Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 556 artistes • 821 auteurs
publiés dans Amavero
Citation Amavero du jour
La vie est une maladie sexuellement transmissible.(Desproges, Coluche, Woody Allen ?…)
Anonyme


  • lac étrange

    décor sombre pays étrange
    aux multiformes entrelacs
    ta vie se déroule sans toi
    dans un rêve de peau d’orange

    un lieu d’acteur et spectateur 
    que tu hantes passant blasé
    tout y est de travers raté
    absences rendez-vous sans heure

    tu vois mille chemins balourds
    dans ce bazar de cinéma
    se proposer à tes pieds las
    embourbés à ce carrefour

    la tête penchée vers le ciel
    tu voudrais indices et signes
    mais les nuages sont indignes 
    avares et caractériels

    c’est à toi de les enfanter 
    idiot tu n’as donc rien compris 
    c’est dans tes pas que se construit 
    le chemin de la liberté

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « lac étrange »


    Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte.


  • la pierre grise est la plate statue

    la pierre grise est la plate statue
    portant en sacrifice un scorpion mort
    là-bas l’enfant joueur sourit encore
    ses bras arrondis cerclant l’arbre nu

    tu rencontreras ainsi tant de vies
    qui s’exposeront sans voile pour toi
    guettant impatiemment que tu sois là
    pour lever leur rideau de comédie

    marcheur solitaire tes pas t’élèvent
    plus haut que le monde aux mille visages
    tu deviens une abstraction moine sage
    énigmatique maître sans élève

    pas de méditation juste la marche
    instinctive et méthodique allurée
    les arbres protègent ton avancée
    de penseur libre serein patriarche

    pour toi la nature n’est pas un temple
    elle est un rêve vif allégorie
    où tu pourras suivre tous les génies
    sans paroles sans bruits sans gestes amples

    les fantômes gris de l’humanité
    te donnant la main pour former la ronde
    tu vas goûter la vibration du monde
    née il y a plus de cent mille années

    tu t’es arrêté tu danses tu erres
    tu ris tu tressailles tu virevoltes
    soudain tu te réveilles sans révolte
    simple marcheur sur un chemin de pierres

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « la pierre grise est la plate statue »


    Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte.


  • vous les vibrants

    vous les vibrants les sensibles
    scrutateurs d’infinis
    voyants férus d’autres vies
    liseurs d’âme entre les lignes

    vous détenez en vision
    l’arc-en-ciel de lumière
    qui éclaire dans votre œuvre  
    les au-delàs d’horizon

    vous en faites un bel usage 
    toujours renouvelé
    comme bat des ailes 
    un papillon inépuisé

    votre passion
    avancer sans barrières
    sur un chemin d’ornières
    de creux d’irraison

    vous y dansez libres passereaux 
    inlassables chercheurs de beauté
    notes matières traits couleurs mots 
    vos ailes vos cris pour exister

    truelles de l’origine du monde
    flèches vives de l’espace et du temps
    avec vous la terre n’est jamais ronde
    ni le ciel frontière fermée au vent

    derrière votre forme façonnée
    le souffle naturel des choses
    porte dans son cycle éternel
    le voyage recommencé

    vous êtes la houle et le sang
    qui nous reconstruisent vivants
    nous gens du passé fétus tristes
    vous gens du futur les artistes

    à la princesse I.M. et à ses pairs


    Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte.


