Je rêve à l’Imparfait
Au restaurant la lampe
Est toujours allumée
Dans la ville où la pierre a choisi de vieillir
Il n’y a plus
Qu’une fumée
Et l’incassable souvenir
Blog « Fleureter »
Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.
Je rêve à l’Imparfait
Au restaurant la lampe
Est toujours allumée
Dans la ville où la pierre a choisi de vieillir
Il n’y a plus
Qu’une fumée
Et l’incassable souvenir
No te amo como si fueras rosa de sal, topacio
o flecha de claveles que propagan el fuego :
te amo como se aman ciertas cosas oscuras,
secretamente, entre la sombra y el alma.
Je ne t’aime pas telle une rose de sel, topaze, oeillets en flèche et propageant le feu :
comme on aime de certaines choses obscures,
c’est entre l’ombre et l’âme, en secret, que je t’aime.
rempart de la moustiquaire vitres ouvrant le cœur soudain le chant des cigales s’éteint pleine lune sa lumière efface les étoiles attente mystère absence creusée par la disparition progressive des gutturalités enfantines répétition silence la maison se referme sur elle accordéon du poumon balancelle des sentiments dehors le chaudron empêche de respirer dehors on vit toujours on avance forçats fouettés au sang on rêve du voilier si loin du temps et de la terre là-bas sur les infinis où le regard se perd retour réalité ici bloqué par les gris marrons verts propices à la méditation chênes verts et chênes blancs violemment entrelacés terrasse soleil terrasse frondaison et l’eau qui chuinte berceuse enrayée enfance murmures les murets du passé rappellent les vieux tabliers folie animale les geckos dormeurs sursautent d’un bond de crise cardiaque terre carapace rouge et dure où les doigts saignent secret transmission l’âme chante quand même
Texte de Luc Fayard en hommage au livre de Tristan Tzara et Jean Arp, Vingt-cinq poèmes, dix gravures sur bois, Collection Dada Zürich; illustré par quatre œuvres de Sophie Taeuber Arp : Relief rond en trois hauteurs (détail), Composition ovale avec motifs abstraits, Tête Dada, Quatre espaces à croix brisée (de gauche à droite et de haut en bas)

Par-delà les murs clos comme des poings fermés,
à travers les barreaux ceinturant le soleil
nos pensées sont verticales et nos espoirs.
L’avenir lové au coeur monte vers le ciel
comme des bras levés en signe d’adieu,
des bras dressés enracinés dans la lumière
en signe d’appel, d’amour, de reviens, ma vie!
Je vous serre contre ma poitrine, mes soeurs,
bâtisseuses de liberté et de tendresse,
et je vous dis à demain car nous le savons
L’avenir est pour demain
L’avenir est pour bientôt


Rainer-Maria Rilke : Tu es l’avenir
Du bist die Zukunft, großes Morgenrot
über den Ebenen der Ewigkeit.
Du bist der Hahnschrei nach der Nacht der Zeit,
der Tau, die Morgenmette und die Maid,
der fremde Mann, die Mutter und der Tod.
Du bist die sich verwandelnde Gestalt,
die immer einsam aus dem Schicksal ragt,
die unbejubelt bleibt und unbeklagt
und unbeschrieben wie ein wilder Wald.
Du bist der Dinge tiefer Inbegriff,
der seines Wesens letztes Wort verschweigt
und sich den andern immer anders zeigt:
dem Schiff als Küste und dem Land als Schiff.
Tu es l’avenir, la grande aurore
sur les plaines de l’éternité.
Tu es le cri du coq après la nuit du temps,
la rosée, la prière du matin, la jeune fille.
l’étranger, la mère et la mort.
Tu es la forme qui sans cesse change,
qui, toujours solitaire, émerge du destin,
qui demeure sans gloire ni regret
et vierge comme une forêt sauvage.
Tu es l’essence même des choses
qui tait le dernier mot de son être
et qui se montre aux autres toujours autre :
au navire comme une côte, à la terre comme un navire
(1875-1926). Né à Prague donc autrichien, puis tchécoslovaque.
Das Stunden-Buch. Le Livre d’heures. Traduction française de Maurice Betz et Luc Fayard





LEAR
Blow, winds, and crack your cheeks! rage! blow!
You cataracts and hurricanoes, spout
Till you have drench’d our steeples, drown’d the cocks!
You sulphurous and thought-executing fires,
Vaunt-couriers of oak-cleaving thunderbolts,
Singe my white head! And thou, all-shaking thunder,
Smite flat the thick rotundity o’ the world!
Crack nature’s moulds, all germens spill at once
That make ingrateful man!
LEAR
Soufflez vents, à crever vos joues ! Faites rage, soufflez,
Vous trombes d’eau et déluges, jaillissez
Jusqu’à inonder nos clochers, et noyez leurs girouettes !
Vous, sulfureux éclairs prompts comme la pensée,
Avant-coureurs de la foudre qui fend le chêne,
Brûlez ma tête blanche ! Et toi, tonnerre qui tout ébranle,
Aplatis l’épaisse rotondité du monde,
Fracasse les moules de la Nature, disperse d’un seul coup tous les germes
Qui font l’homme ingrat !
Le Roi Lear (1608), acte III, scène 2. Traduction Jean-Michel Déprats

Christian Bobin : Il n’y a rien en nous (1991)
Il n’y a rien en nous. Il n’y a personne. Il n’y a en nous qu’une attente sans couleur et sans forme. Elle n’est l’attente d’aucune chose. Elle est en nous comme de l’air mélangé à de l’air. Elle ne ressemble à rien, sinon peut-être à l’extrême pointe d’une lassitude. Cette attente n’a pas toujours été là. Nous n’avons pas toujours été rien, personne. Dans l’enfance nous étions tout et dieu n’était qu’une part infime de nos domaines – quelque chose comme un brin d’herbe dans un pré.
C’est avec la fin de l’enfance que l’attente a commencé. C’est après notre mort que nous avons commencé à attendre.
(1951-2022). Une petite robe de fête. folio/Gallimard, 1991.

