Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 428 artistes • 758 auteurs
publiés dans Amavero

  • tambour

    mon cœur n’est qu’un tambour à battre la chamade
    les chemins d’ornières s’y nichent à l’affût
    j’ai perdu l’envie des franches cavalcades
    mon âme est traversée d’un brouhaha diffus

    le rêve est panache fumée grise qui part
    l’amour des mains vaincues dans leur quête du vent
    le bonheur ue île au milieu de nulle part
    le rire un souvenir gelé impertinent

    libérée la montagnes est une pirouette
    les aigles justiciers dessinent un grand V
    sous le soleil vitré miroir aux alouettes
    je ne veux plus marcher sans savoir où je vais

    comment abandonner l’humeur partie en vrille
    l’inconscient devenu mise en abyme et feu
    je veux du beau du vrai je veux des yeux qui brillent
    ne plus être un vain chiot qui court après sa queue

    peut-être un jour qui sait finiront les méandres
    du labyrinthe impasse et des esprits épais
    du désordre naîtra un nouveau monde tendre
    où l’on pourra enfin se reposer en paix

    nous nous endormirons à l’heure où tout est calme
    bercés par le souffle tièdi d’un soir feutré
    à nos pieds les chats gras joueront des amalgames
    de laines arrachées d’araignées apeurées

    les autres animaux se cacheront dans l’ombre
    des chants de halage surgiront des remparts
    l’océan apaisé hissera sa pénombre
    et les bateaux joyeux leurs voiles du départ

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « tambour »

  • conte de l'amour et de la mort

    Un jour, elle apparut sur la terrasse d’en face, s’installa dans le fauteuil, prit son livre et ne le quitta plus des yeux jusqu’au soir.
    Plongé dans ses propres tourments, il n’avait pas détecté sa présence jusqu’alors.
    Au bout de quelques jours, il avait repéré la routine : elle se montrait dans l’après-midi, glissant comme un fantôme dans la chaleur épaisse, trouvait le même coin d’ombre et n’en bougeait plus, la tête légèrement penchée sur le côté, vers les pages. 
    Il ne pouvait distinguer les traits de son visage à contrejour, auréolé par la lumière blanche du soleil. 
    Il l’imaginait jeune et belle, triste, cherchant à se consoler dans ses lectures, ou bien à oublier. 
    Son amant l’avait quittée, c’est sûr et la vie ne possédait plus de sens pour elle. 
    Lui-même vivait un désespoir abyssal. 
    Elle était toujours seule, personne ne venait la voir, à part une vieille servante qui s’occupait d’elle. 
    Solitaire lui aussi et n’ayant finalement rien d’autre à faire, il la fixait des yeux chaque jour un peu plus mais jamais elle ne fit le moindre geste signifiant qu’elle avait remarqué son manège. 
    Alors il l’aima encore plus fort. 
    Un soir où, à son habitude, la servante vint la chercher à la tombée de la nuit, il décida de déclarer sa flamme dès le lendemain. 
    Cette idée le tortura et l’asphyxia toute la nuit. 
    Mais, le lendemain, elle n’apparut pas. 
    Il comprit alors qu’elle était morte et se mit à respirer de plus en plus mal. 
    Il mourut dans la journée. 
    Par hasard, ils furent enterrés tous les deux cote à cote, au fond du cimetière, contre le vieux mur en pierre rongé par les plantes. 
    En quelques mois, le lierre recouvrit les deux tombes d’un même manteau, pour les réunir à jamais.

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « conte de l’amour et de la mort »

    Texte de Luc Fayard illustré par une image créée par l’IA pour ce texte


  • hiératique

    Maurice Denis – La Dame au jardin clos, dit aussi Nu aux bouquets de violettes (1894)

    hiératique sévère et nue
    ambiance japonisante
    tête égyptienne
    dessin géométrique
    que fait-elle là
    entre ses deux vases
    à quoi pense-t-elle
    dans son jardin clos
    qui attends-tu jeune femme
    au ventre arrondi
    à la peau parfaite
    est-ce ce cavalier
    qui vient au loin

    Texte de Luc Fayard inspiré par La Dame du Jardin, de Maurice Denis

    Couverture du livre 'Poèmes courts sur des œuvres d'art. Volume 1 : Les impressionnistes' par Luc Fayard, publié par Éditions Amavero.
    beau-livre « Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 1 : Les impressionnistes », Éditions Amavero, 2023

    Duo œuvre-poème publié dans le beau-livre papier
    Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 1 :
    Les impressionnistes
    Éditions Amavero, Jouy-en-Josas, 2023
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  • orient

    Félix Vallotton – Femmes à leur toilette (1897)

    intimité féminine
    orientale dans la touche
    sur le tapis voici même
    des babouches
    mais où sont-elles
    ces femmes si bien nées
    par le dessin simple
    des courbes et des attitudes
    autour d’elles
    tout s’imagine tout se crée
    dans l’absolue perfection
    de l’incomplétude

    Texte de Luc Fayard inspiré par Femmes à leur toilette, de Félix Vallotton

    Couverture du livre 'Poèmes courts sur des œuvres d'art. Volume 1 : Les impressionnistes' par Luc Fayard, publié par Éditions Amavero.
    beau-livre « Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 1 : Les impressionnistes », Éditions Amavero, 2023

