Luc Fayard
la gravité des pétales
poèmes
Éditions Amavero
Collection Poésie
Éditeur : Éditions Amavero lucfayard@amavero.fr
Dépôt légal : avril 2026
ISBN ebook : 9791042482596
© Luc Fayard et Éditions Amavero
Imprimé à la demande en France
Publié en autoédition sur Bookelis.com en avril 2026
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrales ou partielles, réservés pour tous pays.
L’auteur est seul propriétaire des droits et responsable du contenu de ce livre.
Du même auteur
Essais
- 100 objets quotidiens Made In France (coll.), Éditions Syros Alternatives, Paris, 1987.
- Dictionnaire impertinent des branchés, First Éditions, Paris, 2002.
- Homo informaticus (coll.), Éditions 01, Paris, 2007.
Nouvelles
- 100 mots ou presque, L’Harmattan, Paris, 2009.
Poèmes
- Amavero, L’Harmattan, Paris, 2019.
- elle joue la nuit, Éditions Amavero, Jouy-en-Josas, 2023.
Poésie et art
- Poèmes courts sur des œuvres d’art. Vol.1 : Les impressionnistes, Beau-livre, Éditions Amavero, Jouy-en-Josas, 2023.
- Poèmes courts sur des œuvres d’art. Vol.2 : Art moderne et contemporain, Beau-livre, Éditions Amavero, Jouy-en-Josas, 2024.
À l’art qui a changé ma vision de la vie et à tous les artistes qui ont contribué à ce changement.
I. ENVOL
moment
roux le chat rôde sur la terrasse
inquiète la mésange trille dans le chêne
grisés les arbres étirent leurs bras nus
tiède le vent respire en accordéon
cotonneuse la fumée fuit des cheminées
réveillée la vallée bruisse crescendo
paresseux le train trace sa voie tout en bas
ouatés les nuages hésitent tout en haut
incertain je me demande pourquoi
brusquement l’avenir a suspendu son cours
appel
quand le vent des arbres et des champs
glissant par la fenêtre ouverte
se frotte à toi sans préambule
quand les oisillons piaillent
dans la bourrasque ébouriffante
quand solennel le ciel te salue
dans une noria de feuilles alanguies
qui meurent en jouant
alors fou d’orgueil
tu forges ton union aux forces vivantes
tu embrasses l’air bourru
des hauteurs paresseuses
tu voudrais que l’esprit
expire un souffle vert
et pour un peu
tu serais cet animal décidé
qui rit sans savoir où il va
mais virgule distraite
la caresse a disparu
immobile la nature se tait
tout n’est que décor
tu fermes la fenêtre
en soupirant
une fois de plus
lourd indécis
tu ne t’es pas envolé
pourtant il aurait suffi
de si peu
fléchir un souffle
suivre un sillon de larme
guetter un effluve à paraître
sur la nervure cambrée
d’un tourbillon vivant
tendre les bras
vers le ciel aspirant
mais qui sait
un jour peut-être
tu ne resteras pas insensible
à l’appel du vent
liberté de la plume
cette plume appartenait
à un geai des chênes
qui l’a déposée un soir
devant chez moi
pour que je la trouve au matin
deux centimètres de haut
j’ai failli ne pas la voir
depuis que je l’ai prise
entre mes mains
elle a changé
beaucoup de choses en moi
ma vision du beau
mon symbolisme
mon attention aux détails
j’ai découvert
le minusculement magnifique
porteur d’envol et de légèreté
de tournoiement aussi
mais il a fallu
qu’un petit animal
perde un attribut
pour que je gagne en émotion
j’espère que cette plume
n’est qu’une mue
et pas l’issue d’un combat
un don pas une perte
merci au geai
pour ce cadeau
involontaire
je lui promets
qu’il portera ses fruits
désormais mes mots
seront ceux de sa liberté
Merci Zélie
marcher
j’irai par les chemins
le long des plages blanches
et des bruyères en fleurs
le ciel me suivra
sans rien dire
je marcherai ainsi
les pieds nus et froids
portant entre leurs doigts
des grains de sable
qui grattent qui frottent
symboles dérangeants
ils me disent
tu es comme nous
enraciné mais léger
prêt à t’envoler
Texte inspiré par le tableau Chemins,
de Sigrid M.
partir
barré par l’envolée des oiseaux blancs
le trait lumineux coiffe l’horizon
déserte la mer ne joue plus du vent
qui tourmentait la trace des passants
il est temps
de trouver
un ailleurs
où la peine
serait douce
à revivre
je marcherai sur les sentiers secrets
respirant le souffle des frondaisons
l’esprit rempli de tableaux de chansons
et de souvenirs aux traits embellis
mais la pluie
gèlera
mon ardeur
et mon cœur
le seul bruit
de la nuit
l’aube verra palpiter la rosée
quand parvenu au seuil de la maison
j’ouvrirai la porte d’une prison
pour la fermer sur l’infini passé
voie étroite
pourquoi écouter
cette voix absurde
du fond des siècles
qui clame vas-y
fais comme les autres
ne regarde pas en arrière
avance c’est tout
au contraire pourquoi
ne pas s’arrêter de courir
laisser la foule te dépasser
reste calme
c’est elle qui risque de couler
pouvoir enfin construire
pas à pas ton chemin
à ton rythme
le façonner à ton image
chaque pas te rendant
plus fort plus serein
chaque mètre parcouru
sonnant la victoire
sur l’écho fatal
du passé
voix anciennes
carcans de sorcières
crée ta voie
solide et belle
toile unique
tissée de passions
de contraires épaulés
d’abord étonnés
les autres te regarderont
puis ils viendront
marcher avec toi
sur ce chemin étroit
de la liberté
Texte inspiré par la photographie Passage de Robert et Shana ParkeHarrison.
l’art du poète
saisir le vent
comme un peintre
en dire le moins possible
autrement peut-être
ne parler que pulsation
émotion
se souvenir d’hier
et de ses envies
se laisser aller
à l’errance
désordonnée
loin du flux
comme une vague
à contre-courant
sans autre but
que la beauté
la vérité viendra
toute seule
dans la passion
de l’art pur
et ciselé
promenade
près du pont
on hisserait les voiles
de la barque élégante
rayonnant dans la lumière
on partirait
pour une promenade
lente alanguie
au rythme des changements de bord
le bateau glisserait
sur de molles vagues
comme nos pensées
il nous emporterait
vers la guinguette
où débarquer
pour y fêter l’après-midi
jusqu’au dernier moment
avant de prendre
la brise du soir
pour revenir
au mouillage du pont
puis on attendrait le canot
pour nous ramener à terre
Texte inspiré par le tableau Le Pont d’Argenteuil, de Claude Monet.
