut en bas
ces choses-là
que vous allez voir
vous savez qu’elles existent
indicibles et secrètes
vous les avez connus
ces petits riens
ces grands momentsmais vous les avez perdus
avec le tempsalors entrez dans le village
des sentiments vrais
vous n’oublierez pas
cette odysséece retour
aux sources de l’homme pur
on vous le jure
un parcours impossible
mais pourtant réel
les preuves les voicique battent les tambours
que se lève le rideau rouge
du grand chapiteau
ici vous verrez vous toucherez
vous sentirez vous entendrezl’amour qui se renforce
au fil des ans
comme un rocher poli
par la marée
le sourire donné à l’autre
sans demande en retour
et qui éclairera sa vie
la différence acceptée
au milieu de tous
comme si de rien n’était
l’écoute attentive
à la parole sincère
les gestes doux des mains
plumes légères
qui se frôlent délicatement
les sourires en miroir
se répondant en silenceenfin et surtout vous verrez
le soir discret tomber
comme un voile de mariée
sur les maisons réchauffées
la nuit qui s’égrène lentement
sur un tempo différent
et le matin qui dit bonjour
en baillantcette route de la vraie vie
rien que pour vous
la voilà la voici
sous le grand chapiteau
du cirque de la vieet qui sait
si vous avez gardé en vous
une bribe d’âme sans âge
peut-être pourrez-vous
reprendre ce voyage
et qu’il dure toujoursillustré par un montage de trois images IA créées à la demande
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le soir tombe sur Lanzarote
le soir tombe sur Lanzarote
la belle paresseuse
endormie comme une huîtreles traits noirs des vagues
dessinent une portée de notes
de musique marined’un ciel au bleu qui se fonce
narcisses alanguis
trois nuages se pâment dans l’eautransparent l’air empli de silence
laisse les amants entendre
leur cœur qui bat qui batau rythme d’un même soupir
Texte : Luc Fayard
inspiré par une photo de C.F., voir ici -
credo non credo
je ne crois pas aux rimes éternelles
à la vérité blanchie par les ans
aux serments ritournelles
aux adorateurs tremblantsje crois à la douce larme
à la beauté de l’instant
au rêve révélateur d’âme
malgré toije ne crois pas au vacarme du passé
simple voie du hasard
et de préjugés
revenants peupler le présentje crois que rien n’est fini
rien n’est certain
tout en devenir
même l’amourje ne crois pas à l’histoire
usine à mensonges
toujours en retard
sur la vie qu’elle écritje crois à la divine fragilité des mots
à la chaleur persistante du corps
à la jeunesse ardente
aux heures indécises
quand le jour assombri
ne sait pas encore
qu’il est devenu nuitje ne crois pas aux danses infidèles
à la sagesse miracle
paravent de lâcheté
aux souvenirs sepia
des émotions voléesje crois à l’intégrité de l’âme
reçue comme un don
mûrie par l’effort
peuplée d’instincts
et de sensationsje ne crois pas au destin imposé
par la volonté imparable
d’une raison impératrice
tout est construction
par l’imaginationje crois à la force invincible
du cœur meurtri
à la parole de l’ami
perfusion de vie
au soutien des vents invisibles
qui te maintiennent deboutje crois à un avenir
construit sans promesses
je crois en toi
malgré mes faiblessesTexte: de Luc Fayard, illustré par Dall.e sur le début de texte
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le poète est un rat
le poète est un rat
terré dans ses mots
obsédé de visions
rongeur de sens trouéson âme torturée
s’effraie du moindre bruit
qui deviendrait une musique
plus belle que la siennedans son terrier
sale et sombre
il pond jaloux
ses mots fantômesmots égarés
poule devenue folle
couvant toute la nuit
des œufs de serpentil n’écoute que le bruit
de son cœur excité
qui lui dresse un rempart
fatal à la réalitéla vie s’écoule
en-dehors de lui
jamais ses mots
ne la rattraperonttoujours grognant
il râcle le papier
comme un chien
renifle la bousejamais la rose
n’y fleurira
juste des ronces
et des ortiesil aura beau
les retailler jour et nuit
elles le gratteront
toute sa vieTexte de Luc Fayard illustré par l’IA
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terminus
étrange destin
pour l’homme
approcher de la fin
sans le vouloir
pas après pas
marche inéluctable
au rythme du cœur
horloge atomique
au décompte inlassable
chaque pulsation
est un trait de plus
gravé sur l’arbre de vie
par l’assassin comptable
des jours achevés
c’est un train direct
sans le moindre arrêt
objectif terminus
durée du trajet
indéterminée
pour tous
les grands
les minus
les sereins
les atrophiés
galériens enchaînés
obligés de ramer
vers l’inconnu
et sa seule certitude
le jour de l’arrêt
à la station néant
il fera noir
pour toujoursTexte de Luc Fayard illustré par l’IA. Voir une autre mise en scène avec un tableau contemporain dans Galerie d’art contemporain

















