











Blog « Fleureter »
Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
© Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations, aux auteurs pour les textes.
Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.












¿Para qué llamar caminos
a los surcos del azar?…
Todo el que camina anda,
como Jesús, sobre el mar.
Nunca perseguí la gloria,
ni dejar en la memoria
de los hombres mi canción;
yo amo los mundos sutiles,
ingrávidos y gentiles,
como pompas de jabón.
Me gusta verlos pintarse
de sol y grana, volar
bajo el cielo azul, temblar
súbitamente y quebrarse…
Todo pasa y todo queda,
pero lo nuestro es pasar,
pasar haciendo caminos,
caminos sobre el mar.
Caminante, son tus huellas
el camino y nada más;
caminante, no hay camino,
se hace camino al andar.
Al andar se hace camino
y al volver la vista atrás
se ve la senda que nunca
se ha de volver a pisar.
Caminante no hay camino
ino estelas en la mar…
Hace algún tiempo en ese lugar
donde hoy los bosques se visten de espinos
se oyó la voz de un poeta gritar :
« Caminante no hay camino,
se hace camino al andar… »
Golpe a golpe, verso a verso…
Murió el poeta lejos del hogar.
Le cubre el polvo de un país vecino.
Al alejarse le vieron llorar.
« Caminante no hay camino,
se hace camino al andar… »
Golpe a golpe, verso a verso…
Cuando el poeta es un peregrino,
cuando de nada nos sirve rezar.
« Caminante no hay camino,
se hace camino al andar… »
Golpe a golpe, verso a verso.
À quoi bon nommer chemins
les sillons du hasard ?
Qui marche avance toujours,
comme Jésus, sur la mer.
Jamais je n’ai cherché la gloire,
ni voulu laisser ma chanson
dans la mémoire des hommes ;
j’aime les mondes subtils,
aériens et délicats,
comme des bulles de savon.
J’aime les voir se peindre
de soleil et de pourpre, voler
sous le ciel bleu, trembler
subitement puis se rompre…
Tout passe et tout reste,
mais notre destin est de passer,
passer en traçant des chemins,
des chemins sur la mer.
Voyageur, ce sont tes traces
qui font le chemin, rien d’autre ;
voyageur, il n’y a pas de chemin,
le chemin se fait en marchant.
En marchant se fait le chemin
et lorsqu’on retourne la tête
on voit le sentier que jamais
on ne foulera à nouveau.
Voyageur, il n’y a pas de chemin
rien que des sillages sur la mer…
Il fut un temps dans ce lieu
aux forêts aujourd’hui hérissées d’épines
où l’on entendit la voix d’un poète crier :
« Voyageur, il n’y a pas de chemin,
le chemin se fait en marchant… »
Coup pour coup, vers par vers…
Le poète mourut loin de chez lui.
Il est couvert de poussière venue d’un pays voisin.
À son départ on le vit pleurer.
« Voyageur, il n’y a pas de chemin,
le chemin se fait en marchant… »
Coup par coup, vers par vers…
Quand le poète est un pèlerin,
quand il ne sert à rien de prier.
« Voyageur, il n’y a pas de chemin,
le chemin se fait en marchant… »
Coup par coup, vers par vers.
Texte d’Antonio Machado, assemblé à partir de différents textes issus de « Proverbes et chansons » dans une suite différente de ce qui est généralement publié sour ce titre « Caminante no hay camino », pour rester fidèle à la fois à la publication d’origine et au poète. Extrait de Champs de Castille, nrf Poésie / Gallimard (édition qui ne publie q’une partie de ce texte hélas). Traduction Luc Fayard à partir de la version Gallimard (Sylvie Léger et Bernard Sesé).
quand tu m’aimeras
j’ouvrirai la fenêtre
sur un nouveau pays
à la clarté profonde
comme tes yeux
la musique des arbres
jouera tes partitions
le vent frissonnera
de ton murmure
tes longues mains
habilleront l’horizon
mon cœur s’envolera
en tourbillonnant
et devant la croisée
de lumière bleue
éclairant ma vie
je ne sais pas
si je respirerai
car je pourrai mourir
quand tu m’aimeras
Texte de Luc Fayard
Francis Ponge n’aimait pas les poètes qu’il jugeait impudiques. Au lieu de vanter l’amour ou le sexe, il décortiquait le savon et l’éponge, objets d’un rituel quotidien redécouverts sous de nouveaux angles grâce à lui.
