Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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publiés dans Amavero
Citation Amavero du jour
La jeunesse est une maladie mentale dont on guérit quelque fois avec l’âge


  • genou dans la nuit

    extérieur nuit
    ambiance plage tropicale
    d’abord le son roque des rouleaux
    grondement qui enfle et qui dure
    premier plan
    un genou de femme
    sans doute allongée les jambes repliées
    deuxième plan
    l’écume de vagues longues
    qui s’enroulent se déroulent
    incidemment au bord de l’eau
    de petits crabes blancs courent comme des fusées
    après un départ catapulte
    arrière-plan
    les lumières d’un rocher un hôtel peut-être
    et le roulement revient occupe toute la scène
    on ne voit plus que ce genou sur fond d’écume
    ce genou chair devant la vague laiteuse
    ce bout de statue face aux allers-retours de la mer
    la vie immobile et qui finira
    face à la vie qui bougera toujours


  • j’existe encore (rien à dire)

    rien à dire
    le ciel est sale
    les regards fuient
    le bruit partout
    un jour d’hiver
    sans pluie
    sans pli
    sempiternel
    marcher
    respirer
    je la croise
    un sourire
    non
    tant pis
    m’en fous
    j’existe encore


  • pluie des tropiques

    ce qui tombe du ciel 
    n’est pas un crachin breton 
    c’est une infamie 
    de l’eau lourde et méchante 
    la goutte épaisse et bien grasse 
    sans chichis 

    cette pluie ne s’insinue pas elle frappe 
    elle veut tout tremper 
    les petits et les gros 
    le cou le genou les endroits sensibles 
    sur la peau et sur la terre 
    des doigts de pieds jusqu’aux cimes des arbres 
    rien ne lui résistera 

    ce n’est pas un rideau cette pluie 
    c’est une grille une prison un marteau 
    quand elle vous vient dessus 
    comme ça 
    sans prévenir 
    vous n’êtes plus qu’une mare 
    une dégoulinade 
    rien ne sert de résister 
    c’est foutu 

    et puis au moment où vous allez hurler 
    sur cette averse ennemie 
    pluie brutale des ténèbres sans vent 
    violeuse d’espaces et de temps 
    hop elle est partie 
    aussi légère qu’une plume
    la garce 

    et vous restez là comme un sourd 
    les bras ballants le souffle court 
    l’œil humide sans aucune arme 
    baptisé pour l’éternité 
    enchainé à un sol en loque 
    tandis que la dernière larme 
    quittant votre sourcil dressé 
    tombe sur le sol mouillé floc


  • Toscane (Lucien) : Noyé dans ses larmes

    Elle l’avait quitté. Submergé par son chagrin d’amour, il décida d’en finir. Allongé tout nu dans la baignoire, il pleura longtemps et mécaniquement. Les larmes jaillissaient en cascade, glissaient sur ses joues rouges comme des fourmis translucides. Il tenait la tête légèrement penchée pour qu’elles tombent plus vite au fond. Il y eut une flaque, qui devint grosse. L’eau monta. Elle couvrit ses orteils, s’insinua entre ses cuisses, dépassa ses genoux. Il pleurait encore et encore, versant des litres de regrets.
    L’eau montait toujours.

    Lorsqu’il fut entièrement recouvert, il s’apprêta à plonger.
    Hélas, après s’être vidé de toutes ses larmes, son corps ne pesait plus rien : il flottait désespérément sur l’eau, comme un corps mort de bateau. Vingt fois, il essaya de rester au fond, à chaque fois il remontait sans avoir eu le temps d’avaler la moindre gorgée. Au bout d’un moment, le jeu l’amusa et il se mit à rire, à rire, à rire, en ouvrant grand la bouche. L’eau lui envahit la gorge par surprise et l’étouffa. Il mourut dans un dernier hoquet avec un drôle de rictus.


  • désert marocain

    cailloux noirs tranchants 
    posés comme des sacrifices 
    sur cette terre secrète 
    chaude et grise 
    parsemée d’arbrisseaux vert brun 
    efflanqués et piquants 
    nourris du soleil infernal du désert
    autour des cirques longs 
    tout en haut 
    des montagnes de blocs et de poussière 
    te surveillent 
    et toi tu marches 
    sur la piste des chameaux 
    la tête vide et pleine 
    le corps fier et fatigué 
    et ton âme 
    un court instant 
    rêve d’éternité


Art et Poésie : dernières publications

  • Guy Tirolien : Gouaches (1961)

    Guy Tirolien : Gouaches (1961)

  • Rainer-Maria Rilke : Tu es l’avenir

    Du bist die Zukunft, großes Morgenrot
    über den Ebenen der Ewigkeit.
    Du bist der Hahnschrei nach der Nacht der Zeit,
    der Tau, die Morgenmette und die Maid,
    der fremde Mann, die Mutter und der Tod.

    Du bist die sich verwandelnde Gestalt,
    die immer einsam aus dem Schicksal ragt,
    die unbejubelt bleibt und unbeklagt
    und unbeschrieben wie ein wilder Wald.

    Du bist der Dinge tiefer Inbegriff,
    der seines Wesens letztes Wort verschweigt
    und sich den andern immer anders zeigt:
    dem Schiff als Küste und dem Land als Schiff.