élégie de la joie
où est la joie
qui éclate en feu d’artifice
qui embrase la journée
qui transmue un être
en source de lumière
l’ai-je jamais connu
ce fol instant de libération
je ne me souviens plus
d’une telle illumination
rarement un seul mot
aura suscité
tant de signes positifs
rebondissants
la joie qui jaillit
débordante
en ébullition
tant de sons gais
et vibrants
quand elle chante
carillonnante
tant de fluidité
aussi ruisselante
que lumineuse
la joie peut inonder
transformer
elle s’entend de loin
pas moyen d’y échapper
elle fait du bruit
explosant soudain
de mille feux crépitants
couleurs et contrastes
la joie est le verbe
et moi je l’ai perdue
il y a longtemps
pour sentir la joie
me parcourir l’être
comme une flèche qui
tombée du ciel
me lierait à la terre
il aurait fallu
garder intact
mon souvenir d’hier
difficile alchimie
peut-être un jour
le miracle aura-t-il lieu
éveil
on peut errer
longtemps
dans le noir
sans savoir
qu’au fond de son être
naissent déjà
les nouveaux rayons
de lumière
un jour ce sera l’éveil
les sens à l’affût
s’accorderont
à la pulsion
du disponible
et ce jour-là
tout sera possible
Texte inspiré par le tableau La Vie est belle, de Sandrine Jarrosson.
bella terra
pour que la terre soit belle
ajoutez un bout de ciel
sous la nuée bleu-marine
posez un vieil arbre noir
au sol glissez tel un loir
une sorgue serpentine
la ronde accorte montagne
veillera le sable ras
la lune s’endormira
comme une tendre compagne
en joie les fleurs sans répit
entonneront comme un ange
une antienne de louange
pour les êtres assoupis
qui volera vers le ciel
pour que la terre soit belle
Texte inspiré par le tableau La Bella Terra, d’Isabella Ducrot.
brume en mer
quand il ne voit rien
le marin craint les sirènes
ensorcelantes d’Ulysse
ou les monstres marins
Charybde et Scylla
alors il chante fort
clamant à la mer
sans une note amère
non je ne suis pas mort
pour contrer le malheur
les chants de marin
entonnent sans fin
les canons de la peur
Texte inspiré par le tableau Le Chalut dans la brume, d’Hélène Benayoun.
carrés d’infini
je me promenais
sous les couleurs
éclatantes
des ramures
les arbres se voûtaient
pour abriter mes pensées
la journée s’étirait
en petits carrés d’infini
tandis que je foulais
les tapis teints de l’orient
tissés comme le tamis
des souvenirs anciens
Texte inspiré par le tableau Reste avec nous, d’Anne Schuller.
pays rêvé
je voudrais
un ciel en labyrinthe
de petits nuages bleus
une rivière en ruban
au violet presque vert
un pommier malingre
en pieuvre aux longs bras
une pomme parfaite
d’un disque auréolé
une ombre liquide
de trace d’encre
une herbe de lignes jaunes
en tapis de mousse dense
une haie de plantes serrées
le long d’un muret tenace
le tout serait
mon pays idéal
habillé de traits vifs
et je vivrais heureux
vêtu de ces couleurs
Texte inspiré par le tableau Apple Tree, de David Hockney.
les voiles de la nuit
quand les voiles de la nuit
quitteront les quais déserts
pour m’embarquer de force
vers le trou du grand large
avant de partir j’entasserai
dans ma besace les trésors
qui m’ont rajeuni l’esprit
tout au long du chemin
je cueillerai des morceaux
de nature et de tableaux
ayant capté le vrai dans l’invisible
et le souffle dans la création
j’accrocherai quelques notes
l’une derrière l’autre
tourbillon de contrastes
grimpant vers le ciel
de mes rêves j’emporterai
les caresses les baisers
gorgés d’étranges frissons
à la douceur inconnue
de mon chemin les soleils rouges
m’ayant illuminé
des horizons non gagnés
pour m’avoir trop ébloui
je changerai l’un de tes sourires
en un souple trait d’infini
pour que le vent des soupirs
m’effleure sans remords
je volerai un rayon de ton regard
pour que sa lumière m’éclaire
dans ma traversée solitaire
vers la rive du silence
puis je laisserai le temps
voleur transmutant
ravir l’éclat des autres
pour l’exiler dans l’oubli
j’oublierai tout le reste
et dans l’ultime geste
solennel théâtral
de la comédie humaine
je me draperai dans la soie
des silences profonds
pour qu’ils nous délivrent
ton dernier parfum
dix haïkus du vide et du plein
le vent pèse lourd
quand il détruit les maisons
mais quel poids vraiment
l’être plein d’amour
est comme un océan sourd
qui oublie ses bateaux
un long trait de bruine
happe l’horizon nocturne
où donc est ta vie
malgré un seul nom
de la naissance à la mort
on n’est pas le même
entre blanc et gris
combien de moments à part
ou rien n’est figé
ton âme s’agite
elle bat tous les tambours
ta bouche se ferme
plaine du mensonge
où se tait la vérité
la quête est futile
ton souffle s’arrête
à croire que tu meurs
mais tu vis encore
elle souriait
ses longs cheveux ondulaient
que restera-t-il
un pas après l’autre
à croire que tu avances
mais tout marche aussiII. RENCONTRE
écharpe rouge
j’aurais aimé croiser un soir
cette femme et m’emmitoufler
dans l’écharpe rouge niché
comme un angelot dans son berceau
arborant l’étrange visage
au dessin si proche lointain
elle aurait pu pincer ma joue
de ses longs doigts gantés de soie
enivré d’essence divine
et de frôlements chaleureux
j’aurais enfin fermé les yeux
pour le début d’un rêve fou
mais d’un geste d’épaule théâtral
la femme dans sa longue robe noire
se serait échappée comme un héron
qui se déhanche sur ses hauts talons
triste et seul laissant à regret s’enfuir
l’écharpe rouge agitée par le vent
j’aurais alors décelé dans la nuit
comme de larges rayures de sang
Texte inspiré par l’affiche Rouge et noir de René Gruau (1989)
afghane
muette et souriante
ses yeux me parlèrent
ils me dirent
n’aies pas peur tu peux me regarder
et elle souleva légèrement son voile
la main ouverte comme une offrande
je suis la femme et l’argent
je suis la richesse et la pauvreté
je suis le couple et son objet
je suis l’extérieur et le fond de toute chose
aux portes du désert
je suis la jeune mariée
qu’on dit soumise et qui sait son pouvoir
je ne parle pas
mais tous les désirs sont en moi
mon mari est d’accord
pour me montrer
tu peux me mettre sur ta photo
mais pas lui
descendant de guerriers
personne ne peut lui voler son image
j’ai plusieurs kilos sur le dos
il ne s’en rend pas compte
c’est lourd
admire-moi je te prie
tous ces bijoux m’appartiennent
et les broderies
c’est moi qui les ai créées
notre fortune la voici
c’est moi qui la porte
chez nous les maisons ne ferment pas à clé
