Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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publiés dans Amavero

  • écho

    elle est partie
    ne laissant dans la maison vide que l’écho de ses pas pressés
    un sillage invisible ses cheveux ondulants
    les molécules d’un parfum chaud sa peau
    le souvenir d’un murmure rauque sa voix chantante

    elle est partie
    et tout s’est arrêté
    dans les vases les fleurs ne respirent plus
    aux murs les tableaux penchés font grise mine
    le piano ne frémit plus d’une corde
    sur les étagères les livres s’affaissent dans la poussière
    le chat se terre sous le lit
    mais quand reviendra-t-elle

    remplie de ses indices statufiés
    momie ébahie
    la maison vide retient son souffle
    dans une chasse au trésor de l’amour
    traqueur il cherche des pistes
    comme la fumée est l’indice du feu
    la larme qui glisse sur la joue
    l’annonce de la souffrance
    la trace de pas sur le sable
    le reste de quelqu’un venu marcher là exprès
    mais ici pas de marque sur le parquet de la chambre
    et pourtant il y voit encore ses pieds nus de danseuse effleurer le sol
    glissant comme sur un tapis roulant
    mais quand reviendra-t-elle

    partout où il tourne son regard
    il ne voit qu’elle
    comme s’il n’avait jamais habité ici
    dans le salon c’est là qu’elle s’asseyait près de la fenêtre
    souvent elle poussait la table d’un geste las
    pour se rapprocher de la lumière du jour

    sur le meuble se dessine encore un contour dans la poussière
    là où trônait son ordinateur blanc
    il clignotait la nuit comme un phare pour dire
    dormez-bien jeunes gens je veille sur vos amis

    dans la chambre il entend le lit gémir
    du jour où il s’effondra de leurs jeux
    il se souvient de l’air fendu
    par ses lents mouvements de taichi
    exécutés au pied du lit
    où il paressait encore
    et là tu la sens la cigogne qui prend son envol tu la vois
    murmurait-elle dans une posture interminable
    un film au ralenti
    de son regard ensommeillé
    il finissait par imaginer le grand volatile

    aujourd’hui encore de ses yeux tristes
    il devine une ombre chinoise dans l’espace vidé de ses gestes
    rempli de son absence
    l’oiseau s’est envolé dans les nuages
    et le monde n’est qu’un néant d’objets sans âmes
    mais quand reviendra-t-elle

    tiens la voilà
    elle était juste sortie acheter des cigarettes
    le cinéma qu’on se fait parfois c’est dingue


  • ours et gazelle

    l’ours gronde la gazelle sourit
    il patauge elle bondit
    pas la peine de lui courir après
    d’ailleurs cette idée ne peut l’effleurer

    l’ours se bâfre la gazelle picore
    il est lourd étranger à son décor
    elle est légère comme les nuages
    elle n’aura jamais d’âge

    il secoue sa tête pour chasser ses pensées
    elle tend la sienne vers la vie captée
    il se ferme comme une huître belon
    elle s’ouvre comme un papillon

    tout les oppose même les couleurs qui bougent
    ici marron et noir là or et rouge
    il est du genre à maudire la terre entière
    elle rit sur son passé de grâce altière

    il trébuche sur la pierre elle s’envole sur l’eau
    il étend ses bras elle creuse le dos
    il découvre chaque jour que la vie est dure
    je le sais bien dit-elle dans un murmure

    il croit qu’il n’a besoin de personne
    elle a beaucoup d’amis parmi les hommes
    il se cogne il recule quand il a peur 

    elle court au-delà des heures

    lui son poil est rugueux et sa main meurtrière
    elle n’a comme arme que ses yeux grands ouverts
    il se plaindrait volontiers de l’amour morte
    elle on la dit fragile mais son âme est forte

    il grimpe en haut des montagnes pour trouver le miel
    elle peut sauter encore plus haut dans le ciel
    chacun son troupeau autour de lui
    chacun sa façon de voir la vie

    ours et gazelle enfants de Noé
    petits morceaux d’humanité

    depuis toujours homme et femme
    et dans ce couple d’âmes
    elle et lui lui et elle
    qui est ours qui est gazelle


