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d'abord le vent
ici
on viton sentdifféremmentd’abord le vent incessant
pénètre les pores
cure de désintox
massage brutal et caressantpuis le soleil impérial
se heurte aux nuages
les couleurs claires de la mer
mordent les palmiers
au pied des mornes rougesl’accent met en relief le sourire
de gens calmes et lents
le pélican brusque plongeur
repart lourd et décidé
l’iguane d’un autre temps
s’arque sur la pierre griseles taches de fleurs nonchalantes
se penchent vers vous
comme pour vous dire
respirez calmement
revivez
oubliez le temps
laissez parler les sens
renaissance -
éternelle universalité de la douleur
quand leurs maris sont partis
il y a des siècles semble-t-il
les deux femmes bouddhistes
sont entrées au temple de Gandan
chaussées de leurs bottes mongoles
elles y sont restéesleurs doigts égrenant le temps
sur de longs chapelets ridésles jours de marché
assises là dans ce recoin
toujours le même
recroquevillées
sur les marches du temple
aussi usées qu’elles
elles parlent à mi-voix
des gens qui passentavec le temps
comme s’ils avaient de l’importance
et ils doivent en avoir
puisqu’elles sont encore là pour en parlerchaque fois qu’elles se retrouvent
la conversation reprend
à l’endroit exact où elle s’était arrêtée
elles commentent de minuscules épisodes
le fil de la vie se déroule
c’est le tout qui forme le monde
tout se raconte
plus rien ne les surprend
mais tout les intéresse
surtout les choses du dedans
car leurs yeux plissés de compassion
sont tournés vers les âmes qui souffrent
les sans voix les solitaires les épleurées
celles qui subissent en silence
l’éternelle universalité de la douleur -
cicatrice d'amour
la cicatrice d’amour
a le regard fulgurant
d’un vif éclair de soleil
zébrant le ciel bleu et lourdsur sa peau les souvenirs
s’égrènent avec le cœur
entêtés ils apparient
les sourires et les pleursalors tous les sens s’éveillent
les odeurs mêlées aux sons
les parfums le long du corps
et les vibrations du tempslà d’une branche invisible
un oiseau s’orne de trilles
secouant de toutes plumes
la vitalité de l’airchaque fois qu’un être chante
la mort cède note à note
pas après pas sans raison
comme une distractionalors l’âme se renforce
de questions et de réponses
la vie n’est plus qu’un puzzle
passé recomposéeavec des pièces triées
pour leurs couleurs fortes
leurs arêtes sectionnées
aux places les plus accorteson remanie sa mémoire
avec d’arrière-pensées
pour créer sa vie dorée
avec ses heures de gloirela seule vraie à toute heure
la voie rêvée du bonheur
celle de l’enfant vainqueur
qui souffre rit et qui pleure
