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fous de mer
il se croit seul
en pleine mer
moi aussi
sur l’océan féérique
nous nous sommes reconnus
dans la nuit mosaïque
solitaires au coeur nu
lui oiseau de mer épuisé
qui n’a rien à faire ici
moi marin absorbé
par les heures de veille
qui réveillent le passél’oiseau s’installe sur les filières
il danse à l’aise
je n’ose lui jeter un œil
de peur de l’effrayer
pour lui je n’existe pas
je suis à la fois
agacé de son mystère
et touché par sa grâce
j’essaie de barrer sans à-coup
pour ne pas effrayer l’animal
une gageure dans l’atlantique
le cap ne fut pas fin cette nuit-là
branlé par la houle
il bouge comme un fou ce fou
qui n’est pas un fou
mais un cormoran égaré
qui se dévisse le couje pense qu’il dormit
à un moment je le vis
la tête sous l’épaule
le corps oscillant
au rythme du bateau
soulevé par la merà l’aube il disparut
sans me dire au revoir
je ne vis n’entendis rien
ni souffle ni soupirmais maintenant je le sais
grâce à lui l’oiseau fatigué
en pleine mer en pleine nuit
je ne serais plus jamais seulà toute heure
pensant à lui
je vivrais pleinement ma vie
au mitan des océans ou d’ailleursà J.V. et Golok
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haies
tout ce qui existe
est là-bas présent
derrière la haie
caché mais vivant
il faut y aller
quitte à s’écorcher
ôter ce qui gêne
à coups d’oxygène
et quand on y est
tout a permuté
rien n’est révélé naturellement
tout évolue dans un temps progressif
vivre n’est qu’un glissement agressif
de l’ombre des réalités des gens
il faut imaginer ce qui sera
rien ne reste figé ci et là
enseveli pêle-mêle
dans un passé poubelle
je hais les haies
elles sont partout
devant derrière
sur les côtés
la vie est un enclos de reclus
il faudrait être singe ou kangourou
quand on est limace ou serpent
il faudrait être gourou
quand on est mouton
bêlant ses reproches et ses regrets
sa malvoyance et ses fragilités
l’homme est un animal qui pleure
cloitré il ne saura jamais
son talent pour l’éternité
dans le grand tintamarre des heures
je voudrais être un grand oiseau
volant sur les arbres les eaux
les petitesses les soupçons
vers l’hypnotisant horizon
toujours plus loin toujours plus fort
comme sont la vie et la mort -
dehors dedans
dehors
bleu blanc vert
couleurs prégnantes
avions filant
vers leur destin
joyeux cris d’enfants
montant de la vallée
les oiseaux discutent
revenus de loin
sans me dériderdedans
rien ne sourit
mes sens reliés au monde
ne m’y ont pas attaché
je ne saurais jamais
qui je suis
spectateur de ma vie
toujours en attente
de quoi
