Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 556 artistes • 821 auteurs
publiés dans Amavero
Citation Amavero du jour
Mettre les arêtes de côté ouvre des perspectives.

François D., sur FB


  • mosquée bleue

    entrée libre sans chaussures
    dissimulées par la balustrade en bois
    les femmes voilées prient au fond
    un couple de touristes contemple son selfie
    lui enturbanné elle cachée
    ils sourient à leur image
    d’autres lisent le coran
    ou le routard je ne sais pas
    ici comme ailleurs
    les enfants jouent 
    et pourtant

    une lumière blanche jaillit
    du vitrail meurtrière
    forte implacable
    personne ne la remarque

    et si c’était allah
    qui venait vous dire bonjour
    ou vous sermonner
    à genoux ingrats passants sur terre
    repentez-vous de votre sourire niais
    pleurez vos péchés et vos drames

    mais personne ne l’écouterait
    à cause des rites et des selfies
    et le soir venu
    plus de lumière
    plus d’allah

    l’homme seul face à son destin muré


  • paysage giflant

    je ne savais rien de ce paysage giflant
    était-il beau ou laid
    pourtant 
    au premier coup d’œil 
    je stoppais ma marche 
    subjugué
    les odeurs l’éclairage les froufrous
    tout submergeait mes sens en éveil

    ensorcelé par ce lieu 
    j’y reviendrai souvent
    mes promenades avaient un but 
    désormais

    bien plus tard 
    j’apprendrai à le connaître
    à reconnaître 

    chaque détail
    l’inclinaison des frondaisons
    sensible aux saisons
    les couleurs insolentes 
    des lumières tamisées
    les courbes fruitées 
    des petites sentes
    et plus je le connaitrai
    plus je conforterai 
    mon besoin de lui

    mais il ne changera pas 
    son impact sur moi
    pas plus que je ne corrigerai 
    mon regard sur lui
    dès le début
    il fit partie de moi

    fulgurance de l’esthétique


  • Philippe Jaccottet : Toute fleur n’est que la nuit

    Toute fleur n’est que la nuit
    qui feint de s’être rapprochée

    Mais là d’où son parfum s’élève
    je ne puis espérer enrer
    c’est pourquoi tant il me trouble
    et me fait longtemps veiller
    devant cette porte fermée

    Toute couleur, toute vie
    naît d’où le regard s’arrête


    Ce monde n’est que la crête
    d’un invisible incendie

    Philippe Jaccottet. Airs. Oiseaux, fleurs et fruits. Poésie 1946-1967


  • décor fendu

    sur un bleu frissonnant de murmures
    figurines ridées penchées vers l’avant
    cheminant côte à côte lentement
    les vieilles femmes longent les murs
    les reptiles s’interrogent et s’évadent
    de la pierre rose mal taillée

    les frondaisons épaulées
    se dressent contre l’histoire
    les caresses anciennes restent vives
    qui peut les oublier

    les lignes de fuite se croisent
    comme des destins
    griffant des ronds incertains
    de lumière d’ombre et d’ardoise

    le décor s’est fendu
    il faut tendre la main
    vers l’invisible le nu le silence

    la vie est un tamis sans pépites
    ni archanges
    rien que des grésillements
    creuset mêlant
    des visages qu’on n’oublie pas d‘hier
    des palmiers de nostalgie plein le cœur
    la cloche égrenant un air dur et fier
    le décalage en harmonie couleurs

    animal maladroit
    on saute de pierre en pierre
    jusqu’à l’horizon
    alors qu’on se voudrait poisson
    fluide et optimiste
    plongeant dans les cercles infinis
    de la mousse à l’abîme

    on susurre de tout petits mots
    fragiles mal choisis
    alors qu’on désire l’embrassade
    les cris la folie
    l’accolade

    sur la table jaune et lisse
    la dame du flamenco prend la pose
    là-bas le bois attend d’être coupé
    là-haut le vieux nid se défait en bribes

    le temps ne s’arrête pas il se démultiplie
    en d’interminables pauses
    à chaque moment son sujet

    dans la cour le vieux banc rouillé
    parle avec le vieux banc de pierre
    des moments de marbre et de fer
    chacun se souvient du passé
    chaque tache conte une histoire
    pleine d’orage et de tendresse

    on sent l’amour et la tristesse
    flotter sous la surface noire
    sous celle de mon cœur aussi


  • six haïkus du vent et de la nuit

    le vent dans les feuilles
    les ombres dans son regard
    la nuit m’émerveille

    elle m’a souri
    en éclairant mon esprit 
    à travers la brume

    cette eau qui frissonne 
    je n’en aperçois que l’onde
    sans rien en dessous

    la vie est filandre
    le coeur araignée aveugle
    l’amour pris en toile

    la mare est de glace
    le givre et le gris s’installent
    où sont les lueurs

    se plaindre qu’il pleut
    autant refuser de vivre
    la vie goutte à goutte



Art et Poésie : dernières publications

  • Aristide Maillol : Femme assise à l’ombrelle (1892)

    Aristide Maillol : Femme assise à l’ombrelle (1892)

  • William Shakespeare : Blow, winds, and crack your cheeks ! Soufflez, vents, à crever vos joues (1608)

    LEAR
    Blow, winds, and crack your cheeks! rage! blow!
    You cataracts and hurricanoes, spout
    Till you have drench’d our steeples, drown’d the cocks!
    You sulphurous and thought-executing fires,
    Vaunt-couriers of oak-cleaving thunderbolts,
    Singe my white head! And thou, all-shaking thunder,
    Smite flat the thick rotundity o’ the world!
    Crack nature’s moulds, all germens spill at once
    That make ingrateful man!

