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Victor Hugo : La tombe dit à la rose (1837)
La tombe dit à la rose :
– Des pleurs dont l’aube t’arrose
Que fais-tu, fleur des amours ?
La rose dit à la tombe :
– Que fais-tu de ce qui tombe
Dans ton gouffre ouvert toujours ?La rose dit : – Tombeau sombre,
De ces pleurs je fais dans l’ombre
Un parfum d’ambre et de miel.
La tombe dit : – Fleur plaintive,
De chaque âme qui m’arrive
Je fais un ange du ciel !Les voix intérieures (1837)
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Victor Hugo : Le Pont (1856)
J’avais devant les yeux les ténèbres. L’abîme
Qui n’a pas de rivage et qui n’a pas de cime,
Était là, morne, immense ; et rien n’y remuait.
Je me sentais perdu dans l’infini muet.
Au fond, à travers l’ombre, impénétrable voile,
On apercevait Dieu comme une sombre étoile.Je m’écriai : – Mon âme, ô mon âme ! il faudrait,
Pour traverser ce gouffre où nul bord n’apparaît,
Et pour qu’en cette nuit jusqu’à ton Dieu tu marches,
Bâtir un pont géant sur des millions d’arches.
Qui le pourra jamais ! Personne ! ô deuil ! effroi !
Pleure ! – Un fantôme blanc se dressa devant moiPendant que je jetai sur l’ombre un oeil d’alarme,
Et ce fantôme avait la forme d’une larme ;
C’était un front de vierge avec des mains d’enfant ;
Il ressemblait au lys que la blancheur défend ;
Ses mains en se joignant faisaient de la lumière.
Il me montra l’abîme où va toute poussière,
Si profond, que jamais un écho n’y répond ;
Et me dit : – Si tu veux je bâtirai le pont.Vers ce pâle inconnu je levai ma paupière.
– Quel est ton nom ? lui dis-je. Il me dit : – La prière.Les contemplations (1856)
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Victor Hugo : À la belle impérieuse (1865)
L’amour, panique
De la raison,
Se communique
Par le frisson.Laissez-moi dire,
N’accordez rien.
Si je soupire,
Chantez, c’est bien.Si je demeure,
Triste, à vos pieds,
Et si je pleure,
C’est bien, riez.Un homme semble
Souvent trompeur.
Mais si je tremble,
Belle, ayez peur.Les chansons des rues et des bois (1865)
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Victor Hugo : À Mlle Fanny de P. (1840)
Ô vous que votre âge défend,
Riez ! tout vous caresse encore.
Jouez ! chantez ! soyez l’enfant !
Soyez la fleur ; soyez l’aurore !Quant au destin, n’y songez pas.
Le ciel est noir, la vie est sombre.
Hélas ! que fait l’homme ici-bas ?
Un peu de bruit dans beaucoup d’ombre.Le sort est dur, nous le voyons.
Enfant ! souvent l’oeil plein de charmes
Qui jette le plus de rayons
Répand aussi le plus de larmes.Vous que rien ne vient éprouver,
Vous avez tout, joie et délire,
L’innocence qui fait rêver,
L’ignorance qui fait sourire.Vous avez, lys sauvé des vents,
Cœur occupé d’humbles chimères,
Ce calme bonheur des enfants,
Pur reflet du bonheur des mères.Votre candeur vous embellit.
Je préfère à toute autre flamme
Votre prunelle que remplit
La clarté qui sort de votre âme.Pour vous ni soucis ni douleurs,
La famille vous idolâtre.
L’été, vous courez dans les fleurs ;
L’hiver, vous jouez près de l’âtre.La poésie, esprit des cieux,
Près de vous, enfant, s’est posée ;
Votre mère l’a dans ses yeux,
Votre père dans sa pensée.Profitez de ce temps si doux !
Vivez ! – La joie est vite absente ;
Et les plus sombres d’entre nous
Ont eu leur aube éblouissante.Comme on prie avant de partir,
Laissez-moi vous bénir, jeune âme, –
Ange qui serez un martyr !
Enfant qui serez une femme !Les rayons et les ombres (1840)
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Victor Hugo : À une femme (1831)
Enfant ! si j’étais roi, je donnerais l’empire,
Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux
Et ma couronne d’or, et mes bains de porphyre,
Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire,
Pour un regard de vous !Si j’étais Dieu, la terre et l’air avec les ondes,
Les anges, les démons courbés devant ma loi,
Et le profond chaos aux entrailles fécondes,
L’éternité, l’espace, et les cieux, et les mondes,
Pour un baiser de toi !Les feuilles d’automne (1831)
