je parle encore
personne n’entend
parole sans liesse
comme le vent
murmure indistinct
magma lointain
sur la foule qui se presse
et m’ignore
quand les remous
le secouent corps et âme
personne pour partager
la fièvre du marin qui rame
dans une barque ébranlée
par les vagues houleuses
de la solitude
faudra-t-il que je hurle
ma douleur d’être
pour que ma voix parvienne
sans filtre
au cœur sensible et doux
le pénètre
et que l’élu se penche vers moi
ému de mon émoi
si jamais j’entendais
une voix comme la mienne
quel baume elle poserait
sur les plaies du silence
il y aurait tant à dire
pour toucher de près
les êtres qui doutent
les chercheurs de pureté
si l’on m’écoutait
je parlerais sans fin
de la beauté des choses
dans la lumière du soir
et de l’ombre qui les agrandit
je raconterais les méfaits
du serpent du souvenir
et le bienfait d’un sourire inattendu
je dirais tous les espoirs
reliés les uns aux autres
comme une ligne d’horizon
entre vert et bleu
et avant de me taire
je dirais l’amour nu
cristallin de quartz blanc
recelé par le sable
qui sera découvert
le jour du grand reflux
Texte de Luc Fayard