Mais il a tort sur le fond : rien n’est plus pudique que l’impudeur.
Si je dévoile mes émois, je le fais d’une manière si particulière que personne ne peut savoir ce qu’ils ont réellement provoqué en moi ni d’où ils viennent. Pas même moi. M’abritant derrière ce que je dis, je drappe d’une d’ambiguïté personnelle l’exposé d’une soi-disant clarté.
Les mots ne sont que l’écume de l’âme : plus ils prétendent dire le vrai, plus ils le cachent. Le poète est le roi de la figure de style. Il ne décrit aucune réalité dans son texte, qui est juste une autre forme d’expression.
Comprendre la monde ne se fera pas par les algorithmes. Connaître les équations de la création de l’univers ne conduit pas au bonheur. Le monde n’est pas une construction mathématique, il n’est pas un problème à résoudre, il est une noria de vibrations entre la nature et l’homme.
A la manière du zen, au-delà des mots et des choses, c’est en vibrant à l’unisson, comme aurait pu dire Merleau-Ponty, que l’on approche d’une certaine forme non pas de connaissance, mais de conscience.
Il faut être impudique pour participer à cette prise de conscience transrationnelle.
Le poème ne dit pas ce que le poète pensait, il crée une nouvelle vision que ni l’auteur ni le lecteur n’avaient prévue.
Comprendre, c’est créer.
Mise à jour: Je lis ce texte de Kees Van Dongen sur l’impudeur (à propos d’un de ses nus rouges) :
«Pour tous ceux qui regardent avec leurs oreilles, voici une femme toute nue. Vous êtes pudiques, mais je vous dis que les sexes sont des organes aussi amusants que les cerveaux et si le sexe se trouvait dans la figure, à la place du nez (ce qui aurait bien pu être), où serait la pudeur? L’impudeur est vraiment une vertu comme l’absence de respect pour beaucoup de choses respectables…»
Kees van Dongen, préface du catalogue de son exposition à la galerie Bernheim-Jeune à Paris, en 1911. » Merci Ludivine (sur facebook)
Texte de Luc Fayard
le matin
quand je me lave les dents
devant la fenêtre ouverte
le chêne me salue
de sa voix grave
mais je ne peux lui répondre
j’ai la bouche pleine
les marches de la terrasse me narguent
viens danser avec nous
mais je ne peux sortir
je suis en pyjama
là-bas
la ligne des frondaisons me dit
regarde comme nous sommes belles
mais je ne vois rien
je n’ai pas mes lunettes
l’avion tire un trait dans le ciel
pour m’inviter à monter a bord
mais je ne peux voler encore
je n’ai pas mis mes ailes

Texte de Luc Fayard, la bouche pleine de dentifrice, devant sa fenêtre le matin


J’écris à jeûn
Soif et faim dans tout le corps
Un lot de remords dans le cœur
Je bois mes larmes
Je mange mes pleurs
J’avale le silence, il glisse dans la gorge sèche
Du miel silencieux
Derrière moi, je ressens la présence rassurante et généreuse
Comme l’odeur du pain chaud qui me couvre
Je le cherche
Le froid gris de son absence me gifle
J’ai mal
J’ai soif
J’ai faim
J’écris à jeun
Mes pensées troublées
Ma main tremblante
Mes ongles rongés
Mes pieds attachés
Je veux sentir le manque
J’écris à jeun
Azzhara. Nuit intranquille. 2021
Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)
C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre et vous pousse vers l’art en général. L’envie de fixer une vision, de maîtriser des manifestations extérieures (auxquelles il faut donner un nom et un sens). Sans elle, ce travail serait absurde, et, comme l’art pour l’art, il ne se justifierait pas.
Penser que l’art copie la nature est un sinistre malentendu. Car l’art a toujours œuvré contre la nature et pour la raison.
