68 fut une année des plus amusantes et peut-être plus libératrice que je ne le pensais. Je reçus des bombes lacrymogènes chez Régine et je fis le taxi, des journées entières, dans Paris, allant où désiraient aller les auto-stoppeurs les plus divers. Certains d'entre eux, qui avaient bravement défié les forces de l'ordre, cédaient parfois à l'effroi une fois dans ma voiture. Je conduisais très librement et mes jouets favoris me furent reprochés un soir, à l'Odéon, où une joyeuse et vociférante assemblée se passait le micro de l'un à l'autre, applaudis ou hués, pour évoquer la liberté, les régicides, le prix des pommes de terre et le cinéma muet. Il s'en trouva un parmi eux qui, brandissant un micro à l'autre bout de la salle, s'écria : "Madame Sagan est venue en Ferrari, bien sûr, apprécier la révolte des camarades étudiants !" Des vociférations dont j'ignorais le sens s'ensuivirent. On m'envoya le micro, auquel il fallut deux bonnes minutes pour me rejoindre, ce qui me donnait le temps de chercher une parade cinglante (que je ne trouvai pas). Je me bornai à me lever et à m'écrier dans le micro d'un air sévère : "C'est faux ! C'est une Maserati !" 𝐷𝑒𝑟𝑟𝑖𝑒̀𝑟𝑒 𝑙'𝑒́𝑝𝑎𝑢𝑙𝑒, 1988, Plon. Source sur fb : Judith Wiart

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Françoise Sagan : 68 fut une des années des plus amusantes (1988)

Autrefois j'aurais voulu être le dernier oiseau du dernier platane La première lueur du matin sur l'aile d'un olivier L'orange de midi, bien pendue sur ses feuillages de parfum Et ce nuage qui joue autour du phare J'aurais voulu être une phrase coupée au ras d'un poème Découvert par une jeune fille aux cils de pavot Au bord d'un grenier de Provence Mais maintenant Mon dernier désir est que mon souvenir brûle Les pierres où il est gravé Ici et là au petit vol de mes voyages Les sables de la mer n'ont pas besoin de dictionnaire Toutes les feuilles meurent en automne Rien n'est qu'un feu mort au fond d'un ruisseau sec Que mon visage s'écrase en vous Ombre de ma jeunesse Et qu'il ne reste rien de ce fer rouge In Marc Alyn : « André de Richaud » ; Pierre Seghers éditeur (Poètes d’aujourd’hui), 1966 Source sur fb : Bernard-Jean L’Herbier André de Richaud (1907-1968)

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