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Faut-il connaître l’histoire de Paul Celan, pour « mieux » le lire?
J’ai commencé à feuilleter « Choix de poèmes » de Paul Celan (nrf, Poésie/Gallimard) sans bien connaître son histoire. Je savais simplement que, d’origine juive roumaine, il était un des plus célèbres poètes de langue allemande du 20e siècle. Ses textes m’éblouissent en première lecture, je les trouve d’une force et d’une originalité peu communes. Plus je le lis, plus il m’éblouit. Puis quelques vers commencent à m’intriguer et c’est là que je me penche sur son histoire qui traverse la Shoah et finit par un suicide à Paris. Maintenant, je ne le lirai plus jamais de la même façon. Je ne dis pas que c’est dommage car on ne peut ignorer la vie d’un auteur quand elle pèse d’un tel poids. Mais j’aurais aimé pouvoir garder un peu plus longtemps ma lecture naïve qui ne voyait que de beaux poèmes d’amour et de nature. Lire par exemple « Anabase« .
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Ils ont karchérisé le mammouth !
Connaissez-vous l’histoire de la découverte en 1990 des peintures pariétales de la Grotte d’Arcy-sur Cure, datées de 30 000 ans ? Elle est croquignolesque.

Mammouth de la Grotte d’Arcy-sur-Cure – source : https://www.grottes-arcy.net/la-grande-grotte/ Marie la guide est adorable. Quand elle ne sait pas, elle dit : « Je demanderai à mon papa ». Elle cite des mots compliqués de la géologie paléolithique mais sursaute quand on lui parle des « alluvions »… Elle veut nous faire chanter dans sa grotte d’Arcy-sur-Cure, propriété des châtelains du coin, parce qu’ils donnent des concerts ici et elle veut nous démontrer comme la grotte sonne bien. Au bout d’une heure de ballade entre stalactites et stalagmites (la grotte fait des kilomètres de long, heureusement elle est à 14°, çà fait du bien par cette canicule), on arrive enfin aux peintures . Et là, on réalise avec effroi qu’elles sont dans le coin là-bas, loin derrière la barrière de protection et sur un plafond à 50 cm de hauteur : pour bien les visualiser, il va falloir se mettre à quatre pattes et se tordre le cou. Il aurait fallu prévenir, quand même, que la visite était réservée aux non-arthritiques! Alors, une fois déhanchés, pour ceux qui y arrivent, apparaissent à nos yeux épatés mammouths, ours, rhinocéros laineux, mégacéros (ancêtre du cerf) et autres vielles bestioles. Et même un poisson (très rare parait-il dans l’art pariétal) Alors, on reste coi, saisi de la solennité du moment : se retrouver sans crier gare face à 30 000 ans d’histoire, on a beau dire, ça ne rajeunit pas.
Mais, ensuite, revenu à la maison, curieux comme toujours, on cherche, on fouille et on découvre avec stupéfaction comment ces peintures ont été mises à jour.
Nous sommes en 1990. Les parois de la grotte sont dégradées, recouvertes après 100 ans de visites par la suie des bougies, le calcite et autres résidus modernes. Les visiteurs se plaignent de plus en plus de ne voir que des murs marron sale. Alors les châtelains, irrités de cette fièvre plébéienne, n’y vont pas par quatre chemins : au karcher ! Et, miracle, tout devint blanc comme la fleur de Lys. Quand 80% de la surface fut nettoyée, on remarqua des trainées ocres. Aussitôt, les habitants se firent des signes de croix superstitieux : la grotte saignait ! Une préhistorienne qui passait par là souligna alors doctement qu’il n’y avait pas d’ocre naturel dans la région ; par conséquent, ces trainées provenaient probablement de peintures anciennes sur les parois de la grotte.
Et c’est ainsi que furent découverts les dessins de mammouths et autres animaux de la grotte, ainsi que des mains d’enfant plaquées contre la paroi.
Sans karcher, on ne les aurait jamais vus. Mais avec moins de pression, on en aurait vu beaucoup plus.
Moralité : si tu veux voir plusieurs mammouths, ne mets pas le karcher.
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Galerie PARIS NOIR (dernière expo de Beaubourg avant travaux)
Le Centre Pompidou de Paris ferme ses portes pour 5 ans, pour cause de rénovation. Il transfère certaines de ses collections ici et là (jeu de piste garanti pour les retrouver !). Il fallait donc voir l’une de ses dernières expos pour revoir ou découvrir les artistes africains, afro-américains et caribéens passés par Paris. Des noms connus comme Beaufort Delauney et Romare Bearden, d’autres moins. Une pépite.
Pas de critique d’expo ici, ce n’est pas le style de la maison. Juste une sélection de quelques œuvres qui ont retenu notre attention, présentées dans la galerie ci-dessous. Si vous cliquez sur l’une des œuvres, vous passez en mode diaporama (c’est tout matique, c’est pas nous)

Afi Nayo – Le Défilé (1990) – technique mixte sur bois 
Alain Salevor – Archaïsme et modernité, situation III (1990) 
Dorris Haron Kasco – Un « fou » d’Abidjan (1994) – photographie 
Frantz Absalon- Sans titre (1989-1992) – sculpture 
Ernest Breleur – Sans titre (Série Fwomajé) (1988) 
José Castillo – Les Cimarrones (Ls Marrons) (1994) 
Nathalie Leroy-Fiévée – An fondok, les Origines des Ascendants (1996-2025) 
Raymond Saunders – In Love with Nicole (1994) 
Valérie John – Secrets… Rêves de pays… Fabrique à mémoire(s)… Palimpseste… (19998-2025) 
Bob Thompson – The Struggle (1963) 
Wifredo Lam (Wifredo Oscar de la Concepcion Lam y Castilla, dit) – Umbral (Seuil) (1982) 
Vincente Pimentel – Mémoire du ciel (1990) 
Wilson Tiberio – Scène de la fête du vaudou au Dahomey (1960) 
Luce Turnier – Composition (1970) 
Paul Keene – The Cliff Dwellers (1950)

