Chaque mot, chaque trait nous est insufflé par notre époque et par les circonstances. Les liens, les aspirations relèvent du passé et du présent. Il est donc impossible d’agir, de penser arbitrairement et indépendamment d’eux. D’une certaine manière, ceci est réconfortant puisque chaque individu est en quelque sorte entouré, lié par la contemporanéité. Il y aura toujours un possible même dans le pire des malheurs.
Vouloir rendre visible l’invisible, la chose connue, inconnue ou plausible, et même l’impensable est une revendication, une prétention absurde. Certes, nous pouvons déduire l’invisible, donc présupposer son existence avec une quasi-certitude, mais nous ne sommes pas en mesure de représenter cet invisible par un symbole qui le remplace et qui soit lui aussi invisible.
Il n’y a aucune raison d’accepter sans réserve ce que la tradition nous a transmis. Rien n’est bien ou mal en soi, sauf dans certaines circonstances et à condition que nous le voulions. Cet état de fait annihile les conventions, les garanties et les inconditionnels et nous oblige, chaque jour, à prendre nos responsabilités et à décider du bien et du mal.
S’imaginer une chose, se la représenter, fait de nous des hommes L’art, c’est donner du sens, générer du sens au même titre que la quête de Dieu ou la religion. Même sachant que tout sens donné ou tout tableau peint est un simulacre, une illusion, nous ne pouvons y renoncer. Car la foi (penser, réfléchir le présent et l’avenir) est notre trait de caractère essentiel.
Les moyens de l’art (la manière de représenter une chose, le style, la technique et la chose représentée en soi) sont les conditions nécessaires à l’art tout comme les qualités de l’artiste (mode de vie, capacités, entourage). L’art peut naître autant de l’harmonie que de la contradiction avec les conditions qui le génèrent. Il n’est en soi, ni visible ni définissable, seules les conditions qui l’ont généré sont visibles et reproductibles ; on a tendance à les confondre avec l’art en soi.
Dès que l’activité artistique est devenue un « isme », elle cesse d’en être une. Car seul ce qui lutte quotidiennement pour prendre forme et exister, est vivant. (À titre de comparaison : le social est une forme et une méthode juste qui correspond aux conceptions actuelles ; mais si en revanche, il se prétend socialisme, ordre social ou dogme, il renonce à ce qui lui est propre et risque de courir à sa perte.)
Je ne suis pas venu ici pour fuir le matérialisme. Il règne ici d’une manière plus radicale et plus perfide encore, mais j’ai dû fuir l’idéalisme criminel des socialistes.
La peinture na rien à voir avec la pensée. Quand on peint, la pensée est peinture. La pensée est un langage, un registre qui doit fonctionner avant et après. Einstein ne pensait pas quand il faisait ses calculs, il calculait, chaque équation réagissait à la précédente, tout comme en peignant, une forme répond à une autre et ainsi de suite.
L’art sert à la socialisation. Il nous relie aux autres et à ce qui nous entoure au sein d’une même conception et d’une même quête.
Pour moi, l’enjeu n’est jamais l’art, mais uniquement la chose pour laquelle l’art peut être utile.
Comme il n’existe ni certitude, ni vérité absolue, nous aspirons toujours à une vérité artificielle faisant autorité, donc humaine. Nous avons des jugements de valeur et fabriquons une vérité qui en exclut d’autres. Dans la production de vérité, l’art est la composante qui met en forme.
Les sciences de la nature ont assurément influencé les arts. Pour l’Aztèque, le coucher du soleil était un événement inintelligible auquel il ne survivait que grâce aux représentations divines. Depuis, ces manifestations évidentes ont trouvé une explication. Mais, au vu de l’immensité de l’inconcevable, de ce qui ne peut être expliqué, l’inexplicable semble tellement gigantesque, que nous sommes pris de vertige et que les images d’antan éclatent comme des bulles de savon. Songer à l’absolu ineffable (par exemple en regardant le firmament), savoir qu’il est impossible de donner un sens à cette immensité nous touche à tel point que nous ne pouvons survivre qu’en ignorant.
Aussi curieux que ceci puisse paraître, « ne pas savoir où vont les choses », l’impression de se perdre et d’avoir perdu, est source de foi et d’un immense optimisme, elle n’engendre ni certitude ni sécurité collective. Il faut avoir perdu Dieu pour croire, et l’art pour peindre.