il ne faut rien y laisser quand on sort
alors on emmène tout sur soi
je suis le coffre-fort et l’apparence
tout à coup elle me supplia
s’il te plaît oublie les bijoux un instant
plonge au fond de moi
tu y verras des choses
que je ne dirai jamais
regarde bien
puis elle s’en alla
quelques pas derrière son homme
sans se retourner
et je restai pétrifié par son silence
Texte inspiré d’une photo d’Anne-Laure Baron-Siou (ALBS)
princesse
c’est drôle elle croit sans doute
qu’elle peut cacher sa magie
derrière sa main
alors que tout en elle flamboie
elle est la grâce et la splendeur
ce n’est pas le hasard
qui crée son éclat
les cheveux épais
se rassemblent savamment
les étoffes explosent
les bracelets s’imposent
qui connaîtra jamais
l’infinité de son esprit
la façon sensuelle qu’elle a
de déployer son corps grand et droit
son port de princesse du Thar
la fait régner sans partage
sur le désert indien
comme un don du ciel
aux êtres sensibles et justes
bénie soit-elle
Texte inspiré d’une photo d’ALBS
le jeune berger
drôles de gens pressés
je les entendais depuis longtemps
ils se sont arrêtés dans un bruit de ferraille
avec leur voiture trafiquée
c’est malin tout le troupeau a fui
pourquoi me regardent-ils comme ça
je pourrais leur dire
étrangers salut
voici ma terre
ses pierres dures et coupantes
voici le fleuve Indus
toujours pressé
qui court après le vent
ici le sol est gris comme la terre
la voûte bleue comme mes yeux
voici les montagnes géantes de mon pays
levez la tête
elles seront toujours plus hautes que vous
pensa-t-t-il en riant
les bêtes sont loin maintenant
il faut que j’aille les chercher
j’ai faim j’ai froid
pour une fois j’aimerais rentrer plus tôt
les étrangers sont remontés
dans leur voiture bruyante
ils agitaient leurs mains
comme pour chasser les mouches
ils me souriaient en partant
comme si on se connaissait
maman
que fais-tu au village
en ce moment
je souffre
aujourd’hui
j’aurais préféré rester là-bas
avec les cousins
prendre la petite sœur dans mes bras
écouter les histoires de grand-père
au lieu d’attendre ici
seul
à nouveau
Texte inspiré d’une photo d’ALBS
fête à pushkar
voici la jeune servante
en rouge et bleu
or des fils brodés
blancheur des perles
sur le corps sombre
gris et jaune des pierres
et du sable boueux
toutes les couleurs
sur une statue souriante
jeux chromatiques violents
de la jeunesse
teintes passées de l’effort
et des contraintes
ce jour-là
lors de la pleine lune de novembre
les hommes viennent se baigner
dans le lac sacré
pour la grande foire aux animaux
des milliers de chevaux et de chameaux
prière et commerce
on bivouaque sur place
les jeunes filles en habits d’apparat
préparent les feux en riant
célébrant ensemble
ce jour de trêve et de joie
Texte inspiré d’une photo d’ALBS
touareg
je marcherai longtemps
pour te rejoindre là-bas
mes pieds seront légers
sur le chemin de la rencontre
je resterai assis
près de toi endormie
puis je repartirai
empli d’une force nouvelle
je dirai au vent du désert
prends soin de mon aimée
je sais qu’elle m’attend
je ne tarderai pas
un jour je viendrai comme un roi
auprès d’elle seul et fier
fouler une dernière fois
le sable et la pierre
Texte inspiré par la sculpture Berbère, de Brigitte de Lanouvelle.
visage
son visage est un paysage
habillé d’ombre et de lumière
les joues et le nez le menton
sont des collines des vallons
jouant des angles et des ronds
mais le regard est en feu
en dedans
l’incendie fait rage
et pour la pose
la bouche si forte
mutique s’est fermée
on sait pourtant
qu’elle aurait pu raconter
tant d’histoires
de tumultes
les folies des rencontres
qu’elle a vécues
mais pour une fois
c’est décidé
Paula se tait
c’est elle
qu’elle regarde
fixement
en silence
rêvant au destin
qu’elle aurait connu
dans un autre monde
sans glamour
ni paillettes
voilà pourquoi
ce matin-là
drapée d’orgueil
et de tristesse
sans sourciller
Paula l’artiste
laisse venir
la larme à l’œil
et subjugué
le public
se tait
Texte inspiré par le dessin Paula (Sweet Charity), de Nina Mae Fowler.
ma compagne
ma compagne
à la grâce dénouée
des heures imparfaites
mon envie d’ombre
où se cacher le jour
dans un bois de senteurs
mon fanal de brume
halo ensorcelant
d’un canal lent et droit
mon horizon magique
mer et vent mêlés
sur les ligne grises
mon eau de source
rivière et cascade
où s’abreuver
ma musique saillante
blanchie de lumière
à l’aube flottante
ma couleur d’outremer
profonde et longue
au sourire salutaire
ma tour du futur cerclée
de grands cyprès
crieurs de vérité tenace
mon infusion de mots
sur un chœur de tambour
et de fanfare enguirlandée
mon rire impérieux de tempête
ma voie de règne ensoleillée
par les feux de l’apnée
mon archange de paix
ma vie
mon éternité
Hommage à Louis Aragon.
Texte mis en musique (piano-violon) par Chantal Hannes.
dialogue de murmures
le bonheur est un cri du vent
surpris un soir d’automne
par une âme songeuse
l’amour un bras de mer
longtemps languide sur le sable
avant de fuir à l’horizon
flèches du contretemps
diamants bruts du présent
lumières de l’inattendu
le bonheur et l’amour
dialogue de murmures
entre êtres apaisés
je veux de l’amour
je veux de l’amour dans les yeux
et des gestes pleins de tendresse
pour que sans larme sans ivresse
on puisse espérer sans les dieux
je veux des dessins qui dansent
au milieu d’ailes et de fusées
où des anges en transe
nous feront rêver
dans la plaine je veux du vent
qui secoue l’orge et le blé graciles
pour que leur odeur de champs
imprègne les murs des villes
dans les frondaisons de la terre
je veux toutes les couleurs du vert
pour que droits vers leurs cimes
nos arbres reprennent racines
je veux la fin des pensées mortifères
l’exil de la nostalgie triste amère
je veux des lendemains de passion
de sourire et de déraison
je veux que la bruine légère
quand elle coulera sur nos visages
nous murmure qu’à tout âge
les pleurs sont nécessaires
quand la nuit redeviendra claire
je veux un trop plein de lumière
pour que l’âme en résilience
renaisse aux limbes du silence
phénix je veux que nos ailes
s’agitent oubliant le passé
pour voler vers le ciel
que nous aurons tracé
je veux mille envies
sur le fil de la vie
où le cœur emballé
ne cesse de cogner
tous les jours
je veux de l’amour
qui batte tambour
pour toujours
premier amour
tu te souviens d’elle
en détail
il y a longtemps
voix
odeur
