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petits riens de bonheur
apparition
cœur en surchauffe
sa peau de louve
ses yeux de brume
long nez fier
cheveux cachés
envie de les lisser
ah la belle oracle
tête inclinée
elle écoute
réfléchit
quand elle marche
fragile
son corps agile
crée sa bulle
le vent s’écarte
sur la silhouette
dansante
statue vivante
art en mouvement
le temps perplexe
contemple l’instant
à peindre sur site
quand tout se fige
les lignes fuient
l’ombre s’agrandit
et puis voila
elle est partie
sur un soupir
un sourire
le monde s’enroue
et dans la brèche
créée par elle
dans l’éternelle ronde
il ne restera à peine
qu’un souvenir de parfum
la gracilité des mains
l’image floue
de sa moue
rien que des petits riens
de bonheur
Texte de Luc Fayard illustré par l’IA; voir une autre illustration d’art moderne -
l'amour la mort
un jour, elle apparut sur la terrasse d’en face
s’installa dans le fauteuil
prit son livre
et ne le quitta plus des yeux jusqu’au soirplongé dans ses propres tourments
il n’avait pas détecté sa présence jusqu’alorsau bout de quelques jours
la routine s’était installée
elle se montrait dans l’après-midi
glissant comme un fantôme dans la chaleur épaisse
trouvait le même coin d’ombre et n’en bougeait plus
la tête légèrement penchée sur le côté
vers les pagesauréolé par la lumière blanche du soleil
il ne pouvait distinguer son visage à contrejour
il l’imaginait jeune et belle triste
cherchant à se consoler dans ses lectures
ou bien à oublierson amant l’avait quittée c’est sûr
et la vie ne possédait plus de sens pour elle
lui-même vivait un désespoir abyssalelle était toujours seule
personne ne venait la voir
seule une vieille servante s’occupait d’ellesolitaire lui aussi
et n’ayant finalement rien d’autre à faire
il la fixait des yeux chaque jour un peu plusmais jamais elle ne fit le moindre geste
signifiant qu’elle avait remarqué son manège
alors il l’aima encore plus fort
un soir où à son habitude
la servante vint la chercher à la tombée de la nuit
il décida de déclarer sa flamme dès le lendemaincette idée l’asphyxia toute la nuit
mais le lendemain elle n’apparut pas
il comprit alors qu’elle était morte et se mit à respirer de plus en plus mal
il mourut dans la journéepar hasard
ils furent enterrés tous les deux cote à cote
au fond du cimetière
contre le vieux mur en pierre rongé par les plantesen quelques mois
le lierre recouvrit les deux tombes
d’un même manteau
comme pour les réunir à jamaisTexte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte et par Ophelia d’Arthur Hughes, qui est la version publiée dans « Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 2 : Art moderne et contemporain« , Éditions Amavero, 2024
Hommage à la tombe des frères Van Gogh, à Auvers-sur-Oise
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elle joue la nuit
elle joue
et par la porte ouverte
les notes du piano fuient
je les regarde
s’envoler dans la nuit
danser là-haut
sans anicroche
sur un tempo lent
où noire et croche
caressent les nuages blancselle joue
et le temps s’arrête
de respirer
moi aussi
la nuit est grave
et la musique aiguëelle joue
et ne sait pas
sa grâce à elle
pour moi
tout ce qu’elle touche luit
ses mains créent ma lumière
chemin balisé dans la nuitelle joue
et le vent profite d’un soupir
pour pousser le sien
moi aussi
la musique et la nuit
sœurs jumelles
de l’attenteelle joue
et envoie ses notes
en estafettes
points d’interrogations
titubant sans fin
dans la nuit
de ma tête étoiléeelle joue
et sa musique
alanguit les étoiles
une à une
le ciel complice me sourit
dans son halo
de lune
sans elle au piano
la nuit
ne serait plus jamais la même
moi non plus
ou je serais la nuitTexte de Luc Fayard illustré par l’IA
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pluie rouge
la pluie rouge tomba sur la ville
honteuse la mer partit se cacher
emportant avec elle les poissons affolés
les maisons blanches tremblaient de peur
puis un cri vibrant jaillit de la cote
déclamant aux gens perdus
creusez loin cherchez au-delà de l’illusion
née du cauchemar des hommes
vivez le présent et ses cadeaux
le sourire revint sur les quais
et le monde finit par s’habituer
à ces nouvelles couleurs
qui rendaient la vie plus joyeuse
Texte de Luc Fayard, illustré par l’IA -
halo qui luit
peu à peu la nuit se pare de noir et brume
s’emmitouflant dans un manteau d’ouate infernale
aux teintes bleuies de zinc rocher d’araignée
l’horizon gris s’enterre dans un brouillard sale
abritant un labyrinthe d’inimitiés
le ciel en pleurs se lie à la terre qui fumedésemparée par ce règne nu
où les couleurs de la vie se diluent
l’âme gémit désorientée
pleurant les mots refoulés
les émotions perdues
les sourires reclus
les sentiers lumineux qui se sont éteints
les paysages qu’elle n’aura jamais peintselle fait plus que pleurer serpillière
elle se tord de douleur la sorcière
s’arrachant des tonnes de vies ratées
