Autres Textes et Poèmes choisis

  • Paul Verlaine : Chanson d’automne (1866)

    Les sanglots longs
    Des violons
    De l’automne
    Blessent mon cœur
    D’une langueur
    Monotone.

    Tout suffocant
    Et blême, quand
    Sonne l’heure,
    Je me souviens
    Des jours anciens
    Et je pleure ;

    Et je m’en vais
    Au vent mauvais
    Qui m’emporte
    Deçà, delà,
    Pareil à la
    Feuille morte.

    Poèmes saturniens (1866)

  • Paul Verlaine : Cauchemar (1866)

    J’ai vu passer dans mon rêve
    – Tel l’ouragan sur la grève, –
    D’une main tenant un glaive
    Et de l’autre un sablier,
    Ce cavalier

    Des ballades d’Allemagne
    Qu’à travers ville et campagne,
    Et du fleuve à la montagne,
    Et des forêts au vallon,
    Un étalon

    Rouge-flamme et noir d’ébène,
    Sans bride, ni mors, ni rêne
    Ni hop ! ni cravache, entraîne
    Parmi des râlements sourds
    Toujours ! toujours !

    Un grand feutre à longue plume
    Ombrait son œil qui s’allume
    Et s’éteint. Tel, dans la brume,
    Éclate et meurt l’éclair bleu
    D’une arme à feu.

    Comme l’aile d’une orfraie
    Qu’un subit orage effraie,
    Par l’air que la neige raie,
    Son manteau se soulevant
    Claquait au vent,

    Et montrait d’un air de gloire
    Un torse d’ombre et d’ivoire,
    Tandis que dans la nuit noire
    Luisaient en des cris stridents
    Trente-deux dents.

    Poèmes saturniens (1866)

  • Paul Verlaine : Ariettes oubliées VIII (1874)

    Dans l’interminable
    Ennui de la plaine
    La neige incertaine
    Luit comme du sable.

    Le ciel est de cuivre
    Sans lueur aucune.
    On croirait voir vivre
    Et mourir la lune.

    Comme des nuées
    Flottent gris les chênes
    Des forêts prochaines
    Parmi les buées.

    Le ciel est de cuivre
    Sans lueur aucune.
    On croirait voir vivre
    Et mourir la lune.

    Corneille poussive
    Et vous, les loups maigres,
    Par ces bises aigres
    Quoi donc vous arrive ?

    Dans l’interminable
    Ennui de la plaine
    La neige incertaine
    Luit comme du sable.

    Romances sans paroles (1874)

  • Paul Verlaine : Ariettes oubliées VII (1874)

    Ô triste, triste était mon âme
    À cause, à cause d’une femme.

    Je ne me suis pas consolé
    Bien que mon cœur s’en soit allé,

    Bien que mon cœur, bien que mon âme
    Eussent fui loin de cette femme.

    Je ne me suis pas consolé,
    Bien que mon cœur s’en soit allé.

    Et mon cœur, mon cœur trop sensible
    Dit à mon âme : Est-il possible,

    Est-il possible, – le fût-il, –
    Ce fier exil, ce triste exil ?

    Mon âme dit à mon cœur : Sais-je
    Moi-même que nous veut ce piège

    D’être présents bien qu’exilés,
    Encore que loin en allés ?

    Romances sans paroles (1874)

  • Paul Verlaine : Ariettes oubliées III (1874)

    Il pleure dans mon cœur
    Comme il pleut sur la ville ;
    Quelle est cette langueur
    Qui pénètre mon cœur ?

    Ô bruit doux de la pluie
    Par terre et sur les toits !
    Pour un cœur qui s’ennuie
    Ô le chant de la pluie !

    Il pleure sans raison
    Dans ce cœur qui s’écœure.
    Quoi ! nulle trahison ? …
    Ce deuil est sans raison.

    C’est bien la pire peine
    De ne savoir pourquoi
    Sans amour et sans haine
    Mon cœur a tant de peine !

    Romances sans paroles (1874)