sa façon de pencher la tête
quand elle te regardait
mais elle n’est qu’espace
voile
fantôme
et pourtant
plus elle est transparente
plus elle est réelle
tu pourrais la toucher
la sentir
elle reste dans un cercle
en ellipse
autour de toi
parfois si proche
que le fil d’un cheveu
pourrait te caresser le visage
parfois si loin
qu’elle semblerait te dire adieu
tu ne vois qu’elle
rien d’autre
aucun souvenir précis
de ces moments
où vous fûtes si près
l’un de l’autre
quand la peau le cœur
respiraient au même rythme
les chauds effluves de la vie
pas de signes
ni de mots
pas de musique
mais ce n’est pas le silence
ni le vide
rien qu’un destin étrange
d’Ophélie
une esquisse d’être
en diagonale sur un mur
il n’y a vraiment qu’elle
pour tourbillonner ainsi
dans sa ronde
tu tends la main
comme un fou
un noyé
un désespéré
mais rien ne vient
ni souffle
ni caresse
elle est partie
comme elle venue
un frisson
une apparition
un regard
et pour ce souvenir
cette trace
jamais ton cœur
n’aura autant battu
comme un tambour silencieux
quand elle penche la tête
c’est surtout quand elle penche la tête
sur le côté
légèrement
qu’il devient fou
troublé par ce déport d’équilibre
dans le mouvement
la silhouette déjà longue
s’étire un peu plus
et son visage se plisse
un point d’interrogation
niché tout au fond
il suffit
qu’elle ait ce geste infime
pour que tout explose
il n’entend ni ne voit
rien d’autre qu’elle
lumineuse
chantante
si tu n’as jamais connu
ce moment de grâce
tu n’as rien vécu
va pleurer sur les quais
personne ne pourra te consoler
on dirait une pouliche
qui se déhanche pour s’endormir
et la neige s’épanouirait autour d’elle
pour la protéger du regard des hérons
on dirait un pont qui s’élance
suspendu dans le vide
et la circulation s’arrêterait pour le regarder
un jour elle était restée
comme cela
si longtemps
à le contempler
qu’il avait cru à un torticolis
elle se demandait simplement
qui il était au fond
comme s’il le savait
il aurait dû dire
le trop plein
la tête qui cogne
au lieu de rester muet
benêt souriant
après cette éternité sans réponse
elle avait soupiré
redressé la tête
et disparu
ses pieds effleurant à peine le sol
fantôme au cœur tendre déçu
il n’avait entendu que ce souffle
à l’affreuse douceur
aujourd’hui encore
il résonne dans sa tête
comme un crissement sourd
tandis qu’il la cherche
désespéré
dans les limbes
de la terre entière
quand je serai bien mort
quand je serai bien mort
je viendrai dans ton sommeil
te chatouiller l’orteil droit
d’un frôlement aérien
telle une plume
sur l’étang de ta maison
plus léger qu’un souffle
je marcherai sans rides
surpris les poissons ouvriront
plus grand la bouche
ectoplasme translucide
je m’effacerai doucement
de ton souvenir étiolé
écho transparent dans le ciel
de ton passé
quand j’aurai bien profité
de mes farces las
assailli de regrets
du fond de là-bas il faudra
que je t’appelle
longtemps tu résisteras
clamant sourcil en épi
pourquoi me déranger ainsi
on ne peut partir et revenir
demeure enfoui
mais je finirai par te manquer
personne pour te faire rire
te pousser dans tous tes éclats
tes heures coulant tristes sans moi
oui tu viendras
âme dans l’âme nous aurons
la mort entière pour l’amour
notre évanescence enserrée
parant d’une joie de velours
l’éternité
ode à l’oubliée
elle est l’épure
qui feutre l’horizon
pour y cacher les secrets
main tendue vers les soupirs
et les coins d’ombre
courbe tranquille et seule
narguant les lignes dures
où paradent
les hallebardes
elle est l’oubliée des livres
des notes et des couleurs
trop occupée à battre
le tambour incessant
de l’horloge
elle est le chemin caché
sur les berges bruyantes
la lumière du soir
drapant de tendresse
toutes les fissures
l’odeur primale
de la caresse
la chaude origine
des mots des baisers
elle est la frondaison
dansant dans le vent
la silhouette effacée
derrière les premiers plans
elle est le murmure poignant
entre les cris
entre les mots
et son chant à elle
est le chant le plus beau
elle est l’avant
elle est l’après
elle est le sel d’aujourd’hui
et notre seul futur
À toutes les femmes que j’aime …
le soleil est entré
ce soir
le soleil s’est glissé
par la fenêtre
comme s’il se pensait
chez lui
déposant une tache
sur le lit
peu à peu
il a poussé sa route
sur le mur
propre le ciel
s’est assombri
bardé d’épaisseurs
éphémères
sans vent
pour les chasser
le chant de l’oiseau
est parti en vrille
on lui a répondu
là-bas
tout est immobile
moi aussi
je n’ose respirer
de peur que s’évanouisse
un instant de miracle
de sérénité
de paix
par surprise
juste avant de mourir
le soleil est entré
dans mon cœur
je veux ton rire
je veux ton rire
claquant comme un fouet
galet rebondissant
sur l’eau des avatars
de nos chemins
je veux des embrassades
à la régalade
tapant fort sur l’épaule
pour ressentir au passage
qui est encore vivant
je veux ton soleil
créateur d’ombre
en lignes de fuite
sur l’horizon courbe
de nos questions
je veux ton sourire
grimpant les montagnes
sautant de pic en pic
pour en bout de course
m’inonder de lumière
je veux nos doigts croisés
paumes pressées
souffle coupé
pour que nos cœurs joints
dessinent des nuages
je veux tout donner
ne rien regretter
pour que sur nos tombes
soit gravé
ils auront aimé
III. MÉTAMORPHOSE
mon testament d’amour
j’aime
le destin hésitant d’une trace de pas sur le trottoir mouillé
la poussée invisible dans les frondaisons
deviner où commencent et se terminent les vagues
les branches hivernales des arbres dont les bras nus poussent des plaintes vers le ciel inquiet
le faîte d’un mur qui dévoile son histoire fatiguée
le chien immobile qui dort comme si rien ne pouvait lui arriver
les artistes libres qui peuvent sauver l’humanité d’elle-même
me perdre dans les couleurs et les plans d’un tableau puis imaginer où pourrait aller le trait du pinceau quand il sort du cadre
les voix rauques surtout chez les femmes
sentir que mon âme est forte quand elle pleure
la possibilité d’un sourire
les mots pas encore été prononcés
les limbes le flou la demi-teinte
l’incertitude le non-dit les arrière-cours
ne pas comprendre la musique et l’aimer quand même idem pour la philosophie
que l’amour soit fruit de hasard et de grâce
l’orgueil qui sauve de la paresse
ne plus croire en Dieu mais lui parler de temps en temps quand ça va mal
le souvenir mensonger de ma jeunesse
