Rainer Maria Rilke : Liebes Lied / Chanson d’amour (1907)

Wie soll ich meine Seele halten, daß
sie nicht an deine rührt? Wie soll ich sie
hinheben über dich zu andern Dingen?
Ach gerne möcht ich sie bei irgendwas
Verlorenem im Dunkeln unterbringen
an einer fremden stillen Stelle, die
nicht weiterschwingt, wenn deine Tiefen schwingen.

Doch alles, was uns anrührt, dich und mich,
nimmt uns zusammen wie ein Bogenstrich,
der aus zwei Saiten eine Stimme zieht.
Auf welches Instrument sind wir gespannt?
Und welcher Spieler hat uns in der Hand?

O süßes Lied.

Comment tenir mon âme afin
qu’elle ne frôle pas la tienne ?
Comment l’envoler assez loin,
par dessus toi, vers d’autres choses ?
Je voudrais l’abriter sous quelque objet errant,
en un recoin étranger et muet,
où ton frémissement ne pourrait se répandre.

Mais tout ce qui nous touche, toi et moi,
nous réunit ainsi qu’un coup d’archet
des deux cordes ne tire qu’une seule voix.
Quel est cet instrument sur quoi l’on nous fit tendre ?
Et quelle main nous tient et compose ce son

Ô douce chanson!

Neue Gedichte / Nouveaux poèmes, 1907
Traduction de Maurice Betz