-
Hugo (Victor) : Tout homme ouvrant un livre y trouve une aile
Dieu, le premier auteur de tout ce qu’on écrit,
A mis, sur cette terre où les hommes sont ivres,
Les ailes des esprits dans les pages des livres.
Tout homme ouvrant un livre y trouve une aile, et peut
Planer là-haut où l’âme en liberté se meut.
Victor Hugo, Aux instituteurs et aux institutrices, in Les Quatre Vents de l’esprit, 1881 -
Carême (Maurice) : Pour que tu dormes
Je t’emmailloterais d’étoiles
Pour que tu dormes mon enfant.
Que tu dormes dans une toile
D’étoiles tissées par le vent.Je te coucherais sur la lune
Pour que tu dormes mon enfant.
Que tu dormes au creux des plumes
De la lune ombrée par le vent.Puis te bercerais sur mon coeur
Pour que tu dormes mon enfant.
Que tu dormes comme une fleur
Sur mon coeur bercé par le vent.Maurice Carême (1899 – 1978)
-
Vieira Da Silva (Maria) : Le Testament
Je lègue à mes amis, un bleu céruleum pour voler haut, un bleu cobalt pour le bonheur, un bleu d’outremer pour stimuler l’esprit, un vermillon pour faire circuler le sang allégrement, un vert mousse pour apaiser les nerfs un jaune d’or : richesse, un violet de cobalt pour la rêverie, un garance qui fait entendre le violoncelle, un jaune barite : science-fiction, brillance, éclat, un ocre-jaune pour accepter la terre, un vert Véronèse pour la mémoire du printemps, un indigo pour pouvoir accorder l’esprit à l’orage, un orange pour exercer la vue d’un citronnier au loin, un jaune citron pour la grâce, un blanc pur : pureté, terre de Sienne naturelle, la transmutation de l’or, un noir somptueux pour voir Titien, une terre d’ombre naturel pour mieux accepter la mélancolie noire, une terre de Sienne brûlée pour le sentiment de durée.
Maria Vieira da Dilva -(1908-1992) – Peintre franco-portugaise souvent qualifiée de « paysagiste abstrait ». « Le coeruleum, ou bleu céruléen ou bleu céleste, est un pigment utilisé en peinture et en décoration, donnant une nuance de bleu ciel. » (Wikipédia)
-
Desnos (Robert) : Il était une feuille
Il était une feuille avec ses lignes
Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de cœur
Il était une branche au bout de la feuille
Ligne fourchue signe de vie
Signe de chance
Signe de cœur
Il était un arbre au bout de la branche
Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de cœur
Cœur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.
Il était des racines au bout de l’arbre
Racines vignes de vie.
Vignes de chance
Vignes de cœur
Au bout des racines il était la terre
La terre tout court
La terre toute ronde
La terre toute seule au travers du ciel
La terre.Robert Desnos(1900-1945) — Fortunes (1936) Littérature et Poésie -
Apollinaire (Guillaume) : L’Adieu
J’ai cueilli ce brin de bruyère
L’automne est morte souviens-t’en
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps brin de bruyère
Et souviens-toi que je t’attendsGuillaume Apollinaire, Alcools, 1913