m’endormir le plus tard possible j’ai peur de mourir dans mon sommeil
la promesse d’écrire chaque jour jusqu’à ma mort pour dire ce que j’aime
(à suivre…)
la voie de l’invisible
je suis le courant abyssal
portant la mer sur ses épaules
je suis la rosée du matin
avant sa première perle
je suis la racine de l’arbre
qui le pousse vers le ciel
je suis le murmure des feuilles
pénétrant la peau
en perfusion de frisson
mon pollen donne la force
mes parfums enivrent les âmes
unies dans le même souffle
ma tristesse façonne l’esprit
pour le fortifier
mes envies sont des cordes
vibrant à l’unisson
mes ondes un arc-en-ciel
voûtant le chemin
je suis le vent des colères
et de l’amitié
je suis la grande aiguille
de l’horloge humaine
et quand mes désirs construisent
la réalité du silence
ils déposent la buée
au bord du verre
ils font frémir l’air
au rebord de la fenêtre
je suis le destin la peur
la mort
je suis la beauté
née avant toute chose
avant même
la gravité de l’univers
manifeste de la beauté
si tu lèves la tête vers un tableau
qui t’emporte ailleurs
tu oublies soudain où tu es
et longtemps
tu te perds dans sa contemplation
qui aura duré en réalité
une minute ou deux
c’est ainsi que tu réalises
la relativité du temps
si en plongeant dans un poème
ses vers composent une musique
douce et apaisante
c’est que tu passes du temps linéaire
à l’espace multidimensionnel
des émotions
quand tu regardes une mer de nuages
reliant la terre au ciel
tel le voyageur en haut de sa montagne
c’est dans la beauté du paysage
que tu visualises l’infini
de l’espace et du temps
quand le visage la lumière
et les courbes d’un corps
te donnent un coup de poing
c’est que la beauté est entrée
dans ta mémoire
en remontant ton passé jusqu’à l’enfance
comme les madeleines de Proust
voilà ce que la beauté fait à l’homme
s’imposer à lui sans sa volonté
pour qu’il ne consomme plus
qu’il s’oublie face à l’impermanence
voilà ce que la beauté crée
de différent dans l’homme
modifier sa relation à l’autre
en le sortant de la raison et de l’histoire
car elle n’est plus composée
d’objets temporels
mais de liens
la beauté est résonance
la beauté est l’antidote du temps morcelé
la beauté est résolument moderne
neige
voile de mariée
pointilliste
grappe de bulles
virevoltantes
semblables
si différentes
comme une armée
de petits soldats blancs
gérant savamment
l’espace entre eux
inexorables flocons
aimantés
par la gravité
manteau large
d’opacité
jeté sur le paysage
coups de pinceau
délicats ajoutés
sur le ciel trouble
accumulée
en un point
du destin
la neige fait
tomber la feuille
ployer la branche
frissonner l’arbre
le toit se cache
le chemin disparait
plus d’horizon
tout a changé
pour quelques degrés
de moins
un univers est né
la neige n’est pas
que manteau
elle est
baguette de fée
transmutant le paysage
en foulard
de prière muette
neige épaisse
fil d’ariane
reliant la terre et le ciel
l’homme et son destin
l’espace et le temps
voix vers le silence
et l’apaisement
tout se cache
dans l’attente
et ce qui reste apparent
craint
Texte inspiré par le tableau Sainte-Amélie-des-Monts, d’Amélie de Trogoff.
après la pluie
après la pluie
imaginant des pleurs
le souvenir émerge
à la surface
de la conscience
larme perlée
fuyant le réel
il tressaille se met en rond
cherchant l’issue
d’un labyrinthe étoilé
comme un phare de mirador
la lumière implacable
éblouit ta mémoire
la forçant à renaître
diffractée
dans ses prismes éclatés
la voici qui raconte
une nouvelle histoire
à tiroirs
où tu te perds
alors désemparé
ne sachant plus qui tu es
tu frémis
et si l’onde revenait
tu pleurerais
arbre araignée
quand l’arbre viendra en ville
il s’accrochera aux pavés
pour mieux respirer
le poids mécontent du ciel
abaissera ses branches
qui ramperont au sol
comme une araignée
les bras tordus grimaçants
il continuera de grandir
vers les marches des palais
sous l’œil effrayé des passants
mais un jour viendra
où ses branches durcies
devenues glaives vengeurs
renverseront les murs et les portes
tailladeront les sols
transperceront les gens
et la douleur sans fin
ne sera plus chez lui
Texte inspiré par la sculpture Fitzcarraldo, d’Henrique Oliveira.
lézard
si j’étais philosophe
serein sur mon muret
j’égrènerais les strophes
par les ans tempérées
je vivrais reposé
dans les effluves d’herbe
et les fleurs arrangées
en de subtiles gerbes
étendu sur mon lit
de galets et de mousse
les heures sans folie
me rendraient l’âme douce
enfin libre d’envies
ni joyeux ni peiné
je jouirais de ma vie
pour des milliards d’année
Texte inspiré par la sculpture Lézard des murailles, d’Alain Courtaigne.
petits poissons
si les mots jaillissaient
comme l’eau de source
sans savoir d’où ils viennent
ni quel sens ils portent
libres
heureux de sourdre
ivres
résonnants de glouglous
quels riches dialogues
nous aurions
sortant de nos igloos
comme le magicien
un lapin de son chapeau
des mots étincelles
déclencheurs de rires fous
des mots sauteurs d’horizons
de mer en ciel
des mots créateurs
de discours en cascade
fluides sans saccade
ah si bondissants
comme des pur-sang
les mots pouvaient en s’agitant
de soubresauts de hoquets
nous redonner le ciselé
d’une parole immédiate et fière
alors le monde serait une rivière
coulant sur l’infini du rond
et nous ses petits poissons
pilier du monde
minimalisme des lignes romanes
soulignées par la voûte gothique
obscurité de l’église
sublimée par la pierre granitée
lieu de recueillement
et de simplicité
où chercher ses racines
et le sens de vivre
et tout à coup
dans la quête profonde de l’intime
explosion de couleurs
vraies
primaires
joyeuses
projetées avec force
par la lumière naturelle
à travers ces vitraux sidérants
d’un seul tenant
aux formes simples elles aussi
rappelant les lignes du pays
et de l’île lacustre alentour
explosion des sens et des émotions
provoqués par ces couleurs
et ces formes directes
te percutant sans filtre
et pourtant créées parfois
par d’habiles superpositions
voulues par l’artiste
assemblées par le maître verrier
l’art d’aujourd’hui
dans la maison d’hier
quelle vitalité
quelle modernité
rendues possibles
par l’alliance historique
de spiritualités authentiques
dix siècles après
renouant avec l’art
l’église romane
redevient ce qu’elle était
un pilier du monde
Texte de Luc Fayard inspiré par les vitraux de Geneviève Fourgnaud, à l’église de Viam (France).