    LEAR
    Soufflez vents, à crever vos joues ! Faites rage, soufflez,
    Vous trombes d’eau et déluges, jaillissez
    Jusqu’à inonder nos clochers, et noyez leurs girouettes !
    Vous, sulfureux éclairs prompts comme la pensée,
    Avant-coureurs de la foudre qui fend le chêne,
    Brûlez ma tête blanche ! Et toi, tonnerre qui tout ébranle,
    Aplatis l’épaisse rotondité du monde,
    Fracasse les moules de la Nature, disperse d’un seul coup tous les germes
    Qui font l’homme ingrat !

    Le Roi Lear (1608), acte III, scène 2. Traduction Jean-Michel Déprats

    William Shakespeare : Blow, winds, and crack your cheeks ! Soufflez, vents, à crever vos joues (1608)

  • Alphonse Osbert : Le Soir sur le lac (1895)

    Alphonse Osbert : Le Soir sur le lac (1895)

  • Christian Bobin : Il n’y a rien en nous (1991)

    Il n’y a rien en nous. Il n’y a personne. Il n’y a en nous qu’une attente sans couleur et sans forme. Elle n’est l’attente d’aucune chose. Elle est en nous comme de l’air mélangé à de l’air. Elle ne ressemble à rien, sinon peut-être à l’extrême pointe d’une lassitude. Cette attente n’a pas toujours été là. Nous n’avons pas toujours été rien, personne. Dans l’enfance nous étions tout et dieu n’était qu’une part infime de nos domaines – quelque chose comme un brin d’herbe dans un pré.

    C’est avec la fin de l’enfance que l’attente a commencé. C’est après notre mort que nous avons commencé à attendre.

    (1951-2022). Une petite robe de fête. folio/Gallimard, 1991.

    Christian Bobin : Il n’y a rien en nous (1991)

  • Francis Ponge : Le Chêne (1942)

    Francis Ponge : Le Chêne (1942)

  • Octavio Paz : Source

    Parle laisse tomber une parole
    Bonjour j’ai dormi tout l’hiver et maintenant je me réveille
    Parle
    Une pirogue glisse vers la lumière
    Une parole légère avance à pleines voiles
    Le jour a la forme d’un fleuve
    Sur ses rives brillent les plumes de tes chants
    Douceur de l’eau dans l’herbe endormie
    Eau claire voyelles à boire
    Voyelles parures du front des chevilles
    Parle
    Touche la cime d’un silence heureux
    Et puis ouvre les ailes parle sans cesse
    Un visage oublié passe
    Tu passes toi-même allure de vent dans un champ de maïs
    L’enfance avec ses flèches son idole son figuier
    Romps les amarres passe avec la tour et le jardin
    Passent futur et passé
    L’heure déjà morte et l’heure à tuer
    Passent des éclairs qui portent dans leur bec des morceaux de temps encore vivant
    Volées de comètes qui se perdent dans mon front
    Parle
    Mouille les lèvres dans la pierre fendue qui jaillit inépuisable
    Plonge tes bras blancs dans l’eau féconde en prophéties imminentes

    Le Tournesol in Condition de nuage (1939-1955) in Liberté sur Parole, nrf/Poésie/Gallimard, 2014.
    Mexicain (1914-1998). Prix Nobel de littérature en 1990.

    Octavio Paz : Source

  • Camillo Innocenti : Nuit (1913)

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  • Thomas Hart Benton : Night Firing of Tobacco (1943)

    Thomas Hart Benton : Night Firing of Tobacco (1943)

  • Andrew Wyeth : Pennsylvania Landscape (1941) – tempera sur panneau

    Andrew Wyeth : Pennsylvania Landscape (1941) – tempera sur panneau

  • Pablo Neruda : Entrada à a la madera / Entrée dans le bois (1935)

    Con mi razón apenas, con mis dedos,
    con lentas aguas lentas inundadas,
    caigo al imperio de los nomeolvides,
    a una tenaz atmósfera de luto,
    a una olvidada sala decaída,
    a un racimo de tréboles amargos.

    Caigo en la sombra, en medio
    de destruidas cosas,
    y miro arañas, y apaciento bosques
    de secretas maderas inconclusas,
    y ando entre húmedas fibras arrancadas
    al vivo ser de substancia y silencio.

    Dulce materia, oh rosa de alas secas,
    en mi hundimiento tus pétalos subo
    con pies pesados de roja fatiga,
    y en tu catedral dura me arrodillo
    golpeándome los labios con un ángel.

