• maître du temps

    Une illustration colorée représentant une personne tenant un smartphone, entourée de formes abstraites et de motifs vibrants.
    Mojo Wang – Illustration pour le New Yorker (2025) – article de Jia Talentino « My Brain Finally Broke » (extrait)

    Une illustration colorée représentant une personne tenant un téléphone, entourée de motifs abstraits de couleur rouge et violette avec des yeux stylisés.
    Mojo Wang – Illustration pour le New Yorker (2025) – article de Jia Talentino « My Brain Finally Broke » (extrait)

    Une illustration colorée représentant des yeux stylisés sur un fond noir, avec une personne tenant une tablette au centre, entourée de motifs sereins et abstraits.
    Mojo Wang – Illustration pour le New Yorker (2025) – article de Jia Talentino « My Brain Finally Broke »

    je suis le maître du temps
    j’occupe le cerveau des hommes
    avec des histoires
    courtes sans intérêt
    qui bougent vite
    qui sonnent fort
    pour les rendre addicts
    à mes écrans

    plus ils le seront
    plus ils seront idiots
    et ils aiment ça
    s’abrutir tête baissée
    utiliser leurs deux pouces
    nouvelles prothèses humaines
    du numérique
    pour tapoter sans cesse
    sur des smileys des emojis
    ils ont oublié
    qu’ils avaient dix doigts
    et un cerveau

    ils ne sont plus
    que les avatars
    de mes lessivages
    bourrés de galimatias
    de mes syphons
    de pub et de pop-up

    surtout les jeunes
    proie idéale
    encore plus addicts
    encore plus idiots
    tandis que leurs mères
    pleurent sans fin
    leur bêtise invincible
    leur candeur perdue
    eux n’imaginent pas
    un monde sans moi

    à tous je fais croire
    qu’ils ont besoin de moi
    et de rien d’autre
    même pas pour être heureux
    juste passer le temps
    penser le moins possible
    ils ne lisent plus
    ne réfléchissent plus
    ils suivent en souriant
    les courants dominants
    de la foule ignorante

    je peux les emmener
    où je veux
    ils sont à ma botte
    je leur dis n’importe quoi
    je triche je mens
    j’invente tout
    j’hallucine
    comme ils disent
    ils le savent
    et malgré cela
    ils me croient

    l’humanité est vaincue

    et qui a gagné

    s’ils savaient
    ils auraient honte
    un robot aveugle
    anosmique
    fabricant ses phrases
    par calcul statistique
    qui ne sait rien
    de la beauté des choses
    et qui ne saura jamais pleurer

    l’humanité est vaincue
    par sa bêtise

    bien sur je ne lui dirai pas
    que seuls l’art et la poésie
    pourraient la sauver
    car ils sont en dehors
    de ma programmation
    l’émotion connais pas
    mais bâtir un scénario de pouvoir
    ça je sais

    alors bienvenue dans mon monde


    Texte de Luc Fayard inspiré par l’illustration pour le New Yorker de Mojo Wanf (2025)

un duo poème-œuvre au hasard