mythe
la mélancolie de l’enfance
ressemble au mythe du paradis
on s’imagine avoir vécu
l’innocence absolue
alors qu’on n’est que jouet
griffé par le hasard
bateau de papier
secoué par la brise du lac
cerf-volant échappé de son fil
l’inconscience angélique
suffisait à transcender
le silence en sourire
la caresse en comptine
l’infini velours de la peau
nous tenait lieu de cocon
son odeur tiède nous abritait
des miasmes du dehors
quand avec le temps
qui martèle et rouvre
les cicatrices cachées
on entrevoit l’imaginaire
de ce bonheur flou
c’est un tremblement
l’odieuse découverte
nous creuse l’intérieur
alors on ne sait plus
quelle fut vraiment
l’enfance vécue
perdant l’équilibre
on marche en crabe ahuri
de la difficulté d’être adulte
et dans les mensonges
du souvenir enfoui
on ne garde en soi
qu’un seul poids
l’absence hurlante de réponse
à la question cruciale de l’existence
quelle était la réalité de l’amour
lexique
le temps est à l’œuvre dans les cœurs
les jours du monde éclairent
les mots du ciel
la lumière de tes yeux
crée du vent dans la nuit
l’amour est un rêve un mystère
où les mains de la terre
attrapent des couleurs de mélancolie
le sourire dessine un soleil
dans les nuages
et des ombres dans le paysage
de la beauté
les chemins des oiseaux
comme ceux des enfants
révèlent entre les arbres longs
le silence du souffle
rempli de sens et de musique
le souvenir du corps
un soir où se forme la pluie
oublie le sable
où l’on respirait le bruit du bonheur
sans pensée et sans peur
la lune est triste
où est la joie de la nature
où sont ses secrets
ses pleurs recouvrent les portes
de la peau qui frémit d’envie
la joue rougit à l’horizon
la pierre de brume ouvre un désir d’espace
dans le rythme du chant
le vide résonnera sur les murs
et l’herbe cherchera son destin
dans l’univers infini
il faut hisser la voile
lancer les notes du savoir
croiser les doigts
donner de la voix pour exister
comme des fleurs d’éternité
il faut rire
la voie de la vérité est en marche
les gestes du marin sur la plage
peuplent un désert de cris
où l’esprit cherche sa place
l’invisible maison au calme
enferme dans l’attente sa peine
et ses objets pleins de poésies
le visage du présent est une tombe
dans la grâce de l‘instant de poussière
il faut regarder l’océan illustre
la montagne lourde de sentiments
et sa vie de nostalgie rose sang
il faut partir
avec la force du bateau
imaginer ses pieds sur la route
des soupirs et des vagues
que rien n’arrête
pas même le futur
il faut parler
des sons et des faces de l’automne
qui viendra sans histoire
dans tes cheveux comme une larme
et tu cherches
une heure au hasard de l’horloge
une âme fière dans le manteau de ta mère
une ronde sombre dans l’écume
la chaleur d’une folie sans odeur
la douceur du bleu
dans les grains de l’harmonie
et l’espoir dans les feuilles
et les frondaisons
où se cachent les étoiles perdues
Texte écrit avec les 150 mots les plus utilisés dans les poèmes publiés par le site Amavero, par ordre décroissant de fréquence (en gras dans le texte). Sur le site web amavero.fr, chaque mot est doté d’un lien hypertexte, qui renvoie à toutes ses utilisations dans Amavero.
écrin de rivière
je te vois
bijou de nacre
écrin de rivière
où tu brillerais
de mille éclats
tu serais tout
l’eau la rive
la barque et le pont
l’aval et l’amont
sur l’eau tu serais
ces rides décoiffées
par le vent fripon
qui polissent en passant
les galets ronds
trébuchant
sur le fond
tu serais
cette eau rieuse
à boire
goulûment
onde rafraichissante
où désaltéré
je pourrais enfin
plonger longuement
en apnée
tu es
tu es la tortue
qui porte sur le dos
une caverne noire
d’angoisses et de préjugés
le panneau rond
qui trône aux carrefours
pour afficher stop
au lieu de dire go
l’herbe molle
courbée par la bise
sans soupçonner
qu’elle va mourir
la limace collée
à la poussière
par l’inaction
qui rêve de voler
la statue de bronze
immortelle
et admirée
qui voudrait se gratter le nez
le poisson bleu
nageur béat
au milieu des requins
qui ne connait pas le ciel
le vent invisible
et prégnant
qui ne se perçoit
que lorsqu’il fait mal
tu es l’imparfait
de l’impuissance
la plate inanité
du désir inassouvi
tu es l’humanité
IV. TENSION
achéron
émoussée la lame de l’esprit
ne tranche plus assez
le feu sans étincelles
ne produit que paillettes
caparaçonné mon cœur
ne laisse rien éclore
de son passé enseveli
chaudron en fonte
prêt à imploser
le temps me pèse
mais se contente de fuir
lâchant de misérables pschitt
par bonheur surgissent les rêves
trafiquants d’espace et d’horloge
dans cet univers quantique
du songe nocturne
où tout se mélange
on peut vivre en même temps
ici et là-bas
être soi et un autre
et entamer tous les deux
des disputes sans fin
voler très haut
tomber très bas
courir nu dans la rue
sans étonner personne
pourchassé par un meurtrier
dont le coup de poignard fatal
vous réveille
et puis toujours
dire des choses bizarres
aimer doucement
soupirer peut-être
mais pas plus
surtout pas
je ne ris jamais dans mes veilles
craignant le rire du sommeil
comme un ultime son
traversant l’achéron
je me souviens
je me souviens
j’étais un crabe triste
glissant d’une algue à l’autre
quand le soir aux piaillements crispants
des grands goélands
j’allais me terrer dans mon antre
je me souviens
j’étais une araignée maigre
accrochée à sa filandre
volant de branche en branche
et dans le matin éblouissant
je me blottissais en pleurant
je me souviens
vivre prenait mille teintes
sans frontière entre noir et blanc
c’était avant l’arrivée de la couleur
mais personne n’en avait besoin
les enfants le savent bien
je me souviens
d’épaules basses de visages longs
qui disaient ce n’est pas grave
il faut juste un peu
de poussière et d’encre
pour pleurer
je me souviens
quand tout a changé
l’horizon frondeur
a voulu se teindre en bleu
ce fut la bataille de la terre et du feu
et le ciel a fini par gagner
je me souviens
quand la tristesse fut vaincue
par le sourire impérial
dans les chemins moins escarpés
aux pierres moins glissantes
les grains de sable se sont mis à jouer
je me souviens de ton premier rire
prison
tout est flou
glauque
dans l’ombre
hagarde
grise et molle
des immeubles
et des arbres
on a beau
écarquiller
les yeux
rien d’autre
à voir
au-dessus
des prisons
qu’un ciel kaki
aucun espoir
toute une vie
pour toujours
enfermée
dans un rectangle
Texte inspiré par le tableau Yellow Square, de Brice Marden.
j’ai perdu la voix
j’ai perdu la voix
mais je sais où je vais
aux confins des mondes
entre le ciel et l’océan
les mots sans éclats
se posent sur moi
dessinant un étroit chemin
de silence et d’obscurité
une guirlande de mots
enchaînés tristes et beaux
où rien ne sera comme avant
dans cette litanie muette
mais la voix est là prégnante
pour me donner enfin
les yeux plus ouverts
malgré les lèvres closes
inutiles mains
quatre milliards d’années
à construire la planète
quelques décennies
pour la détruire
il est trop tard
les mains ont beau
surgir de l’eau
magnifiques
pour crier au secours
et tenter de soutenir
les murs branlants
de notre aveuglement
il est trop tard
rentrez sous l’eau
membres de l’espoir inutile
enfouissez-vous
laissez crouler le monde
devenu fou
Venise aussi mourra
campagnes et villes
se noieront
dans les vagues déchaînées
ne laissant plus dans l’eau
que de petits ronds
s’amenuisant
et nous pleurerons
Texte inspiré par la sculpture « Support » de Lorenzo Quinn, à Venise (2017).