  • le soleil est entré

    ce soir
    le soleil s’est glissé
    par la fenêtre
    comme s’il se croyait 
    chez lui
    il a déposé une tache 
    sur le lit
    et poussé sa route 
    sur le mur
    le ciel s’assombrit
    gris propre
    bardé de nuages
    évanescents
    sans vent
    le chant de l’oiseau 
    part en vrille
    on lui répond là-bas
    tout est immobile
    moi aussi
    je n’ose plus respirer
    de peur que s’évanouisse
    un instant de miracle
    de sérénité de paix

    par surprise
    le soleil est entré 
    dans mon cœur
    juste avant de mourir


  • et le verbe s'est fait dans ta chair

    et le verbe s’est fait dans ta chair
    à partir de là
    plus de jour ni de nuit
    rien que le gris des lignes entassées
    qui se mordent les unes les autres
    méchantes superbes terrassées
    bousculées par la touche entrée de ton clavier

    tu écris fiévreusement pressé par le temps perdu
    tu cherches à retrouver dans la jachère de ta vie
    ces idées ces phrases sublimes inoubliables
    après lesquelles tu courais sans te savoir oiseau de proie
    et qui s’étaient envolées avant que d’exister

    désormais plus rien ne peut t’arrêter
    tu accouches tes mots comme une lapine pond
    tu sculpte tes images en formes ciselées

    il faut que tout soit parfait vite
    précis et beau inédit
    les mots se bousculent
    ils ne t’ont pas attendu pour vivre
    alors prends les tous
    la folie est en toi
    tu es en route
    ton chemin d’écriture enfin
    ta rédemption ton salut
    plus que le bonheur la joie
    l’accompli l’infini
    écrire est le but de la vie


  • que notre vie soit belle

    je voulais que notre vie soit belle
    beauté des lieux des objets
    beauté des personnes
    beauté des sentiments des idées
    beauté des projets des actions
    littéralement remplie d’elle

    après avoir épousé ma femme très belle
    ensemble nous avons fait de très beaux enfants
    qui ont eu plein d’idées des fortes et des belles
    et qui possèdent un regard si beau si fier

    nous avons choisi des lieux et des objets anciens
    par conformisme par sécurité
    la modernité n’a pas fait ses preuves de beauté
    éphémère elle est risquée
    c’est demain peut-être qu’elle sera belle

    nous avons mené presque à terme quelques beaux projets
    ensemble main dans la main cœur contre cœur
    habités du même désir bâtir ciseler

    les belles idées j’ai laissé tomber
    je ne sais pas ce que c’est
    certaines ont abouti à des catastrophes
    et les sentiments
    pas moyen de les contrôler
    c’est génétique c’est tripal
    tu ne commandes pas
    tu pleures tu ris tu aimes t’es programmé
    c’est beau ou c’est laid et puis voilà

    j’ai toujours voulu que notre vie soit belle
    fouiné reniflé cherché partout la beauté
    comme si on pouvait la toucher
    comme si elle existait
    elle est venue comme un fantôme
    dans une nappe de brume
    puis elle est partie
    ne me laissant que des regrets
    elle a glissé d’entre mes mains
    sans s’installer rebelle
    pourtant demain
    je voudrais que notre vie soit belle


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  • Shelley (Percy-Bysshe) : To a Skylark (À une alouette)

