cri animal dans la moiteur verte de l’île
macaques gris nounous de grands yeux apeurés
nœuds de mangroves serpentines inviolées
rivière tordue vers la grotte aux crocodiles
comme l’eau le temps a repris son cours originel
à l’écart des bruits inutiles irréels
les hommes sont calmes et souriants
les enfants s’ennuient mollement
les chats miaulent pour le décor
des marcassins grognons traversent le parc d’or
jour et nuit soleil et pluie jouent à cache cache
et à chaque fois c’est la nature qui gagne
les arbres si hauts la lumière et la couleur
sont plus forts et plus éclatants ici qu’ailleurs
déserte la plage la plus longue sur terre
laisse s’échouer quelques rouleaux nonchalants
au large un phare breton protège la baie
où mouille un sloop rouillé de gangsta solitaire
l’île halte invite au repos
comme si l’écriteau du débarcadère
te prévenait attention voyageur délétère
sur le sable de l’îlot
tu ne poses pas que ton bagage
tu poses aussi ton rêve ta vie tes gages
et quant tu repartiras vers le vacarme
ici à Tarutao l’oubliée
toi le voyageur pressé
tu auras laissé un bout de ton âme
Auteur : Luc Fayard
-
ode à tarutao
-
futur antérieur
mon enfant ma vie mon oiseau ma sœur
sur l’amour je te dis la vérité
n’écoute pas les chants désespérés
mais seulement le rythme de ton coeurl’amour est plus fort que la vie
déroulant son rythme qui plane
dans le cœur des hommes meurtris
il agite son oriflamme
oui nous nous aimerons encore
lorsque toi et moi serons mortscar nous ne mourrons pas
nous vivrons au-delà de nous
nous sommes le fil qui se noue
le lien vivant qui unit
l’invisible qui dit
je promets tu verrasl’amour ne peut pas mourir
il passe mille fois de toi à moi
tant que l’un de nous deux respirera
l’amour dira je vais vivre et sourirela mer qui bouillonne
sur les galets gris de la Manche
ne meurt pas
le vent qui tourbillonne
dans les feuilles tombées des branches
ne meurt pas
la pluie folichonne
sur les pavés de la cour blanche
ne meurt pasnous sommes la voie de ces grès épaulés
plus forts d’avoir vieilli ensemble assemblésl’amour n’est pas ce qu’il y a en toi en moi
il est tout ce qui nous relie et nous aux autres
il est l’intouchable l’innommable la foi
des explorateurs des rebelles des apôtresl’amour vit et ne vieillit pas
il renait souffle continu
on se surprend on est à nu
l’un est au top l’autre est en basla vie n’est pas la souffrance ni la joie
elle est le passage de toi à moi
balance en mouvement entre blanc et noirrien n’est jamais donné tout passe et se dépasse
en phase le chant résonne de joie
la vie qui vient l’inconnu qui attire
la vie passée cep noueux qui s’étire
entre terre et ciel entre champs et boiset c’est ainsi que l’amour vit
l’amour ne fuit pas l’amour luit
l’amour transperce nos deux vieset quand nous serons vraiment morts
nous serons encore plus forts
nous continuerons de rêver
et nous cesserons de pleurer
dans la poussière l’âme bucolique
ayant vibré sous le même paraphe
unis dans la souveraine épitaphe
au futur antérieur si symboliquenous aurons aimé
-
parvis (passage inutile)
les cloches sonnent solennellespendant que les enfants courentsur le parvis gris de la cathédraleelles aimeraient bien retenirla horde de gamins insolentsmais ils fuient la place en riantsur le parvis gristout en haut des marches blanchesil ne reste qu’une interrogationle souvenir sautillant de leurs cristandis que le gong gras et lourddissout inexorablementle cristal fini de leur rire -
larme et scintillement
une larme scintille
sur ta joue
un peu de toi
s’échappe
tes yeux fermés
sur nous
me happent
tes yeux de faon
me lappenttes cheveux de lunem’enivrent
cette façon
de ne rien dire
me hante
ma main libèrel’eau fraîche
de ton rire
je viens au creux
de ta douceur
je meurs un peu
dans tes bras -
indienne
à la façon dont elle vient vers toitu ne respires plusles yeux verts et la voix chantanteelle danse en marchantsombre pure et directeelle sourit de tout son corpset quand elle te regarde franchementtu ne peux pas mentirun enfant accourtelle l’enserre dans ses brasil s’y pelotonne les yeux ferméset ronronne de plaisirsa main le couve royaletout est couleur sur elletout est douceur en elleelle est le chant des oiseauxle bruissement des palmesle miel de la papayeelle est la lenteur du tempsle balancement de la merun dernier sourirela tête penchéeelle part en glissant dans un rêveet toi longtemps après que l’ombre vaporeused’une femme voilée douce calme et joyeusese soit évanouie de la chaleur humidetu garderas en toi cette entrevue numidevertige surpris de paix lumière et de viemiracle précieux d’une apparition bénie -
