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différence
mi pingouin mi allien
bébé joufflu venu d’ailleurs
émouvant attachant
rondouillard
on voudrait le câliner
lui dire en le berçant
n’aie pas peur
le monde se méfie
des autres différents
apporte lui
ce que tu es
formidablement vivant
chaque regard nouveau
devient un grain de plus
dans la mer de sable
une teinte ajoutée
à l’infinie palette
étonne nous
chante ta chanson
crée ton chemin
ils viendront avec toiFinaliste du Diplôme d’honneur – Prix Europoésie-Unicef 2023
inspiré de Personnage, 1970, de Joan Miró
voir une mise en scène dans la Galerie Amavero -
origine des mots
rien ne peut troubler
l’origine de mes mots
ni le tam-tam des hommes
ni le fracas des vaguesils viennent d’un lieu
protégé de la furie
indifférent à l’heure
insensible à la pluiece lieu mon âme
secrète et orgueilleuse
chercheuse de beauté
dans l’existencemes mots éclosent seuls
exfiltrés de la folie
avançant chaotiques
vers la ligne d’horizonrien ne peut égaler
leur vérité ciselée
ni le chœur des sanglots
ni les tollés de joieatterris en grappe
d’une autre galaxie
mes mots flânent
libres et fierssans suivre de chemin
créés par évidence
ils sont délivrance
ils sont le chemintraceur de cercles
dans la ronde infinie
le porteur de mots
n’est pas un prophètejuste une graine de plus
dans la semence du monde
quelques gouttes pures
pour étancher sa soifà l’instant de les recueillir
celui qui les boira
découvrira désaltéré
que sa nuit s’est embelliele jour n’aura plus
la même lumière
et dans son cœur vibrant
la vie sera plus légèreTexte : Luc Fayard
voir la version illustrée par Un monde imaginaire, de Isaac Grünewald -
rester debout
un beau jour
vous trouvez une ruche de chaises
ce n’est pas comme les abeilles
vous ne pouvez rien en faire
pas de jus pas de substance
pas de pollen sur le bois
juste un vieux goût de cire
rien que le craquement du vent
dans les barreaux branlants
elles sont là inertes
brinquebalantes
et vous vous dites
c’est çà la vieun beau jour
il en eut assez
trop de chaises chez lui
il commença à les jeter
sans regarder par la fenêtre
mais elles refusèrent de mourir
et s’accrochèrent les unes aux autres
jusqu’à former un gros nid de chaises
les pompiers essayèrent
tous les produits toxiques
mais ils n’avaient pas
d’extincteur de chaisesun beau jour
la chaise reine
chauffée par le soleil de la terrasse
pondit quelques œufs de chaise
qui finirent par éclore
dans la lumière du printemps
mais une chaise grandit très vite
en quelques mois ce fut une colonie
qui déborda sur la façade
et descendit sur le mur
bientôt elle gagnera la rue
et se répandra dans la villeun beau jour
il se dit penaud
ne restons pas assis
s’asseoir est une perte de temps
le corps se tasse
l’esprit aussi
il enleva tous les meubles
les tableaux les réveils
et même les lits
il passa le reste de sa vie
debout dans l’espace nu
mais heureuxTexte de Luc Fayard, inspiré de Photo AFP. Une création de l’artiste Tadashi Kawamata sur la façade de l’immeuble de la Galerie Liaigre.
