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mon testament d’amour (illustré par 7 artistes contemporains)

Jeremy Mann – Cityscape No+621 (2025) 
E.C. Baugh – Figure II (2025) – cendres et charbon de bois sur lin 
Zaria Forman – Greenland #52 (2020) – pastel 
Erin Hanson – Parc Monceau (2024) 
Tibor Nagy – The Gray Illusions (2024) 
Eva Nielsen – Installation (2025) – techniques mixtes toile, latex, cuir, soie sérigraphie, photographies – exposition finalistes Prix Marcel Duchamp 2025 musée d’Art moderne de Paris – Photo © Hafid Lhachmi © ADAGP Paris, 2025 j’aime
le destin hésitant d’une trace de pas sur le sable mouillé
la poussée invisible du vent dans les frondaisons
le vent de pleine mer qui me ride la peau
l’écume grondeuse dans le sillage du voilier
le mouvement perpétuel des vagues sur la mer comme dans ma vie
chercher à deviner où elles commencent et se terminentj’aime
l’infini du vert dans la forêt d’été
l’ombre d’un mur qui dévoile son histoire fatiguée
le chien immobile qui dort comme si rien ne pouvait lui arriver
rêver quand perdu dans une ville étrangère je survole invulnérable les toits et les arbres
l’évolution des paradigmes pour les gens qui volent comme moi hier ce vol était sexuel aujourd’hui il est libertéj’aime
la possibilité d’un sourire
les limbes le flou la demi-teinte l’incertitude le non-dit les arrière-cours
le silence qui parle de lui-même
les livres que j’ai lus même si je ne lis plus
les artistes libres qui sauveront peut-être l’humanité de ses tyrans
me perdre dans les couleurs et les plans d’un tableau puis imaginer où pourrait aller le trait du pinceau quand il sort du cadrej’aime
la vie parce qu’elle est le plus grand des paradoxes c’est le moins qu’elle puisse être
ne pas comprendre la musique et l’aimer quand même idem pour la philosophie
l’idée de pouvoir vivre assez vieux pour embrasser un enfant d’un enfant de mes enfants et me dire alors que je peux mourir sans regret
avoir compris que l’amour est enfant de hasard et de grâce
ne plus croire en Dieu mais lui parler de temps en temps quand ça va malj’aime
le rose du soir dans le ciel du sud
la bruine uniquement en bord de mer
les branches hivernales des arbres poussant les plaintes de leurs bras nus vers le ciel
les soirs qui durent longtemps dans le noir
les matins indécis à se désembrumerj’aime
l’orgueil qui me sauve de la paresse
le souvenir mensonger de ma jeunesse belle et arrogante
tous les mots qui n’ont pas encore été prononcésj’aime
les gueules pas banales
les gens qui me font rire les autres m’ennuient
les voix rauques surtout chez les femmes
les yeux d’un visage quand ils parlent d’abord
la grâce d’un mouvement de tête entraperçu au moment précis où elle se détournej’aime
les sentiers qui montent vers l’air pur et le silence léger
les chemins qui tournent en suivant les bords de mer
sentir que j’ai une âme forte quand elle frémit et pleure
m’endormir le plus tard possible j’ai peur de mourir dans mon sommeilj’aime
la promesse d’écrire chaque jour jusqu’à ma mort pour dire ce que j’aime(à suivre…)

Daniel Keys – Abondance (2017) Texte de Luc Fayard illustré par 7 artistes contemporains (de haut en bas) : Jeremy Mann, E.C. Baugh, Zaria Forman, Erin Hanson, Tibor Nagy, Eva Nielsen, Daniel Keys