    Duo œuvre-poème publié dans le beau-livre papier
    Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 1 :
    Les impressionnistes
    Éditions Amavero, Jouy-en-Josas, 2023
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  • jaune et rouille

    nappes de vignes
    aux multiples teintes
    tirées d’une palette 
    jaune et rouille
    pénétrant les sens à vif

    treilles dignes
    gémissantes 
    du poids du temps
    dépouillées de leurs apprêts
    les voici comme elles sont
    fatalement désossées
    maigres et nues
    cernées des compagnons
    chênes verts et blancs antiques
    tordus par un sorcier sadique

    ciel bleu et rose
    aux incroyables diagonales
    ouatées le matin
    cristallines ensuite
    ensorcelées le soir

    taches de sang
    des cailloux rouges
    incrustés toute l’année
    mais se détachant mieux
    d’un paysage écorché

    l’automne en provence
    ce n’est pas l’automne qui danse
    c’est une saison unique au monde
    aux odeurs et couleurs invisibles
    un jardin mystérieux
    calme impénétrable 
    et mythique

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « palette jaune et rouille »

    Texte de Luc Fayard illustré par une image créée par l’IA sur ce texte


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    Roger Bissière : Composition verte (1961)

  • Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)

    Voudrais qu’on m’enfougère,
    qu’on m’envente, qu’on m’enrose,
    qu’on m’encoquelicotte, qu’on m’enféminise,
    qu’on m’endoucisse , qu’on m’enciélise ….
    Voudrais pas qu’on m’enterre.

    Louis Calaferte – L’homme vivant (1994)

    Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)

  • Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)

    Sempre caro mi fu quest’ermo colle,
    E questa siepe, che da tanta parte
    Dell’ultimo orizzonte il guardo esclude.
    Ma sedendo e mirando, interminati
    Spazi di là da quella, e sovrumani
    Silenzi, e profondissima quiete
    Io nel pensier mi fingo; ove per poco
    Il cor non si spaura. E come il vento
    Odo stormir tra queste piante, io quello
    Infinito silenzio a questa voce
    Vo comparando: e mi sovvien l’eterno,
    E le morte stagioni, e la presente
    E viva, e il suon di lei. Così tra questa
    Immensità s’annega il pensier mio:
    E il naufragar m’è dolce in questo mare. »

    Toujours j’aimai cette colline solitaire
    Et cette haie qui refuse au regard
    L’ultime horizon de ce monde.
    Mais, en m’asseyant, je laisse aller mes yeux,
    Je façonne, en esprit, au-delà d’e la haie, des espaces sans finn
    Des silences surhumains, et c’est une quiétude
    Si profonde que pour un peu se troublerait
    Le cœur . Et comme alors j’entends
    Le vent bruire dans ces feuillages, je compare
    Ce silence infini à cette voix,
    Et je me souviens de l’éternel
    Et des saisons mortes, et de celle
    Qui vit encore, de sa rumeur.
    Immensité où sombre ma pensée,
    Et m’abîmer m’est doux en cette mer.

    Giacomo Leopardi – Canti (1818)
    Traduction: Luc Fayard à partir des traductions de Philippe Jaccottet et Yves Bonnefoy

    Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)

  • Roberto Juarroz : Ce n’est qu’un rectangle (2021)

    Roberto Juarroz : Ce n’est qu’un rectangle (2021)

  • Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette

    En las orillas del río
    se está bañando la noche,
    y en los pechos de Lolita
    mueren de amor los ramos.

    Mueren de amor los ramos.

    La noche desnuda canta
    por los puentes de marzo.
    Lolita se baña en agua
    de salitre y de nardos.

    Mueren de amor los ramos.

    La noche de anís y plata
    reluce por los tejados.
    Plata de espejos de agua.
    Anís de tus muslos blancos.

    Mueren de amor los ramos.

    Sur les bords de la rivière
    voyez la nuit qui se baigne
    et sur les seins de Lolita
    meurent d’amour les bouquets.

    Meurent d’amour les bouquets.

    La nuit nue chante à voix basse
    sur les ponts du mois de mars.
    Lolita au bain se pare
    dans l’eau saline et le nard.

    Meurent d’amour les bouquets.

    La nuit d’anis et d’argent luit
    sur les toits de la ville.
    Argent des eaux miroitantes.
    Anis de tes cuisses blanches.

    Meurent d’amour les bouquets.

    Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette

  • Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit

    Mes pas coupaient la nuit, sa riposte fut vive
    Et mon sang rougissait les joints des pavés noirs.
    Des mains en multitude élançaient l’offensive,
    Je tombais à genoux, broyée au laminoir.

    Ma bouche a goût de terre et l’humus térébrant
    S’instillait sous ma peau, redoublant le vivant
    Dans un corps devenu un sauvoir célébrant
    Le règne végétal et l’essor excavant.

    J’enracinais mes doigts, plongeant au plus profond
    Et touchant les flux lents, la vie que rien n’aliène,
    Je nourrissais la glèbe abreuvant les greffons
    D’un vert élan fécond, je suis chlorophyllienne.

    Texte d’Isabelle Triaureau, qui a choisi de l’illustrer par La Saveur des larmes, de René Magritte

    pour en savoir plus sur Isabelle Triaureau

    René Magritte - La Saveur des larmes (1946) - gouache sur papier
    René Magritte – La Saveur des larmes (1946) – gouache sur papier

    Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025