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vous les vibrants
vous les vibrants les sensibles
scrutateurs d’infinis
voyants férus d’autres vies
liseurs d’âme entre les lignesvous détenez en vision
l’arc-en-ciel de lumière
qui éclaire dans votre œuvre
les au-delàs d’horizonvous en faites un bel usage
toujours renouvelé
comme bat des ailes
un papillon inépuisévotre passion
avancer sans barrières
sur un chemin d’ornières
de creux d’irraisonvous y dansez libres passereaux
inlassables chercheurs de beauté
notes matières traits couleurs mots
vos ailes vos cris pour existertruelles de l’origine du monde
flèches vives de l’espace et du temps
avec vous la terre n’est jamais ronde
ni le ciel frontière fermée au ventderrière votre forme façonnée
le souffle naturel des choses
porte dans son cycle éternel
le voyage recommencévous êtes la houle et le sang
qui nous reconstruisent vivants
nous gens du passé fétus tristes
vous gens du futur les artistesà la princesse I.M. et à ses pairs
Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte. -
bonheur fuyant
je vois le bonheur fuyant
devant mon cœur sans un cri
fantomatique zombie
calme serpent ondulantje le sens tout proche là
tapi dans l’ombre sans œuvre
onctueux comme une pieuvre
gros bouddha sibyllin lasil disparaît prestement
avant que je ne l’attrape
fin caméléon satrape
anguille dans le courantl’impie cruel va tanguer
comme un essaim d’alouettes
dessinant la silhouette
d’une ombre secrète et gaiece pur bonheur à portée
se dérobe sous mes doigts
enfantant des tourments froids
infiniment immergéscomme le vent comme l’eau
comme cette chanson triste
pleurée en mer anarchiste
par mille fonds abyssaux
Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte.(en haut) et par un tableau de John Martin The Plains of Heaven, d’où le classement de cette page dans deux catégories: poemes-ia et poemes-art -
en bord d'éternité
quand je serai parti
de mon âme ma vie
je me vois volontiers
assis sur un nuage
causant aux trépassés
gisants de tous les âges
pendant que vous muets
souffrirez pleutres mous
juste en deçà de nousmais nous serons cléments
avec vous les vivants
parce que nous aussi
gaspilleurs de futur
locuteurs de grands cris
et de petits murmures
nous fûmes égoïstes
amoureux destructeurs
ambitieux et menteursoublieux de la vie
je me demande si
nous les fantômes blancs
les ectoplasmes blêmes
les affranchis du temps
nous garderons quand même
en vous examinant
en bord d’éternité
un ultime regret
Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte. -
fouiller la surface
j’écris pour fouiller la surface indicible
des choses et des gens
dans la sphère de l’invisible
au-delà des mots et des tracesmes mots ne sont pas des mots
ils sont la rencontre improbable
entre l’âme et la beauté
la volonté imparable
de peindre l’indiscernable hybride
de sentiments et d’émotionsje ne sais pas crier
tout juste murmurer
ma sincérité mon désir immanentsje cherche à créer
les rêveries d’un tableau abstrait
le foisonnement d’un paysage de recoins
la larme limpide d’un prélude en do majeur
les cieux aux nuages éclatésje veux décrire
les yeux transparents grand ouverts
la main douce poussant un soupir
la mort amère si attirante
les rages de l’être à tous les âges
les folies de la vie tournisj’écris pour me sauver de mes tourments
stopper leur cycle un moment
les voici suspendus en l’air par mes mots
qui les empêchent de retomberd’un œil je les vois prêts à se ruer sur moi
alors je continue d’écrire en apnée
plongeant toujours plus loin
dans un monde sans finquand j’écris
j’ai peur de mes mots
microscopiques
mais je continue tant pis
porté par un espoir improbable
écharde de bois transocéanique
petit caillou à la fois dense et léger
chassé par le vent
cerf-volant hésitant
après s’être détaché de son fil
et qui tournoie en montantmes mots forment une myriade
de filandres fécondes
plus fortes que la matrice des heures
une kyrielle de notes
frappant les cœurs des bouts du monde
où je ne suis jamais alléj’écris pour lancer des passerelles entre les êtres
lignes de vie d’un bateau cherchant son cap
je ne veux pas d’échelles ni de solutions
je veux des rêves de la vibrationvoile s’évanouissant à l’horizon
mon texte va m’abandonner
ayant gravé en moi un sillage profond
hors de ma vue il vivra à jamaisj’écrirai encore et encore jusqu’à ma mort
et ce jour-là mes mots d’amour et d’or
je les serrerai contre moi
je les emporterai avec moi
qui sait à qui ils pourront profiter
les nuages sauront-ils les aimer ?Texte de Luc Fayard illustré par deux œuvres : une image IA créée pour ce texte et le tableau Dugald, de Lionel Lemoine Fitzgerald
1er prix du concours Amavica 2022 – Mille poètes en Méditerranée – catégorie Prose poétique; réécrit ici en vers libre.