les murs de la nuit noire se recréentdans le froid sombre comme une pieuvre qui hurle
où tout se tait
où rien ne plait
furtif un mouvement esquisse une virgule
ridicule
derrière son halo bleuté
la lune tente une épopée
incertaineuniforme trouée de grisaille ironique
le cercle mal dessiné
s’élève péniblement sur les hommes
pour que l’âme s’accroche
sans la moindre anicrocheje discerne là-bas une lueur moirée
cible vacillante qui ne veut pas mourir
étendard de révolte à la fin du soupir
que je pourrai enfin brandir pour espérerle halo qui luit met le holà à ma nuit
Texte de Luc Fayard illustré par l’IA -
enfer
le corps est prégnant
jamais l’âme ne pourra s’envoler
l’homme est lourd de chair
et quand il veut rêver
il se voudrait léger dans l’air
mais il a mal aux dentsil se plaint œil vide dos voûté
j’ai perdu dit-il la grâce de l’enfance
oublié la puissance du silence
l’homme ne s’écoute même plus
il ne fait que bouger se gratter
comme si sa pensée pouvait se lessiver
d’un coup d’ongle négligentcréature du paradoxe et du soupir
filandre perdue dans l’infini successif
il se tait les mots ne servent à riennous voici blêmes et bleus
sans bouée de sauvetage
dans l’océan du non dit du non partagel’enfer c’est cela
se contenter d’une telle vanité
sans pouvoir rire ni pleurer
sans même avoir peurTexte de Luc Fayard illustré par une image créée sur ce texte par l’IA Starry AI
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cercle
j’aimerais découvrir un lieu
où écouter le temps qui passe
telle une musique à trois notes
assis sur le pas de la porte
dans la lumière douce et basse
un rayon ocre savoureux
protègerait le cœur les yeux
du vent irréel gracieuxquelques arbres se tiendraient loin
et sous un ciel indéfini
le bruit d’homme serait éteint
alors à cet instant précis
où le cercle se fermerait
peut-être avec un peu de chance
de la colline verte et dense
entendrais-je l’âme pleurer
Texte de Luc Fayard illustré par une image Dall.e créée pour ce texte -
trinité
tout est difficile aimer chanter
seul rêver est facile
s’abstraire du réel fuir
oublier le passétout est difficile parler sourire
seul partir est permis
encore en utopie
se voir là-bas plutôt qu’icitout est difficile vivre factice
seul écrire est vrai
bâtir sa réalité
ses murs sa forteressetout est difficile corps chargé
seule l’âme est légère
quand elle se libère
d’une transparence évaséetout est difficile dire oui
seul dire non peut être acquis
dire je ne sais pas j’attends
je ne saurai rien du néanttout est difficile dans tes yeux
seuls qui me scrutent
spectateurs incultes
de mon souffle nerveuxtout est difficile pleurer souffrir
seul reste un gémissement
trace ineffable soupir
de ce qui jamais ne menttout est difficile aujourd’hui
seul demain peut attirer
d’autres cœurs épris
qui tant ont pleuré
tout est difficile même dire
tout est difficile
même crier je t’aime
au fond de la nuit blêmetout est difficile sauf croire en toi
l’eau claire et le torrent
la lumière et le chant
tout devient possible pour moitout devient possible grâce à toi
quand le chemin
prend ses trois sens
direction
sentiment
connaissance
tu es la trinité de ma vie de roi
Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte -
l'homme nu
les lumières jaillirent de la nuit
crépitant comme un feu d’artifice
lanceur de fausses étoiles
vers le dôme du mondeje vis la folie des hommes
le passé reconstruit le présent occulté
le futur antérieur éparpillé
l’espace infini courbé par le tempspuis un long chant d’amour
rivière tortueuse et lente
coula en déchirure aiguë
cicatrisant les champs de vieà genoux l’humanité priait
ses totems qui lui psalmodiaient
peuple né de la pénitence
tu vivras dans la souffranceune longue plainte naquit
mère de tous les cris
fil d’ariane reliant les cœurs
tiraillés entre désirs et pleursindifférent aux maux
je marchai jusqu’à l’aube
et le jour advenu
j’étais un homme nu
Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte -
malgré tout
automne est là malgré tout
malgré la folie des hommes
la fin des embrassades
et des câlins furtifs
malgré le regard méfiant planétaire
l’automne est venu sans se presser
les feuilles du chêne roux me narguent
le liquidambar a fini par rougir
l’acacia a pris sa forme squelettique
ce n’est pas encore de l’espoir
c’est une lueur dans la lourde brume
des esprits martelés par l’angoisse
le temps me dit qu’il est plus fort que moi
bah je le savais déjà
mais je l’avais peut-être oublié
déboussolé et perdu
dans la contagion prégnante des corps
et des cœurs
dans l’éternité apparente de la maladie
j’ai peur de mourir dans d’atroces souffrances
et de laisser en plan tous ceux que j’aime
alors je regarde le chêne mur
et je souris presque
malgré la pesanteur des jours morts
malgré l’incohérence de la parole inutile
et doucement en respirant je me dis
que je reverdirai comme lui
Texte de Luc Fayard illustré par une image de Dall.e créée pour ce texte