  • bonheur fuyant

    je vois le bonheur fuyant 
    devant mon cœur sans un cri
    fantomatique zombie
    calme serpent ondulant

    je le sens tout proche là 
    tapi dans l’ombre sans œuvre
    onctueux comme une pieuvre
    gros bouddha sibyllin las

    il disparaît prestement
    avant que je ne l’attrape
    fin caméléon satrape
    anguille dans le courant

    l’impie cruel va tanguer
    comme un essaim d’alouettes 
    dessinant la silhouette
    d’une ombre secrète et gaie

    ce pur bonheur à portée
    se dérobe sous mes doigts
    enfantant des tourments froids
    infiniment immergés

    comme le vent comme l’eau
    comme cette chanson triste
    pleurée en mer anarchiste
    par mille fonds abyssaux

    John Martin – The Plains of Heaven (1851)

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « bonheur fuyant »


    Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte.(en haut) et par un tableau de John Martin
    The Plains of Heaven, d’où le classement de cette page dans deux catégories: poemes-ia et poemes-art


  • en bord d'éternité

    quand je serai parti
    de mon âme ma vie
    je me vois volontiers
    assis sur un nuage
    causant aux trépassés
    gisants de tous les âges
    pendant que vous muets
    souffrirez pleutres mous
    juste en deçà de nous

    mais nous serons cléments
    avec vous les vivants
    parce que nous aussi
    gaspilleurs de futur
    locuteurs de grands cris
    et de petits murmures
    nous fûmes égoïstes
    amoureux destructeurs
    ambitieux et menteurs

    oublieux de la vie
    je me demande si
    nous les fantômes blancs
    les ectoplasmes blêmes
    les affranchis du temps
    nous garderons quand même
    en vous examinant
    en bord d’éternité
    un ultime regret

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « en bord d’éternité »


    Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte.



Art et Poésie : dernières publications

  • Aristide Maillol : Femme assise à l’ombrelle (1892)

    Aristide Maillol : Femme assise à l’ombrelle (1892)

  • William Shakespeare : Blow, winds, and crack your cheeks ! Soufflez, vents, à crever vos joues (1608)

    LEAR
    Blow, winds, and crack your cheeks! rage! blow!
    You cataracts and hurricanoes, spout
    Till you have drench’d our steeples, drown’d the cocks!
    You sulphurous and thought-executing fires,
    Vaunt-couriers of oak-cleaving thunderbolts,
    Singe my white head! And thou, all-shaking thunder,
    Smite flat the thick rotundity o’ the world!
    Crack nature’s moulds, all germens spill at once
    That make ingrateful man!

    LEAR
    Soufflez vents, à crever vos joues ! Faites rage, soufflez,
    Vous trombes d’eau et déluges, jaillissez
    Jusqu’à inonder nos clochers, et noyez leurs girouettes !
    Vous, sulfureux éclairs prompts comme la pensée,
    Avant-coureurs de la foudre qui fend le chêne,
    Brûlez ma tête blanche ! Et toi, tonnerre qui tout ébranle,
    Aplatis l’épaisse rotondité du monde,
    Fracasse les moules de la Nature, disperse d’un seul coup tous les germes
    Qui font l’homme ingrat !

    Le Roi Lear (1608), acte III, scène 2. Traduction Jean-Michel Déprats

    William Shakespeare : Blow, winds, and crack your cheeks ! Soufflez, vents, à crever vos joues (1608)

  • Alphonse Osbert : Le Soir sur le lac (1895)

    Alphonse Osbert : Le Soir sur le lac (1895)

  • Christian Bobin : Il n’y a rien en nous (1991)

    Il n’y a rien en nous. Il n’y a personne. Il n’y a en nous qu’une attente sans couleur et sans forme. Elle n’est l’attente d’aucune chose. Elle est en nous comme de l’air mélangé à de l’air. Elle ne ressemble à rien, sinon peut-être à l’extrême pointe d’une lassitude. Cette attente n’a pas toujours été là. Nous n’avons pas toujours été rien, personne. Dans l’enfance nous étions tout et dieu n’était qu’une part infime de nos domaines – quelque chose comme un brin d’herbe dans un pré.

    C’est avec la fin de l’enfance que l’attente a commencé. C’est après notre mort que nous avons commencé à attendre.

    (1951-2022). Une petite robe de fête. folio/Gallimard, 1991.