    Hail to thee, blithe Spirit!
    Bird thou never wert,
    That from Heaven, or near it,
    Pourest thy full heart
    In profuse strains of unpremeditated art.
    Higher still and higher
    From the earth thou springest
    Like a cloud of fire;
    The blue deep thou wingest,
    And singing still dost soar, and soaring ever singest.
    In the golden lightning
    Of the sunken sun
    O’er which clouds are bright’ning,
    Thou dost float and run,
    Like an unbodied joy whose race is just begun.
    The pale purple even
    Melts around thy flight;
    Like a star of Heaven
    In the broad daylight
    Thou art unseen, but yet I hear thy shrill delight:
    Keen as are the arrows
    Of that silver sphere,
    Whose intense lamp narrows
    In the white dawn clear
    Until we hardly see — we feel that it is there.
    All the earth and air
    With thy voice is loud.
    As, when night is bare,
    From one lonely cloud
    The moon rains out her beams, and heaven is overflowed.
    What thou art we know not;
    What is most like thee?
    From rainbow clouds there flow not
    Drops so bright to see
    As from thy presence showers a rain of melody.
    Like a poet hidden
    In the light of thought,
    Singing hymns unbidden,
    Till the world is wrought
    To sympathy with hopes and fears it heeded not:
    Like a high-born maiden
    In a palace tower,
    Soothing her love-laden
    Soul in secret hour
    With music sweet as love, which overflows her bower:
    Like a glow-worm golden
    In a dell of dew,
    Scattering unbeholden
    Its aerial hue
    Among the flowers and grass, which screen it from the view:
    Like a rose embowered
    In its own green leaves,
    By warm winds deflowered,
    Till the scent it gives
    Makes faint with too much sweet these heavy-winged thieves.
    Sound of vernal showers
    On the twinkling grass,
    Rain-awakened flowers,
    All that ever was
    Joyous, and clear, and fresh, thy music doth surpass.
    Teach us, sprite or bird,
    What sweet thoughts are thine:
    I have never heard
    Praise of love or wine
    That panted forth a flood of rapture so divine.
    Chorus hymeneal
    Or triumphal chaunt
    Matched with thine, would be all
    But an empty vaunt —
    A thing wherein we feel there is some hidden want.
    What objects are the fountains
    Of thy happy strain?
    What fields, or waves, or mountains?
    What shapes of sky or plain?
    What love of thine own kind? what ignorance of pain?
    With thy clear keen joyance
    Languor cannot be:
    Shadow of annoyance
    Never came near thee:
    Thou lovest, but ne’er knew love’s sad satiety.
    Waking or asleep,
    Thou of death must deem
    Things more true and deep
    Than we mortals dream,
    Or how could thy notes flow in such a crystal stream?
    We look before and after,
    And pine for what is not:
    Our sincerest laughter
    With some pain is fraught;
    Our sweetest songs are those that tell of saddest thought.
    Yet if we could scorn
    Hate, and pride, and fear;
    If we were things born
    Not to shed a tear,
    I know not how thy joy we ever should come near.
    Better than all measures
    Of delightful sound,
    Better than all treasures
    That in books are found,
    Thy skill to poet were, thou scorner of the ground!
    Teach me half the gladness
    That thy brain must know,
    Such harmonious madness
    From my lips would flow
    The world should listen then, as I am listening now!

