• chaise rouge

    dos à la mer
    où rien ne bouge
    juste une ride
    la chaise rouge
    blanche et altière
    reste impavide

    au loin les monts
    vaporisés
    de brume moite
    se retransmettent
    en un frisson
    leur silhouette
    au trait chinois

    quel est le fou
    pour ignorer
    qu’ainsi s’asseoir
    la mer au dos
    quand vient le soir
    c’est négliger
    la beauté fière
    d’un court instant
    d’éternité
    et de repos


    Texte inspiré par une photo de Luc Fayard, prise à Lefokastros, Pelion, Grèce

  • brume

    je suis le voile du marin
    enrobant le navire
    pour lui dérober la vie
    je suis l’humide gris
    perlant de gouttes
    sur le pont salé

    porteuse de poisse
    je suis la fatalité
    faiseuse d’angoisse
    à qui on finit
    par s’habituerquand je suis là
    sans m’être annoncée
    anxieux le marin
    ne voit plus rien
    silencieux aux aguets
    l’oreille tendue
    il écoute ausculte
    car il le sait
    je ne pardonne rien
    ni l’invisible rocher
    ni la boussole affolée

    sur la cote floutée
    le phare sans veilleur
    peut se moquer de moi
    mais que m’importe
    où son regard porte
    tenace obstinée
    d’une infinie patience
    je tisse ma toile
    d’ombre et de destin
    posément je déploie
    mon filet de mailles
    à l’invisible ouate
    enserrant ses proies

    pour un temps incertain
    au nom de l’indistinct
    moi juge de la loi altière
    j’abolirai la frontière

    entre laideur et beauté
    pour emmêler
    sans remords
    le jour et la terre
    la nuit et la mer
    la vie et la mortTexte de Luc Fayard, inspiré par une photo de Bérangère Costa,

    Voir les versions illustrées dans Galerie Amavero et Poèmes illustrés par IA

  • deux formes

    femme et vase
    se répondent
    deux formes
    le sombre et le clair
    mais les bras
    et les feuilles
    se disputent
    la potiche nous dit
    ce n’est pas moi
    qu’il faut regarder
    c’est elle
    et que nous disent
    d’autre impératifs
    les doigts crispés
    de la femme
    sur le fauteuil
    ils disent
    regardez-moi donc

    Texte de Luc Fayard, inspiré par La Femme et la potiche, d’Edgar Degas