Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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Citation Amavero du jour
The approach that Magnus Carlsen (ndlr: champion du monde d’échecs à 24 ans)  has toward chess—the ability to adapt, identify… Lire


  • Ajout d’œuvres d’art contemporain (Galerie 7)


  • Antonio Machado : Caminante no hay Camino – Voyageur, il n’y a pas de chemin

    ¿Para qué llamar caminos
    a los surcos del azar?…
    Todo el que camina anda,
    como Jesús, sobre el mar.

    Nunca perseguí la gloria,
    ni dejar en la memoria
    de los hombres mi canción;
    yo amo los mundos sutiles,
    ingrávidos y gentiles,
    como pompas de jabón.
    Me gusta verlos pintarse
    de sol y grana, volar
    bajo el cielo azul, temblar
    súbitamente y quebrarse…

    Todo pasa y todo queda,
    pero lo nuestro es pasar,
    pasar haciendo caminos,
    caminos sobre el mar.

    Caminante, son tus huellas
    el camino y nada más;
    caminante, no hay camino,
    se hace camino al andar.
    Al andar se hace camino
    y al volver la vista atrás
    se ve la senda que nunca
    se ha de volver a pisar.
    Caminante no hay camino
    ino estelas en la mar…

    Hace algún tiempo en ese lugar
    donde hoy los bosques se visten de espinos
    se oyó la voz de un poeta gritar :
    « Caminante no hay camino,
    se hace camino al andar… »
    Golpe a golpe, verso a verso…

    Murió el poeta lejos del hogar.
    Le cubre el polvo de un país vecino.
    Al alejarse le vieron llorar.
    « Caminante no hay camino,
    se hace camino al andar… »
    Golpe a golpe, verso a verso…

    Cuando el poeta es un peregrino,
    cuando de nada nos sirve rezar.
    « Caminante no hay camino,
    se hace camino al andar… »
    Golpe a golpe, verso a verso.

    À quoi bon nommer chemins
    les sillons du hasard ?
    Qui marche avance toujours,
    comme Jésus, sur la mer.

    Jamais je n’ai cherché la gloire,
    ni voulu laisser ma chanson
    dans la mémoire des hommes ;
    j’aime les mondes subtils,
    aériens et délicats,
    comme des bulles de savon.
    J’aime les voir se peindre
    de soleil et de pourpre, voler
    sous le ciel bleu, trembler
    subitement puis se rompre…

    Tout passe et tout reste,
    mais notre destin est de passer,
    passer en traçant des chemins,
    des chemins sur la mer.

    Voyageur, ce sont tes traces
    qui font le chemin, rien d’autre ;
    voyageur, il n’y a pas de chemin,
    le chemin se fait en marchant.
    En marchant se fait le chemin
    et lorsqu’on retourne la tête
    on voit le sentier que jamais
    on ne foulera à nouveau.
    Voyageur, il n’y a pas de chemin
    rien que des sillages sur la mer…

    Il fut un temps dans ce lieu
    aux forêts aujourd’hui hérissées d’épines
    où l’on entendit la voix d’un poète crier :
    « Voyageur, il n’y a pas de chemin,
    le chemin se fait en marchant… »
    Coup pour coup, vers par vers…

    Le poète mourut loin de chez lui.
    Il est couvert de poussière venue d’un pays voisin.
    À son départ on le vit pleurer.
    « Voyageur, il n’y a pas de chemin,
    le chemin se fait en marchant… »
    Coup par coup, vers par vers…

    Quand le poète est un pèlerin,
    quand il ne sert à rien de prier.
    « Voyageur, il n’y a pas de chemin,
    le chemin se fait en marchant… »
    Coup par coup, vers par vers.

    Texte d’Antonio Machado, assemblé à partir de différents textes issus de « Proverbes et chansons » dans une suite différente de ce qui est généralement publié sour ce titre « Caminante no hay camino », pour rester fidèle à la fois à la publication d’origine et au poète. Extrait de Champs de Castille, nrf Poésie / Gallimard (édition qui ne publie q’une partie de ce texte hélas). Traduction Luc Fayard à partir de la version Gallimard (Sylvie Léger et Bernard Sesé).


