Auteur : Luc Fayard

  • l’homme qui pleure

    l’homme qui pleure
    ignore comment
    l’infini déborde
    au-delà des larmes

    sans voix il ne peut crier
    seuls les hurlements
    surgis de son âme
    vont strier la nuit

    la main vide
    ne caresse plus
    ni la peau ni le temps
    juste un souffle d’instant

    la peur est apprivoisée
    ne plus respirer ce n’est
    qu’un silence de plus
    dans la lumière nue

    l’homme oublie la souffrance
    les oiseaux se sont tus
    le vent a disparu
    seule reste l’errance

    Paysage aquarelle avec des montagnes sombres, un ciel nuageux et des oiseaux volant au-dessus d'un terrain aride.
    Lars Lerin — La Côte norvégienne (1954) – aquarelle
    Li Chevalier — Dark is Life, Dark is Death (2014) – To Gustav Mahler – encre (fragment)


    Texte de Luc Fayard illustré par deux œuvres d’art contemporain : Lars Lerin — La Côte norvégienne (1954) et Li Chevalier — Dark is Life, Dark is Death (2014)

  • Les ultra-pauvres toujours pauvres, les ultra-riches toujours plus riches

    Illustration montrant un homme obèse symbolisant la richesse, entouré de billets, avec des bâtiments en arrière-plan, contrastant avec une figure squelettique représentant la pauvreté extrême, près d'un mur avec des statistiques sur les inégalités économiques.
    Caricature riche pauvre, illustration IA

    La population mondiale des ultra-riches (UHNWI, ultra-high-net-worth individuals, avec un patrimoine supérieur à 30 millions de dollars) a cru de près de 30% en 5 ans, de 2021 à 2026, pour atteindre 713 000 personnes Pendant cette même période, la population mondiale des ultra-pauvres, en dessous du seuil de pauvreté (3 dollars de revenu par jour) n’a pas diminué : 808 millions de personnes. 

    (suite…)
  • Critique de la phénoménologie

    Je me suis longtemps cru génial (oui je sais j’aurais pas dû) mais même à cette époque où j’étais le roi du monde je cachais un seul complexe, c’était la philosophie. Les équations, les romans d’amour, l’univers en expansion, tout ca me faisait trépigner de joie mais la philosophie !  Je me sentais incapable de la lire dès qu’elle devenait compliquée. Avec les ans, ma perception n’a pas changé, elle est même devenue radicale et c’est normal: quand on ne comprend pas on rejette. Je dirai même plus, on s’oppose: si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi. ..

    (suite…)
  • quand tu m’aimeras

    quand tu m’aimeras
    j’ouvrirai la fenêtre
    sur un nouveau pays
    à la clarté profonde
    comme tes yeux
    la musique des arbres
    jouera tes partitions
    le vent frissonnera
    de ton murmure
    tes longues mains
    habilleront l’horizon
    mon cœur s’envolera
    en tourbillonnant
    et devant la croisée
    de lumière bleue
    éclairant ma vie
    je ne sais pas
    si je respirerai
    car je pourrai mourir
    quand tu m’aimeras

    Texte de Luc Fayard

  • Pudeur de l’impudeur

    Francis Ponge n’aimait pas les poètes qu’il jugeait impudiques. Au lieu de vanter l’amour ou le sexe, il décortiquait le savon et l’éponge, objets d’un rituel quotidien redécouverts sous de nouveaux angles grâce à lui.
    Mais il a tort sur le fond : rien n’est plus pudique que l’impudeur.
    Si je dévoile mes émois, je le fais d’une manière si particulière que personne ne peut savoir ce qu’ils ont réellement provoqué en moi ni d’où ils viennent. Pas même moi. M’abritant derrière ce que je dis, je drappe d’une d’ambiguïté personnelle l’exposé d’une soi-disant clarté.
    Les mots ne sont que l’écume de l’âme : plus ils prétendent dire le vrai, plus ils le cachent. Le poète est le roi de la figure de style. Il ne décrit aucune réalité dans son texte, qui est juste une autre forme d’expression.
    Comprendre la monde ne se fera pas par les algorithmes. Connaître les équations de la création de l’univers ne conduit pas au bonheur. Le monde n’est pas une construction mathématique, il n’est pas un problème à résoudre, il est une noria de vibrations entre la nature et l’homme.
    A la manière du zen, au-delà des mots et des choses, c’est en vibrant à l’unisson, comme aurait pu dire Merleau-Ponty, que l’on approche d’une certaine forme non pas de connaissance, mais de conscience.
    Il faut être impudique pour participer à cette prise de conscience transrationnelle.
    Le poème ne dit pas ce que le poète pensait, il crée une nouvelle vision que ni l’auteur ni le lecteur n’avaient prévue.
    Comprendre, c’est créer.