paravent
la beauté glisse sur lui
comme une goutte d’eau sur une feuille d’arbre
quand il lève la tête
il ne voit qu’une boule de feu
mal aux yeux
le bleu du ciel lui pèse d’un éternel ennui
il ne goûte à rien
tout lui est étranger
il aimerait pourtant vibrer au souffle du vent
frissonner aux rayons du soleil couchant
être envahi par le sourire d’un enfant
mais non tout passe rien ne pénètre
il n’est qu’un paravent de la vie -
seul
je sais que je suis seul
des hectares à la ronde
au milieu des arbres des oiseaux
j’entends le gai clapotis de l’eau
et bruire le vent rondje sais que je suis seul
sous les nuages blanc et gris
qui changent à tout moment
la couleur du ciel
la lumière de la terreet parce que je suis seul
le miracle s’accomplira
l’univers s’enfouira en moi
je résonnerai de toutes vibrations
mon souffle sera le vent
mon cœur le chant des ramiers
et de la plante des pieds au dernier cheveu du crâne
mon corps sera l’arbre enraciné la tête dans le cielet quand tout sera consommé
je hurlerai
loup solitaire du haut de son miradorhélas la fusion n’a pas eu lieu
mon âme imparfaite n’a pu se joindre à l’harmonie
je suis resté extérieur à la symphonie
pantomime ajouté à la beauté des chosesil y avait un spectacle
et je n’ai rien vu
il y avait une musique
et je n’ai rien entendula nature n’a pas voulu de moi
-
jachère
sur le sol en jachère
les branches sont cassées
par des pas impérieux
chemin assombri
ton mystère croit
quand la clarté fuit
loin l’oiseau de nuit
chante trop aigu
pour régner iciarbre penché
né de la terre
tu y reviens
lune en quartier
tu luis si peu
sur le sol gris
vent tu meurs
faiblement
sans un cri
la nature
est en peine
emmêlant
choses sens
ombres sons
incomplets
ainsi va l’homme -
feux de mouillage
les feux de mouillage des bateaux tanguent dans le noirgrasses lucioles ils disent à la terredormez braves gens tout est calme ici-basoubliez la haine et vos petitessesils disent au cielbonjour étoiles bonjour planètes et trous noirson est plus gros que vouson éclaire mieuxet nous au moins on est utile aux hommesmais les étoiles en ont vu d’autreselles se moquent de ces nimbes prétentieuxelles ont pour elles la nuit des temps et le big bangelles ont pris du recul sur la vieet la faiblesse des sentimentsen intercalant des années-lumièresentre elles et les hommeselles ont construit patiemment cette voûte visibleet démesuréecette toile d’araignée en pointillésce labyrinthe éreintantla nuit étoilée d’un soir d’été au mouillage me happe l’âmepour l’envoyer valdinguercomme une bille en verre dans le flipper célestej’entends ce dialogue vibrant entre le ciel et la terreentre l’eau et l’étherje suis le lien vital signifiantpour qui se rejoue à chaque fois ce drame féériquequi saitun jour un soirla nuit du ciel et de la merronde des rondesvoûte des voûtesse penchera sur moimère ample et douce et de sa voixgrave et philharmoniquelonguement tendrement pleine de sensen choisissant ses mots et ses silencesenfin bienveillante et altruisteelle me dira peut-être pourquoi j’existe -
cri
je voudrais crier
aucun son ne sort
comme dans le tableau
mille fois repeint
je voudrais pleurer
mille larmes de mon corps
mais où sont-elles
la source est tarie
je voudrais qu’une femme
me prenne dans ses bras
longtemps
sans rien dire
en me chantant une berceuse africaine
je voudrais qu’une brise fraiche
frissonne le long de mon corps
de la tête aux pieds
et qu’à travers moi arc tendu
elle tombe du ciel
et retourne à la terre
je voudrais sourires et bienveillance
je ne parle même pas d’amour
ni d’amitié
juste un regard calme
posé l’un sur l’autre
se contempler dans son entier
sans tout savoir
pour ne rien craindre
je voudrais être
la source des élans
faire sentir la chaleur
que je peux insufler
prends ma main
sens ma peau
mon cœur
je voudrais tout donner de moi
tout partager
prends moi
ne me laisse pas
sois nourrie
de mon souffle
je ne sais pas parler
tu le vois bien
pardonne moi
j’espère le jour où
tout sera clair
évident
le jour où
j’arrêterai de crier