    Es que soy yo ante tu color de mundo,
    ante tus pálidas espadas muertas,
    ante tus corazones reunidos,
    ante tu silenciosa multitud.

    Soy yo ante tu ola de olores muriendo,
    envueltos en otoño y resistencia:
    soy yo emprendiendo un viaje funerario
    entre tus cicatrices amarillas:
    soy yo con mis lamentos sin origen,
    sin alimentos, desvelado, solo,
    entrando oscurecidos corredores,
    llegando a tu materia misteriosa.

    Veo moverse tus corrientes secas,
    veo crecer manos interrumpidas,
    oigo tus vegetales oceánicos
    crujir de noche y furia sacudidos,
    y siento morir hojas hacia adentro,
    incorporando materiales verdes
    a tu inmovilidad desamparada.

    Poros, vetas, círculos de dulzura,
    peso, temperatura silenciosa,
    flechas pegadas a tu alma caída,
    seres dormidos en tu boca espesa,
    polvo de dulce pulpa consumida,
    ceniza llena de apagadas almas,
    venid a mi, a mi sueño sin medida,
    caed en mi alcoba en que la noche cae
    y cae sin cesar como agua rota,
    y a vuestra vida, a vuestra muerte asidme,
    a vuestros materiales sometidos,
    a vuestras muertas palomas neutrales,
    y hagamos fuego, y silencio, y sonido,
    y ardamos, y callemos, y campanas.

    Avec ma seule raison, avec mes doigts,
    avec de lentes eaux lentes inondées,
    je tombe au royaume des myosotis,
    à une tenace atmosphère de deuil,
    à une salle oubliée, déchue,
    à une grappe de trèfles amers.

    Je tombe dans l’ombre, au milieu
    de choses détruites,
    et je regarde des araignées, et je broute des forêts
    de bois secret, secret,
    et je marche parmi des fibres mouillées
    vécues par le cœur vivant de la sève et du silence.

    Matière douce, ô rose de branches sèches,
    dans mes larmes je m’enfonce dans ton sol
    avec des pieds lourds d’une rouge fatigue,
    et dans ta cathédrale dure je m’agenouille
    en me frappant les lèvres avec un ange.

    C’est que c’est moi devant ta couleur de monde,
    devant tes pâles épées mortes,
    devant tes cœurs réunis,
    devant ta silencieuse multitude.

    C’est moi entreprenant un voyage funéraire
    parmi tes cicatrices jaunes :
    c’est moi avec mes lamentos sans origine,
    sans aliments, éveillé, seul,
    entrant dans des couloirs obscurcis,
    arrivant à ta matière mystérieuse.

    Je vois se mouvoir tes courants secs,
    je vois grandir des mains interrompues,
    j’entends tes végétaux océaniques
    crisser de nuit et de fureur secoués,
    et je sens mourir des feuilles vers l’intérieur,
    incorporant des matières vertes
    à ton immobilité désemparée.

    Pores, veines, cercles de douceur,
    poids, température silencieuse,
    flèches collées à ton âme déchue,
    êtres endormis dans ta bouche épaisse,
    poussière de douce moelle consumée,
    cendre pleine d’âmes éteintes,
    venez à moi, à mon rêve démesuré,
    tombez dans mon alcôve où la nuit tombe
    et tombe sans cesse comme une eau brisée,
    et à votre vie, à votre mort agrippez-moi,
    à vos matériaux soumis, à vos inutiles colombes mortes,
    et faisons feu, et silence, et son,
    et flambons, et silence, et carillon.

    (1904-1973). Residencia en la Tierra. Ediciones del Árbo, 1935
    Traduction de Guy Suarès (sauf pour le mot « crujir » remplacé par Luc Fayard par le mot « crisser »)

    Pablo Neruda : Entrada à a la madera / Entrée dans le bois (1935)

  • Mary Oliver : When I Am Among the Trees – Quand je suis parmi les arbres (2006)

    Mary Oliver : When I Am Among the Trees – Quand je suis parmi les arbres (2006)

  • Philippe Jaccottet : L’Ignorant (1957)

    Plus je vieillis et plus je croîs en ignorance,
    plus j’ai vécu, moins je possède et moins je règne.
    Tout ce que j’ai, c’est un espace tour à tour
    enneigé ou brillant, mais jamais habité.
    Où est le donateur, le guide, le gardien?
    Je me tiens dans ma chambre et d’abord je me tais
    (le silence entre en serviteur mettre un peu d’ordre),
    et j’attends qu’un à un les mensonges s’écartent :
    que reste-t-il? que reste-t-il à ce mourant
    qui l’empêche si bien de mourir?
    Quelle force
    le fait encor parler entre ses quatre murs?
    Pourrais-je le savoir, moi l’ignare et l’inquiet?
    Mais je l’entends vraiment qui parle, et sa parole
    pénètre avec le jour, encore que bien vague :
    « Comme le feu, l’amour n’établit sa clarté
    que sur la faute et la beauté des bois en cendres… ».

    (1925-2021). L’Ignorant. Gallimard, 1957

    Philippe Jaccottet : L’Ignorant (1957)

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025