    Mise à jour: Je lis ce texte de Kees Van Dongen sur l’impudeur (à propos d’un de ses nus rouges) :
    «Pour tous ceux qui regardent avec leurs oreilles, voici une femme toute nue. Vous êtes pudiques, mais je vous dis que les sexes sont des organes aussi amusants que les cerveaux et si le sexe se trouvait dans la figure, à la place du nez (ce qui aurait bien pu être), où serait la pudeur? L’impudeur est vraiment une vertu comme l’absence de respect pour beaucoup de choses respectables…»
    Kees van Dongen, préface du catalogue de son exposition à la galerie Bernheim-Jeune à Paris, en 1911. » Merci Ludivine (sur facebook)


    Hilma af Klint – Group IX SUW, The Swan n°1 (1915)

    Texte de Luc Fayard

  • matin de l’ange

    le matin
    quand je me lave les dents
    devant la fenêtre ouverte
    le chêne me salue
    de sa voix grave
    mais je ne peux lui répondre
    j’ai la bouche pleine
    les marches de la terrasse me narguent
    viens danser avec nous
    mais je ne peux sortir
    je suis en pyjama
    là-bas
    la ligne des frondaisons me dit
    regarde comme nous sommes belles
    mais je ne vois rien
    je n’ai pas mes lunettes
    l’avion qui tire un trait dans le ciel
    m’invite à monter a bord
    mais je ne peux pas m’envoler
    je n’ai pas encore mis mes ailes

    Texte de Luc Fayard, la bouche pleine de dentifrice, devant sa fenêtre le matin; voir la mise en page avec photo

  • matin de l’ange

    le matin
    quand je me lave les dents
    devant la fenêtre ouverte
    le chêne me salue
    de sa voix grave
    mais je ne peux lui répondre
    j’ai la bouche pleine
    les marches de la terrasse me narguent
    viens danser avec nous
    mais je ne peux sortir
    je suis en pyjama
    là-bas
    la ligne des frondaisons me dit
    regarde comme nous sommes belles
    mais je ne vois rien
    je n’ai pas mes lunettes
    l’avion tire un trait dans le ciel
    pour m’inviter à monter a bord
    mais je ne peux voler encore
    je n’ai pas mis mes ailes

    Luc Fayard – Vue de la fenêtre le matin (2026) – photo

    Une terrasse aux marches blanches s’ouvre sur un grand chêne baigné de lumière matinale, sa ramure se détachant sur un ciel bleu limpide traversé d’une traînée d’avion. Luc Fayard capte cette photo à l’heure où les ombres, encore longues sur le sol, dessinent presque une seconde balustrade.


    Texte de Luc Fayard, la bouche pleine de dentifrice, devant sa fenêtre le matin

  • quartz blanc

    je parle encore
    personne n’entend
    parole sans liesse
    comme le vent
    murmure indistinct
    magma lointain
    sur la foule qui se presse
    et m’ignore

    quand les remous
    le secouent corps et âme
    personne pour partager
    la fièvre du marin qui rame
    dans une barque ébranlée
    par les vagues houleuses
    de la solitude

    faudra-t-il que je hurle
    ma douleur d’être
    pour que ma voix parvienne
    sans filtre
    au cœur sensible et doux
    le pénètre
    et que l’élu se penche vers moi
    ému de mon émoi

    si jamais j’entendais
    une voix comme la mienne
    quel baume elle poserait
    sur les plaies du silence

    il y aurait tant à dire
    pour toucher de près
    les êtres qui doutent
    les chercheurs de pureté
    si l’on m’écoutait
    je parlerais sans fin
    de la beauté des choses
    dans la lumière du soir
    et de l’ombre qui les agrandit
    je raconterais les méfaits
    du serpent du souvenir
    et le bienfait d’un sourire inattendu
    je dirais tous les espoirs
    reliés les uns aux autres
    comme une ligne d’horizon
    entre vert et bleu

    et avant de me taire
    je dirais l’amour nu
    cristallin de quartz blanc
    recelé par le sable
    qui sera découvert
    le jour du grand reflux

    Texte de Luc Fayard

  • tu es

    tu es la tortue
    qui porte sur le dos
    une caverne noire
    d’angoisses et de préjugés

    le panneau rond
    qui trône aux carrefours
    pour afficher stop
    au lieu de dire go

    l’herbe molle
    courbée par la bise
    sans soupçonner
    qu’elle va mourir

    la limace collée
    à la poussière
    par l’inaction
    qui rêve de s’envoler

    la statue de bronze
    immortelle
    et admirée
    qui voudrait se gratter le nez

    le poisson bleu
    nageur béat
    au milieu des requins
    qui ne connait pas le ciel

    le vent invisible
    et prégnant
    qui ne se perçoit
    que lorsqu’il fait mal

    tu es l’imparfait
    de l’impuissance
    la plate inanité
    du désir inassouvi

    tu es l’humanité

    Texte de Luc Fayard

  • Il faut « gérer » : quelle tristesse !

    Le mot est tellement passé dans le langage courant qu’on n’imagine plus ce qu’il sous-entend mais, quand on y réfléchit, on est pris de vertige. Dans la vie, aujourd’hui, il faut tout « gérer » : son temps bien segmenté, sa santé et même son nombre de pas quotidiens, son couple caparaçonné derrière des principes protecteurs, ses enfants bien élevés à l’intérieur du cadre, ses relations triées sur des critères précis, son stress ou plutôt son bien-être pris en main, sa nourriture bio pesée au gramme près, ses projets classés par catégorie. Rien ne peut échapper à ce verbe issu du management : la vie n’est plus celle de l’amour mais celle de la gestion. On programme tout, on prévoit tout. Surtout ne pas être pris au dépourvu, toujours savoir quoi faire et à quoi s’attendre.

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