Un ‘eu de ‘oésie, dans ce monde de brutes,
‘our les ‘etits en lutte, et ‘our les grands en rut.
Oui, mais en su »rimant la lettre à ‘ostillons,
gouttelettes à virus, ‘artout en ‘a’illons
voletant sur les lèvres, butinant les narine
et ‘arfois ‘énétrant jusque dans les ‘oitrines.
On ne ‘rononce ‘lus la lettre contagieuse !
La langue en est ‘lus saine, et aussi mélodieuse.
Le ‘résident ‘ro’ose un nouveau ‘rotocole :
il faut ‘our la santé adoucir nos ‘aroles.
Même si la contrainte ‘eut être ‘oétique,
il faut bien avouer que souvent, ça com’lique !
Que com’renez-vous si je dis « ‘rions mes frères » ?
Et comment a »eler le mari de ma mère ?
Que ‘rendre quand il ‘leut ? Ca’uche, ou ‘ara’luie ?
Et que disait ‘ascal : « Je ‘ense donc je suis » ?
Mais on ‘eut contourner la cou’able consonne,
dire « que l’on m’excuse », et non « qu’on me ‘ardonne ».
Au lieu de ‘ré’arer la ‘urée de ‘atates,
le ‘orc ou le ‘oulet avec le ‘lat de ‘âtes,
on fait une salade, un gratin d’aubergine,
on mijote en douceur le flan ou la tajine.
Facile et sans crachat, sans contamination.
Il faut bien s’ada’ter, ‘rendre ses ‘récautions.
Ra »renons à ‘arler, mais sans ‘ostillonner,
sans se ‘étarader nos miasmes sous le nez !
Comme un ni-oui-ni-non, jouons à ne ‘as dire
ce dangereux phonème, ce son à interdire.
Des agents de ‘olice contrôlent dans la rue :
« Vos documents, de grâce ? – Ah, mes papiers ? – ‘erdu !
Nom, ‘rénom, ‘rofession ? Deux cent euros d’amende ! »
Sitôt qu’on lâche un p, telle est la ré’rimande…
Le B aussi envoie des bulles de salive !
Et le F ! Et le T ! Faut-il que l’on s’en ‘rive ?
Il nous faut su »orter le risque microbien :
sans la moitié des lettres, on ne com’rend ‘lus rien !
Non ! Préservons le P ! Refusons la censure
prétextant éviter quelques éclaboussures !
Papouillons des poupons, préparons la popote,
psalmodions des poèmes, papotons entre potes,
tripotons des pompons, propulsons des pépins,
et prenons de la poudre de perlimpinpin !
Le peuple, aplati sous le poids sanitaire,
en appelle à la paix, n’en peut plus de se taire !
Texte de Yannik Nédélec, slammeur. Voir sa performance en vidéo.