Voir nos deux autres galeries d’art (œuvres seules) : Art contemporain, Art moderne
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la porte du tableau
le temps souffle comme le vent
qui n’offre rien pour s’arrimer
transmuant ton cœur élimé
en nuée de limbes mouvantsdans les ténèbres somnambule
tu ne sais sur quel pied danser
balbutiant et balancé
tu sursautes comme une bullegrenouille sur un nénuphar
luciole perdue dans la brume
fleur de désir et d’amertume
voilier louvoyant vers le pharesuivant sa vocation ténue
la mémoire de tes dix doigts
cherche le toucher de l’émoi
et le frisson de l’âme nuenuit et jour tu peins tu zigzagues
dans un serpentin de questions
un matin vient la solution
ravir les écumes des vaguessuivant ta foi ton idéal
tu fais éclore du tableau
une maison de terre et eau
dont tu es le héros finalétiré par ton repentir
un trait pareil à une eau-forte
sur la toile éclaire la porte
par où tu peux enfin partirHommage à Ou Tao-tseu (en japonais Godoshi) et Wang Fô
Texte sélectionné pour L’Anthologie des meilleurs poèmes du Prix international Arthur Rimbaud 2022; Flamme de Bronze du Prix Flammes Vives 2022.Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte; voir une autre illustration de ce texte avec deux tableaux, un d’art moderne et un autre chinois du 13 e siècle.
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je voudrais écrire
je voudrais écrire
les plus belles pages du monde
que le monde lirait
en pleurant un peumes pages seraient des tableaux
de tristesse et de beauté
le beau est toujours triste
quand il est intouchableau bout de la tristesse
entre les lignes poindrait
une faible lueur d’espoir
ne pas mourir tout à faitje parlerais de l’amour
trop fort débordant
en vagues sur les rochers
blanchis d’écumedes désirs non accomplis
du renoncement
rogneur d’âme qui tient
éloigné du butje dirai la mer
et son horizon
et les oiseaux verts
là-bas qui s’en vontje dirai l’envie
d’être un autre
que cet empêtré
dans la lourdeur des chosesdans mes pages je volerais
fièrement librement,
sur ma vie sans frontières
mon passé sans cadranje parlerai des yeux
qui m’ont rendu fou
et du dernier regard
qui porta le noir infinije parlerai du temps perdu
qui fuit lentement
comme un goutte à goutte
du sang des gensdes mots qui se croisent
sans s’entendre têtus
comme deux rivières
réticentes à confluerdu soleil aveuglant
qui ferme les yeux
cédant à la chaleur
de formes emmêléesje parlerai du corps
qui s’abandonne en nudité
de sa peau fruit rouge
à croquer en délicatessedans la foison de mes pages
on verrait des tableaux
à contempler longuement
comme une source de vieles mots sont si faibles
menteurs et réducteurs
la peinture est le parangon
de la création humaineje voudrais que mes mots
se lisent comme un tableau
une musique symphonique
une matrice de liensje voudrais écrire l’océan
des plus belles pages du monde
pour que le monde s’y noie
s’en nourrisse et renaisse
Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte.








