Ils ont karchérisé le mammouth !

Connaissez-vous l’histoire de la découverte en 1990 des peintures pariétales de la Grotte d’Arcy-sur Cure, datées de 30 000 ans ? Elle est croquignolesque.

Close-up of ancient cave painting depicting a red ochre drawing of an animal, possibly a horse, on stone.
Mammouth de la Grotte d’Arcy-sur-Cure – source : https://www.grottes-arcy.net/la-grande-grotte/

Marie la guide est adorable. Quand elle ne sait pas, elle dit : « Je demanderai à mon papa ». Elle cite des mots compliqués de la géologie paléolithique mais sursaute quand on lui parle des « alluvions »… Elle veut nous faire chanter dans sa grotte d’Arcy-sur-Cure, propriété des châtelains du coin, parce qu’ils donnent des concerts ici et elle veut nous démontrer comme la grotte sonne bien. Au bout d’une heure de ballade entre stalactites et stalagmites (la grotte fait des kilomètres de long, heureusement elle est à 14°, çà fait du bien par cette canicule), on arrive enfin aux peintures . Et là, on réalise avec effroi qu’elles sont dans le coin là-bas, loin derrière la barrière de protection et sur un plafond à 50 cm de hauteur : pour bien les visualiser, il va falloir se mettre à quatre pattes et se tordre le cou. Il aurait fallu prévenir, quand même, que la visite était réservée aux non-arthritiques! Alors, une fois déhanchés, pour ceux qui y arrivent, apparaissent à nos yeux épatés mammouths, ours, rhinocéros laineux, mégacéros (ancêtre du cerf) et autres vielles bestioles. Et même un poisson (très rare parait-il dans l’art pariétal) Alors, on reste coi, saisi de la solennité du moment : se retrouver sans crier gare face à 30 000 ans d’histoire, on a beau dire, ça ne rajeunit pas.
Mais, ensuite, revenu à la maison, curieux comme toujours, on cherche, on fouille et on découvre avec stupéfaction comment ces peintures ont été mises à jour.
Nous sommes en 1990. Les parois de la grotte sont dégradées, recouvertes après 100 ans de visites par la suie des bougies, le calcite et autres résidus modernes. Les visiteurs se plaignent de plus en plus de ne voir que des murs marron sale. Alors les châtelains, irrités de cette fièvre plébéienne, n’y vont pas par quatre chemins : au karcher ! Et, miracle, tout devint blanc comme la fleur de Lys. Quand 80% de la surface fut nettoyée, on remarqua des trainées ocres. Aussitôt, les habitants se firent des signes de croix superstitieux : la grotte saignait ! Une préhistorienne qui passait par là souligna alors doctement qu’il n’y avait pas d’ocre naturel dans la région ; par conséquent, ces trainées provenaient probablement de peintures anciennes sur les parois de la grotte.
Et c’est ainsi que furent découverts les dessins de mammouths et autres animaux de la grotte, ainsi que des mains d’enfant plaquées contre la paroi.
Sans karcher, on ne les aurait jamais vus. Mais avec moins de pression, on en aurait vu beaucoup plus.
Moralité : si tu veux voir plusieurs mammouths, ne mets pas le karcher.