poupée à roulettes
une poupée en céramique
et à roulettes
cela n’existe pas
et pourtant me voilà
arrogante et mystérieuse
si fragile
qu’on me suspend au mur
les enfants ont juste le droit
de me contempler
et de me haïr
puisque pas touche
alors regardez-moi
comme un totem
je suis le signe
de la précarité
j’ai le cœur serré
les mains moites
doigts collés par la peur
un jour en claquant
une fenêtre s’ouvrira
le vent entrera
en tourbillonnant
et je tomberai par terre
explosant
en mille morceaux
prenant pitié de moi
une petite fille attendrie
agenouillée sur les débris
tentera de me recoller
mission impossible
je finirai à la poubelle
et le clou sur le mur rouillera
pleurez braves gens
la poupée à roulettes est morte
la légèreté aussi
Texte inspiré par la sculpture Talisman, de Christina Bothwell.
rien à dire
je n’ai plus rien à dire
non que j’aie tout dit
loin de là
simplement
je n’ai plus envie
de rien
juste me taire
les autres aussi
que l’on fasse silence
longtemps
telle une armée
de statues de pierre
baissant la face
après avoir baissé la garde
dans ce paysage figé
on entendra du dedans
l’âme se diluer
ruisseau qui se déchire
sur les galets fatigués
tempête qui mitraille
les affiches des murs
vent grincheux
ébouriffant la tête
des passants
plus de bouches rondes
ni d’expressions creuses
grimaces de blessures
plus de cris poussés
ni de mimes joués
juste un silence total
brouillard mité
nappant l’existence
d’un voile de plomb
et c’est ainsi
tristes poltrons
que nous vivrons
tête baissée
plein de regrets
de voir s’enfuir
les jours heureux
sans avoir su
les retenir
seul
je sais que je suis seul
des hectares à la ronde
au milieu des arbres
et de leurs habitants
j’entends clapoter l’eau
et bruire le vent rond
je sais que je suis seul
sous les nuages têtus
qui modifient à tout moment
la couleur du ciel
la lumière de la terre
et parce que je suis seul
le miracle s’accomplira
l’univers s’enfouira en moi
je résonnerai de frémissements
mon souffle sera le vent
qui sifflera le chant des ramiers
et de la plante des pieds
au dernier cheveu du crâne
mon corps deviendra
l’arbre enraciné
la tête dans le ciel
quand tout sera consommé
je hurlerai
loup solitaire
du haut de son mirador
hélas mon âme imparfaite
n’a pu se joindre à l’harmonie
je suis resté étranger
à la symphonie
pantomime ajoutée
à l’infini des choses
il y avait un spectacle
je n’ai rien vu
il y avait une musique
je n’ai rien entendu
la nature n’a pas voulu de moi
sud
rempart de la moustiquaire vitres ouvrant le chœur soudain le chant des cigales s’éteint pleine lune sa lumière efface les étoiles attente mystère absence creusée par la disparition progressive des gutturales répétition silence la maison se referme sur elle accordéon du poumon balancelle des sentiments dehors le chaudron empêche de respirer dehors on vit toujours on avance forçats fouettés au sang on songe au bateau si loin du temps et de la terre là-bas sur les infinis où le regard se perd retour réalité ici bloqué par les gris marrons verts propices à la méditation chênes verts et chênes blancs violemment entrelacés terrasse soleil terrasse frondaison et l’eau qui chuinte berceuse enrayée souvenirs murmures les murets du passé rappellent les vieux tabliers folie animale les geckos dormeurs sursautent d’un bond de crise cardiaque terre carapace rouge et dure où les doigts saignent secret transmission pour que l’âme chante quand même les volutes de l’air
Hommage à Tristan Tzara et Jean Arp.
azur et or
le bruit dehors
chemins obscurs
d’azur et or
je n’en ai cure
d’abord se taire
sentir en moi
ce qui se terre
à tout émoi
l’âme portée
par le désir
j’espèrerai
pouvoir écrire
l’exaltation
du cœur dédié
aux vibrations
du monde entier
un goût de paix
le soir venu
dans le drapé
des sens à nu
et oublier
les anciens jours
pour tout rayer
hormis l’amour
quartz blanc
je parle encore
personne n’entend
parole sans liesse
comme le vent
murmure indistinct
magma lointain
sur la foule qui se presse
et m’ignore
quand les remous
le secouent corps et âme
personne pour partager
la fièvre du marin qui rame
dans une barque ébranlée
par les vagues houleuses
de la solitude
faudra-t-il que je hurle
ma douleur d’être
pour que ma voix parvienne
sans filtre
au cœur sensible et doux
le pénètre
et que l’élu se penche vers moi
ému de mon émoi
si jamais j’entendais
une voix comme la mienne
quel baume elle poserait
sur les plaies du silence
il y aurait tant à dire
pour toucher de près
les êtres qui doutent
les chercheurs de pureté
si l’on m’écoutait
je parlerais sans fin
de la beauté des choses
dans la lumière du soir
qui les agrandit
je raconterais les méfaits
du serpent du souvenir
et le bienfait d’un sourire inattendu
je dirais tous les espoirs
reliés les uns aux autres
comme une ligne d’horizon
entre vert et bleu
avant de me taire
je dirais l’amour
caillou de quartz blanc
niché dans le sable
enfin découvert
le jour de grand flux
V. GRAVITÉ
présence de l’absence
l’imagination crée le réel
les chimères n’existeraient pas
sans la vie tordue à son gré
créées par la poussière et le vent
les paroles tourbillonnent
comme des feuilles mortes
emprisonnées dans une tornade
caresse oubliée
main enfuie
baiser trop léger
regard esquivé
nos rapports à l’autre
se sont noyés
dans le faux-semblant
des frôlements avortés
et c’est ainsi
que les heures se passeront
d’abord à imaginer
les actes inachevés
puis à les oublier
et quand pour toi
sonnera le glas
de tous les sens
le regret sera là
immortelle prégnance
portant à lui seul
la présence de l’absence
ligne noire d’horizon
rejouant ma vie en spectateur indolent
survolant la mêlée sur un nuage blanc
je rejoindrai la ligne noire d’horizon
et de mon vieux ballon
exposé aux vents contraires
de la destinée et du hasard
je verrai les gens que j’aime
se déchirer sur terre
du haut d’un ciel bousculé
par le temps raccourci
j’enverrai ma déclaration
en quelques éclats de mots
comme un bouquet d’étoiles
une tombée de pétales
nous sommes des morceaux d’âme
galets de basalte mal taillés
roulés par le torrent des rencontres
molécules entrechoquées de sentiments
poussières de sable siphonné
sans raison ni colonne vertébrale
souffrant de l’insignifiance
de notre incomplétude
où le corps est sombre
et les mots trop légers
il nous reste une certitude
c’est la veine de l’amour
qui donne à nos ombres
la chaleur qui nous répare
et nous fortifie
comme le sillon d’or
d’une faïence kintsugi
puis le tonnerre grondera
et dans la blanche éternité
le vent fugace dissoudra
la nue des sons effilochés
silence et nuit
silence et nuit
soudés entrelacés
la gorge enrouée
tout a été dit
pensées avant la parole
balayées d’un vent tiède
qui sillonne et passe
sans laisser de traces
ni de souvenirs
la brume sourde
pourrait s’inviter
dans les sentiers cachés
l’averse éparse
zébrer l’air
en diagonale
elles ne changeraient rien
avancer le long du chemin
sans chercher à savoir
écouter les craquements
des frondaisons branlantes
les pas crisseront
sur les feuilles sèches
provoquant le sursaut
des habitants de la forêt
qui finiront par s’endormir
quand le point de l’aurore
aura gommé les songes
éblouis de lumière
sève
quand la forêt perd ses couleurs
elle en prend d’autres
et s’endort en apparence
pour se réveiller
forte et rajeunie
les odeurs vont changer
l’épicé deviendra feutré
la mousse exhalera son humidité
marcheur nos pensées
ne seront pas les mêmes
elles suivent le même cycle
sans se rétrécir
au contraire
comme la sève l’hiver
elles s’épanouissent
aux couleurs de chaque saison
et nous fortifient
sortilège
quelques instants seulement
le temps se souviendra de nous
le vent de notre odeur
le soleil de notre peau
et l’océan de nos cris
puis lassées
des miasmes embrumés
de nos destins opaques
insensiblement
nos traces fatiguées
s’évanouiront
dans l’obscurité
qui saura dire alors
dans ce désert advenu
ce qui nous a fait rire
ou pleurer
qui saura raconter
les trébuchements
les vagues les passions
qui saura dénicher la joie
au creux des chemins égarée
avec le vent
balayant le souvenir
comme du sable
avec le soleil
brûlant le paysage
jusqu’à la cendre
le monde sera propre et nu
même les taches disparaîtront
et quand tout se taira
sur nos lignes de vie
enfin évanescentes
un dernier sortilège
effacera nos pas
afin que nul ne sache
qui nous avons aimé
Sélectionné par la revue Poésie Première n°93, décembre 2025.