    Christian Bobin : Il n’y a rien en nous (1991)

  • Francis Ponge : Le Chêne (1942)

    Francis Ponge : Le Chêne (1942)

  • Octavio Paz : Source

    Parle laisse tomber une parole
    Bonjour j’ai dormi tout l’hiver et maintenant je me réveille
    Parle
    Une pirogue glisse vers la lumière
    Une parole légère avance à pleines voiles
    Le jour a la forme d’un fleuve
    Sur ses rives brillent les plumes de tes chants
    Douceur de l’eau dans l’herbe endormie
    Eau claire voyelles à boire
    Voyelles parures du front des chevilles
    Parle
    Touche la cime d’un silence heureux
    Et puis ouvre les ailes parle sans cesse
    Un visage oublié passe
    Tu passes toi-même allure de vent dans un champ de maïs
    L’enfance avec ses flèches son idole son figuier
    Romps les amarres passe avec la tour et le jardin
    Passent futur et passé
    L’heure déjà morte et l’heure à tuer
    Passent des éclairs qui portent dans leur bec des morceaux de temps encore vivant
    Volées de comètes qui se perdent dans mon front
    Parle
    Mouille les lèvres dans la pierre fendue qui jaillit inépuisable
    Plonge tes bras blancs dans l’eau féconde en prophéties imminentes

    Le Tournesol in Condition de nuage (1939-1955) in Liberté sur Parole, nrf/Poésie/Gallimard, 2014.
    Mexicain (1914-1998). Prix Nobel de littérature en 1990.

    Octavio Paz : Source

  • Camillo Innocenti : Nuit (1913)

    Camillo Innocenti : Nuit (1913)

  • Thomas Hart Benton : Night Firing of Tobacco (1943)

    Thomas Hart Benton : Night Firing of Tobacco (1943)

  • Andrew Wyeth : Pennsylvania Landscape (1941) – tempera sur panneau

    Andrew Wyeth : Pennsylvania Landscape (1941) – tempera sur panneau

  • Pablo Neruda : Entrada à a la madera / Entrée dans le bois (1935)

    Con mi razón apenas, con mis dedos,
    con lentas aguas lentas inundadas,
    caigo al imperio de los nomeolvides,
    a una tenaz atmósfera de luto,
    a una olvidada sala decaída,
    a un racimo de tréboles amargos.

    Caigo en la sombra, en medio
    de destruidas cosas,
    y miro arañas, y apaciento bosques
    de secretas maderas inconclusas,
    y ando entre húmedas fibras arrancadas
    al vivo ser de substancia y silencio.

    Dulce materia, oh rosa de alas secas,
    en mi hundimiento tus pétalos subo
    con pies pesados de roja fatiga,
    y en tu catedral dura me arrodillo
    golpeándome los labios con un ángel.

    Es que soy yo ante tu color de mundo,
    ante tus pálidas espadas muertas,
    ante tus corazones reunidos,
    ante tu silenciosa multitud.

    Soy yo ante tu ola de olores muriendo,
    envueltos en otoño y resistencia:
    soy yo emprendiendo un viaje funerario
    entre tus cicatrices amarillas:
    soy yo con mis lamentos sin origen,
    sin alimentos, desvelado, solo,
    entrando oscurecidos corredores,
    llegando a tu materia misteriosa.

    Veo moverse tus corrientes secas,
    veo crecer manos interrumpidas,
    oigo tus vegetales oceánicos
    crujir de noche y furia sacudidos,
    y siento morir hojas hacia adentro,
    incorporando materiales verdes
    a tu inmovilidad desamparada.

    Poros, vetas, círculos de dulzura,
    peso, temperatura silenciosa,
    flechas pegadas a tu alma caída,
    seres dormidos en tu boca espesa,
    polvo de dulce pulpa consumida,
    ceniza llena de apagadas almas,
    venid a mi, a mi sueño sin medida,
    caed en mi alcoba en que la noche cae
    y cae sin cesar como agua rota,
    y a vuestra vida, a vuestra muerte asidme,
    a vuestros materiales sometidos,
    a vuestras muertas palomas neutrales,
    y hagamos fuego, y silencio, y sonido,
    y ardamos, y callemos, y campanas.

