Pudeur de l’impudeur

Francis Ponge n’aimait pas les poètes qu’il jugeait impudiques. Au lieu de vanter l’amour ou le sexe, il décortiquait le savon et l’éponge, objets du rituel quotidien découverts sous de nouveaux angles grâce à lui.
Mais il a tort sur le fond : rien n’est plus pudique que l’impudeur.
Si je dévoile mes émois, je le fais d’une manière si particulière que personne ne peut savoir ce qu’ils ont réellement provoqué en moi ni d’où ils viennent. Pas même moi. M’abritant derrière ce que je dis, je drappe d’une d’ambiguïté personnelle l’exposé d’une soi-disant clarté.
Les mots ne sont que l’écume de l’âme : plus ils prétendent dire le vrai, plus ils le cachent. Le poète est le roi de la figure de style. Il ne décrit aucune réalité dans son texte, qui est juste une autre forme d’expression.
Comprendre la monde ne se fera pas par les algorithmes. Connaître les équations de la création de l’univers ne conduit pas au bonheur. Le monde n’est pas une construction mathématique, il n’est pas un problème à résoudre, il est une noria de vibrations entre la nature et l’homme.
A la manière du zen, au-delà des mots et des choses, c’est en vibrant à l’unisson, comme aurait pu dire Merleau-Ponty, que l’on approche d’une certaine forme non pas de connaissance, mais de conscience.
Il faut être impudique pour participer à cette prise de conscience transrationnelle.
Le poème ne dit pas ce que le poète pensait, il crée une nouvelle vision que ni l’auteur ni le lecteur n’avaient prévue.
Comprendre, c’est créer.

Hilma af Klint – Group IX SUW, The Swan n°1 (1915)

Texte de Luc Fayard