nostalgie
quand les voix aimées se seront tues
elles ne laisseront de leur bruit
que le souvenir aigu
des brèches de la vie
plus jamais les rêves de la nuit
ne hanteront les habits de l’enfance
ni les jours enfuis
les rives de l’absence
à quoi bon pleurer
ou tourner en rond
les bons moments passés
jamais ne reviendront
c’est ainsi que naît la tristesse
progressive invasion
au voile épais
et ruisselant
on ne meurt pas de nostalgie
avec elle on vit tous les jours
elle te suit comme un chien
fidèle jusqu’à la tombe
sournois le regret s’insinue
entre les souvenirs prégnants
des regards rompus
des rencontres inabouties
la nostalgie te dira tu n’as pas vécu
comme tu l’aurais voulu
tant pis tu vas te nourrir de joie
de manques et avancer
chaque émotion produit une graine
chaque sourire un bout d’oxygène
en construisant le labyrinthe
d’un destin à nul autre pareil
pour imaginer à la fin
une fusion possible
tu devras bien pourtant
assembler les pièces du puzzle
et si certaines éparses
ne trouvent pas leur place
dans ton récit peint
entre vide et plein
tant pis pour toi
c’est ainsi que tu vivras
l’humanité de la folie
entre désir et nostalgie
la lune pleure
je n’irai pas décrocher la lune
je la laisse où elle est
pour que durent mes rêves
les soirs de grise mine
quand je lève la tête
et m’imagine
un monde moins dur
aux vallons enserrés
bleutée au loin
dans mes heures d’insomnie
la lune m’envoie de son coin
des petits mots attendris
depuis des siècles
ni astre ni matière
elle n’est que prières
supplications espoirs
larmes et joies
sphère aspirant les émotions
qui montent vers elle
surtout
ne pas la prendre
dans ses bras
qu’elle reste là-haut
bien au chaud
à nous regarder
la tête penchée
quel plaisir alors
de suivre sa courbe
dans le ciel rose
pour que lentement
les heures durant
respirant autre chose
que le fardeau de l’âge
mon âme légère
monte vers elle
comme une feuille d’or
libre de gravité
vous ne le saviez pas
la lune parfois
verse une larme
qui ne se voit pas
car elle se cache
au fond des nuages
aujourd’hui la lune est triste
elle chante lasse
pour que les êtres tendres
discernent son sélène soupir
elle dit
pauvres humains
je vous aimais bien
mais vous avez cassé
vos jouets de bébés gâtés
rien ne sera plus comme avant
aujourd’hui je ne peux retenir
ni les vents de l’enfer ni les raz de marée
vous mourrez par l’eau et le feu
que vous n’avez pas su contenir
bientôt
la lune c’est affreux
nous dira adieu
couchée pour de bon
loin du regard des hommes
implosant de mille cratères
aplatie en serpillère
alors sur la terre
de moins en moins ronde
les mers en furie
pourront lâcher
leurs vagues titanesques
les vents leurs arabesques
siphons libérant les tsunamis
de l’apocalypse
regardez bien
la lune pleure
en son recoin
sur le malheur
épicentre
à l’épicentre de la vie
l’émotion
elle est rencontre absorption
fusion sensation
née dans le mouvement caressant
des contraires
le jour se transforme en nuit
le soleil en pluie
le rire en soupir
le ciel rejoint la mer
le bleu devient un vert
le souvenir une question
la main tendue une inflexion
le temps n’est que parcelles
tout est vivant qui se transforme
la femme est dans l’homme
l’enfant dans l’adulte
la fleur dans le soleil
pour se comprendre mieux
il faut lire dans les marges
où la nervure tremble
dévoiler la vérité
en plissant les yeux
courber la ligne de l’âme
pour qu’elle accepte l’autre
et ses frissons
et jusqu’au bout
rester à l’écoute
de son horloge
avant qu’elle ne sonne
la fin du vivant
quand la nuit restera nuit
et le silence silence
Liens vers le site amavero.fr pour la mise en page des poèmes inspirés par une œuvre d’artiste
marcher
Sigrid M
https://amavero.fr/marcher/
voie étroite
Robert et Shana ParkeHarrison
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promenade
Claude Monet
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éveil
Sandrine Jarrosson
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bella terra
Isabella Ducrot
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brume en mer
Hélène Benayoun
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carrés d’infini
Anne Schuller
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pays rêvé
David Hockney et IA
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écharpe rouge
René Gruau
https://amavero.fr/echarpe-rouge/
touareg
Brigitte de Lanouvelle
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visage
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neige –
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lézard
Alain Courtaigne
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prison
Brice Marden
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inutiles mains
Lorenzo Quinn
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poupée à roulettes
Christina Bothwell
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sève
Florence Tedeschi
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Remerciements
Merci à ma famille et à mes amis qui, me voyant errer depuis si longtemps sur un chemin étroit, m’ont toujours encouragé à persévérer, on se demande bien pourquoi. Peut-être partagent-ils mon credo : l’art et la poésie sauveront le monde, malgré lui.
Version papier :
Imprimé en France
Achevé d’imprimer : avril 2026
ISBN ebook : 9791042482596