    Avec ma seule raison, avec mes doigts,
    avec de lentes eaux lentes inondées,
    je tombe au royaume des myosotis,
    à une tenace atmosphère de deuil,
    à une salle oubliée, déchue,
    à une grappe de trèfles amers.

    Je tombe dans l’ombre, au milieu
    de choses détruites,
    et je regarde des araignées, et je broute des forêts
    de bois secret, secret,
    et je marche parmi des fibres mouillées
    vécues par le cœur vivant de la sève et du silence.

    Matière douce, ô rose de branches sèches,
    dans mes larmes je m’enfonce dans ton sol
    avec des pieds lourds d’une rouge fatigue,
    et dans ta cathédrale dure je m’agenouille
    en me frappant les lèvres avec un ange.

    C’est que c’est moi devant ta couleur de monde,
    devant tes pâles épées mortes,
    devant tes cœurs réunis,
    devant ta silencieuse multitude.

    C’est moi entreprenant un voyage funéraire
    parmi tes cicatrices jaunes :
    c’est moi avec mes lamentos sans origine,
    sans aliments, éveillé, seul,
    entrant dans des couloirs obscurcis,
    arrivant à ta matière mystérieuse.

    Je vois se mouvoir tes courants secs,
    je vois grandir des mains interrompues,
    j’entends tes végétaux océaniques
    crisser de nuit et de fureur secoués,
    et je sens mourir des feuilles vers l’intérieur,
    incorporant des matières vertes
    à ton immobilité désemparée.

    Pores, veines, cercles de douceur,
    poids, température silencieuse,
    flèches collées à ton âme déchue,
    êtres endormis dans ta bouche épaisse,
    poussière de douce moelle consumée,
    cendre pleine d’âmes éteintes,
    venez à moi, à mon rêve démesuré,
    tombez dans mon alcôve où la nuit tombe
    et tombe sans cesse comme une eau brisée,
    et à votre vie, à votre mort agrippez-moi,
    à vos matériaux soumis, à vos inutiles colombes mortes,
    et faisons feu, et silence, et son,
    et flambons, et silence, et carillon.

    (1904-1973). Residencia en la Tierra. Ediciones del Árbo, 1935
    Traduction de Guy Suarès (sauf pour le mot « crujir » remplacé par Luc Fayard par le mot « crisser »)

    Pablo Neruda : Entrada à a la madera / Entrée dans le bois (1935)

  • Mary Oliver : When I Am Among the Trees – Quand je suis parmi les arbres (2006)

    Mary Oliver : When I Am Among the Trees – Quand je suis parmi les arbres (2006)

  • Philippe Jaccottet : L’Ignorant (1957)

    Plus je vieillis et plus je croîs en ignorance,
    plus j’ai vécu, moins je possède et moins je règne.
    Tout ce que j’ai, c’est un espace tour à tour
    enneigé ou brillant, mais jamais habité.
    Où est le donateur, le guide, le gardien?
    Je me tiens dans ma chambre et d’abord je me tais
    (le silence entre en serviteur mettre un peu d’ordre),
    et j’attends qu’un à un les mensonges s’écartent :
    que reste-t-il? que reste-t-il à ce mourant
    qui l’empêche si bien de mourir?
    Quelle force
    le fait encor parler entre ses quatre murs?
    Pourrais-je le savoir, moi l’ignare et l’inquiet?
    Mais je l’entends vraiment qui parle, et sa parole
    pénètre avec le jour, encore que bien vague :
    « Comme le feu, l’amour n’établit sa clarté
    que sur la faute et la beauté des bois en cendres… ».

    (1925-2021). L’Ignorant. Gallimard, 1957

    Philippe Jaccottet : L’Ignorant (1957)

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025