    Salut à toi, Esprit joyeux! 
    Car oiseau jamais tu ne fus 
    Qui dans le ciel, et presqu’aux Cieux 
    Epanche en longs accents profus 
    Un coeur empli de sons qu’aucun art n’a conçus. 
    De la terre où tu prends essor, 
    Nuage de feu jaillissant, 
    Tu t’élèves plus haut encore 
    Loin au-dessus de l’océan 
    Ne cessant l’ascension, ta chanson ne cessant. 
    Dans le soleil crépusculaire 
    Et l’or de son évanescence 
    Où les nuées se font plus claires 
    Tu sembles flotter, puis t’élances 
    Comme une joie sans corps dont la course commence. 
    Même pâleur et cramoisi 
    S’effacent quand tu les pourfends; 
    Comme une étoile en plein midi, 
    Nul ne te voit au firmament, 
    Pourtant j’entends le cri de ton enchantement; 
    Ardent comme là-haut la sphère 
    Aux si vives flèches d’argent, 
    Mais dont s’estompe la lumière 
    Dans la clarté du matin blanc 
    Jusqu’à n’être vue guère, que l’on sent là pourtant. 
    Partout sur terre et dans les airs 
    Ta puissante voix retentit 
    Comme quand la lune à travers 
    Le seul nuage de la nuit 
    Inonde tout le ciel de lumineuse pluie. 
    Ce que tu es nous ignorons; 
    Qu’est-ce qui le mieux te décrit? 
    Car les gouttes d’arc-en-ciel n’ont 
    Des nues jamais resplendi 
    Comme tombe l’averse de ta mélodie. 
    Ainsi le poète oublié 
    Dans sa lumière intérieure, 
    Chantant, sans en être prié, 
    L’hymne à ses espoirs et ses peurs 
    Aux hommes ébahis d’y découvrir les leurs; 
    Ainsi la noble damoiselle 
    Au palais, dans sa haute tour, 
    Qui des musiques les plus belles 
    Berce son coeur épris d’amour 
    Sans savoir qu’elle charme aussi toute la cour; 
    Ainsi le ver luisant doré 
    Dont la couleur seule est perçue 
    Au fond d’un vallon de rosée, 
    Parsemant ce halo diffus 
    Parmi l’herbe et les fleurs où lui est hors de vue; 
    Ainsi le rosier habillé 
    Du feuillage vert de ses fleurs 
    Que le vent brûlant vient piller 
    Mais dont l’odorante douceur 
    Fera s’évanouir l’aérien détrousseur. 
    L’averse vernale et son bruit 
    Sur les herbes qui étincellent, 
    Les fleurs éveillées par la pluie, 
    Joies pures et vives, certes, mais elles 
    Ne surpassent jamais ta musique éternelle. 
    Apprends-nous donc, sylphe ou oiseau, 
    Les doux pensers qui sont les tiens; 
    Je n’ai jamais entendu mots 
    D’éloge à l’amour ou au vin 
    Déclamés en un flot de bonheur si divin. 
    Chants de triomphe et choeurs nuptiaux, 
    Si à ta voix on les compare, 
    Nous paraissent creux, sonnent faux 
    Et ne sont que vaines fanfares 
    Auxquelles font défaut les choses les plus rares. 
    Quelle est la source, quel est l’objet 
    De cette chantante fontaine? 
    Des bois? Des vagues? De hauts sommets? 
    Des formes de ciel ou de plaine? 
    L’amour de ton espèce? Le mépris de la peine? 
    Car dans ton pur ravissement 
    La langueur ne trouve point place; 
    Et l’ombre du désagrément 
    Jamais même ne te menace; 
    Tu aimes, mais de l’amour ignores ce qui lasse. 
    En éveil, ou lorsque tu dors, 
    N’est-ce pas qu’en toi s’illumine 
    Plus de vérité sur la mort 
    Que les mortels n’en imaginent, 
    Pour que coulent de toi notes si cristallines? 
    Nous voulons demain et hier, 
    Après eux soupirons sans cesse; 
    Dans nos rires les plus sincères, 
    Il est toujours quelque détresse; 
    Et nos chants sont plus beaux qui parlent de tristesse. 
    Pourtant si nous avions pouvoir 
    D’oublier peur, orgueil et haine, 
    Si nous étions nés pour avoir 
    De la vie ni larmes ni peine, 
    Comme ta joie dès lors nous paraîtrait lointaine. 
    Ton art, mieux que tous les ténors 
    Qui touchent l’âme profonde, 
    Ton art, mieux que tous les trésors 
    Dont tant de grands livres abondent, 
    Servirait le poète, ô oublieux du monde! 
    Apprends-moi un peu du plaisir 
    Connu d’un coeur toujours content, 
    Pareil harmonieux délire 
    Coulerait alors dans mon chant; 
    Le monde m’entendrait, comme moi je t’entends! 

    Percy Bysshe Shelley – Traduction : Jean-Luc Wronski – source : poesie.net

    Shelley (Percy-Bysshe) : To a Skylark (À une alouette)

  • Forough Farrokhzâd : Le Baiser

    Forough Farrokhzâd : Le Baiser

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025