    Tu es l’avenir, la grande aurore
    sur les plaines de l’éternité.
    Tu es le cri du coq après la nuit du temps,
    la rosée, la prière du matin, la jeune fille.
    l’étranger, la mère et la mort.

    Tu es la forme qui sans cesse change,
    qui, toujours solitaire, émerge du destin,
    qui demeure sans gloire ni regret
    et vierge comme une forêt sauvage.

    Tu es l’essence même des choses
    qui tait le dernier mot de son être
    et qui se montre aux autres toujours autre :
    au navire comme une côte, à la terre comme un navire

    (1875-1926). Né à Prague donc autrichien, puis tchécoslovaque.
    Das Stunden-Buch. Le Livre d’heures. Traduction française de Maurice Betz et Luc Fayard

    Rainer-Maria Rilke : Tu es l’avenir

  • Tom Thomson : Le Vent d’Ouest (1916)

    Tom Thomson : Le Vent d’Ouest (1916)

  • Mark Hertier : Black and White Cottage (1914)

    Mark Hertier : Black and White Cottage (1914)

  • Mária Geszler-Garzuly : Between the Trees (2025) – porcelaine

    Mária Geszler-Garzuly : Between the Trees (2025) – porcelaine

  • Lucien Simon : Le pont du Steir à Quimper (1920)

    Lucien Simon : Le pont du Steir à Quimper (1920)

  • Aristide Maillol : Femme assise à l’ombrelle (1892)

    Aristide Maillol : Femme assise à l’ombrelle (1892)

  • William Shakespeare : Blow, winds, and crack your cheeks ! Soufflez, vents, à crever vos joues (1608)

    LEAR
    Blow, winds, and crack your cheeks! rage! blow!
    You cataracts and hurricanoes, spout
    Till you have drench’d our steeples, drown’d the cocks!
    You sulphurous and thought-executing fires,
    Vaunt-couriers of oak-cleaving thunderbolts,
    Singe my white head! And thou, all-shaking thunder,
    Smite flat the thick rotundity o’ the world!
    Crack nature’s moulds, all germens spill at once
    That make ingrateful man!

    LEAR
    Soufflez vents, à crever vos joues ! Faites rage, soufflez,
    Vous trombes d’eau et déluges, jaillissez
    Jusqu’à inonder nos clochers, et noyez leurs girouettes !
    Vous, sulfureux éclairs prompts comme la pensée,
    Avant-coureurs de la foudre qui fend le chêne,
    Brûlez ma tête blanche ! Et toi, tonnerre qui tout ébranle,
    Aplatis l’épaisse rotondité du monde,
    Fracasse les moules de la Nature, disperse d’un seul coup tous les germes
    Qui font l’homme ingrat !

    Le Roi Lear (1608), acte III, scène 2. Traduction Jean-Michel Déprats

    William Shakespeare : Blow, winds, and crack your cheeks ! Soufflez, vents, à crever vos joues (1608)

  • Alphonse Osbert : Le Soir sur le lac (1895)

    Alphonse Osbert : Le Soir sur le lac (1895)

  • Christian Bobin : Il n’y a rien en nous (1991)

    Il n’y a rien en nous. Il n’y a personne. Il n’y a en nous qu’une attente sans couleur et sans forme. Elle n’est l’attente d’aucune chose. Elle est en nous comme de l’air mélangé à de l’air. Elle ne ressemble à rien, sinon peut-être à l’extrême pointe d’une lassitude. Cette attente n’a pas toujours été là. Nous n’avons pas toujours été rien, personne. Dans l’enfance nous étions tout et dieu n’était qu’une part infime de nos domaines – quelque chose comme un brin d’herbe dans un pré.

    C’est avec la fin de l’enfance que l’attente a commencé. C’est après notre mort que nous avons commencé à attendre.

    (1951-2022). Une petite robe de fête. folio/Gallimard, 1991.

    Christian Bobin : Il n’y a rien en nous (1991)

  • Francis Ponge : Le Chêne (1942)

    Francis Ponge : Le Chêne (1942)

  • Octavio Paz : Source

    Parle laisse tomber une parole
    Bonjour j’ai dormi tout l’hiver et maintenant je me réveille
    Parle
    Une pirogue glisse vers la lumière
    Une parole légère avance à pleines voiles
    Le jour a la forme d’un fleuve
    Sur ses rives brillent les plumes de tes chants
    Douceur de l’eau dans l’herbe endormie
    Eau claire voyelles à boire
    Voyelles parures du front des chevilles
    Parle
    Touche la cime d’un silence heureux
    Et puis ouvre les ailes parle sans cesse
    Un visage oublié passe
    Tu passes toi-même allure de vent dans un champ de maïs
    L’enfance avec ses flèches son idole son figuier
    Romps les amarres passe avec la tour et le jardin
    Passent futur et passé
    L’heure déjà morte et l’heure à tuer
    Passent des éclairs qui portent dans leur bec des morceaux de temps encore vivant
    Volées de comètes qui se perdent dans mon front
    Parle
    Mouille les lèvres dans la pierre fendue qui jaillit inépuisable
    Plonge tes bras blancs dans l’eau féconde en prophéties imminentes

    Le Tournesol in Condition de nuage (1939-1955) in Liberté sur Parole, nrf/Poésie/Gallimard, 2014.
    Mexicain (1914-1998). Prix Nobel de littérature en 1990.

    Octavio Paz : Source

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025