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je veux de l’amour
Je veux de l’amour dans les yeux
et des gestes pleins de tendresse
pour que sans larme sans ivresse
on sache espérer sans les dieuxje veux des dessins qui dansent
remplis d’ailes et de fusées
où les anges de l’enfance
viendront nous faire rêverdans la plaine je veux du vent
qui secoue l’orge et le blé graciles
pour que l’odeur des champs
imprègne les murs des villesdans les frondaisons de la terre
je veux toutes les couleurs du vert
pour que droits vers leurs cimes
nos arbres reprennent racinesje veux la fin des pensées mortifères
fin de la nostalgie triste et fière
je veux des lendemains de passion
de sourire et de déraisonquand elle coulera sur nos visages
je veux que la pluie légère
nous murmure qu’à tout âge
les pleurs sont nécessairesquand la nuit redeviendra claire
je veux un noir troué de lumière
pour que l’âme en résilience
renaisse des limbes du silencephénix je veux que nos ailes
s’agitent oubliant le passé
pour voler vers le ciel
que nous aurons tracéje veux mille envies
sur le fil de la vie
où le cœur emballé
ne cesse de cognertous les jours
je veux de l’amour
qui batte tambour
pour toujours -
rien à dire
je n’ai plus rien à dire
non que j’aie tout dit
loin de là
mais simplement
je n’ai plus enviede rien
juste me taire
que les autres se taisent
que tous fassent silence
longtemps
comme une armée
de statues de pierre
baissant la face
après avoir baissé la gardealors dans ce paysage figé
on entendra du dedans
l’âme pleurer
ruisseau qui se déchire
sur les galets de nuit
pluie qui mitraille
les affiches des murs
vent grincheux
sur la tête des gensplus de mots ronds
ni de sourires creux
grimaces de blessures
plus de cris poussés
ni de mines jouées
juste un silence total
brume grise
nappant le monde
de son voile de plombet c’est ainsi
tristes poltrons
que nous vivrons
le jour la nuit
tête baissée
plein de regrets
d’avoir vu fuir
les jours heureux
sans avoir su
les retenirTexte de Luc Fayard; voir la version illustrée par 14 artistes contemporaines