  • quand tu m’aimeras

    quand tu m’aimeras
    j’ouvrirai la fenêtre
    sur un nouveau pays
    à la clarté profonde
    comme tes yeux
    la musique des arbres
    jouera tes partitions
    le vent frissonnera
    de ton murmure
    tes longues mains
    habilleront l’horizon
    mon cœur s’envolera
    en tourbillonnant
    et devant la croisée
    de lumière bleue
    éclairant ma vie
    je ne sais pas
    si je respirerai
    car je pourrai mourir
    quand tu m’aimeras

    Texte de Luc Fayard


  • Pudeur de l’impudeur

    Francis Ponge n’aimait pas les poètes qu’il jugeait impudiques. Au lieu de vanter l’amour ou le sexe, il décortiquait le savon et l’éponge, objets d’un rituel quotidien redécouverts sous de nouveaux angles grâce à lui.
    Mais il a tort sur le fond : rien n’est plus pudique que l’impudeur.
    Si je dévoile mes émois, je le fais d’une manière si particulière que personne ne peut savoir ce qu’ils ont réellement provoqué en moi ni d’où ils viennent. Pas même moi. M’abritant derrière ce que je dis, je drappe d’une d’ambiguïté personnelle l’exposé d’une soi-disant clarté.
    Les mots ne sont que l’écume de l’âme : plus ils prétendent dire le vrai, plus ils le cachent. Le poète est le roi de la figure de style. Il ne décrit aucune réalité dans son texte, qui est juste une autre forme d’expression.
    Comprendre la monde ne se fera pas par les algorithmes. Connaître les équations de la création de l’univers ne conduit pas au bonheur. Le monde n’est pas une construction mathématique, il n’est pas un problème à résoudre, il est une noria de vibrations entre la nature et l’homme.
    A la manière du zen, au-delà des mots et des choses, c’est en vibrant à l’unisson, comme aurait pu dire Merleau-Ponty, que l’on approche d’une certaine forme non pas de connaissance, mais de conscience.
    Il faut être impudique pour participer à cette prise de conscience transrationnelle.
    Le poème ne dit pas ce que le poète pensait, il crée une nouvelle vision que ni l’auteur ni le lecteur n’avaient prévue.
    Comprendre, c’est créer.

    Mise à jour: Je lis ce texte de Kees Van Dongen sur l’impudeur (à propos d’un de ses nus rouges) :
    «Pour tous ceux qui regardent avec leurs oreilles, voici une femme toute nue. Vous êtes pudiques, mais je vous dis que les sexes sont des organes aussi amusants que les cerveaux et si le sexe se trouvait dans la figure, à la place du nez (ce qui aurait bien pu être), où serait la pudeur? L’impudeur est vraiment une vertu comme l’absence de respect pour beaucoup de choses respectables…»
    Kees van Dongen, préface du catalogue de son exposition à la galerie Bernheim-Jeune à Paris, en 1911. » Merci Ludivine (sur facebook)


    Hilma af Klint – Group IX SUW, The Swan n°1 (1915)

    Texte de Luc Fayard


  • matin de l’ange

    le matin
    quand je me lave les dents
    devant la fenêtre ouverte
    le chêne me salue
    de sa voix grave
    mais je ne peux lui répondre
    j’ai la bouche pleine
    les marches de la terrasse me narguent
    viens danser avec nous
    mais je ne peux sortir
    je suis en pyjama
    là-bas
    la ligne des frondaisons me dit
    regarde comme nous sommes belles
    mais je ne vois rien
    je n’ai pas mes lunettes
    l’avion tire un trait dans le ciel
    pour m’inviter à monter a bord
    mais je ne peux voler encore
    je n’ai pas mis mes ailes

    Luc Fayard – Vue de la fenêtre le matin (2026) – photo


    Texte de Luc Fayard, la bouche pleine de dentifrice, devant sa fenêtre le matin


Dernières publications d’art et de poésie

  • Ajouts d’œuvres d’art contemporain (Galerie 1)

    Ajouts d’œuvres d’art contemporain (Galerie 1)

  • Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

    Je ne décrirai donc pas un tableau de Van Gogh après Van Gogh, mais je dirai que Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature, qu’il l’a comme retranspirée et fait suer, qu’il a fait gicler en faisceaux sur ses toiles, en gerbes comme monumentales de couleurs, le séculaire concassement d’éléments, l’épouvantable pression élémentaire d’apostrophes, de stries, de virgules, de barres dont on ne peut plus croire après lui que les aspects naturels ne soient faits.

    Et de combien de coudoiements réprimés, de heurts oculaires pris sur le vif, de cillements pris dans le motif, les courants lumineux des forces qui travaillent la réalité ont-ils eu à renverser le barrage avant d’être enfin refoulés, et comme hissés sur la toile, et acceptés ?

    Il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de visions, pas d’hallucinations.

    C’est de la vérité torride d’un soleil de deux heures de l’après-midi.

    Un lent cauchemar génésique petit à petit élucidé. Sans cauchemar et sans effet.

    Mais la souffrance du prénatal y est.

    C’est le luisant mouillé d’un herbage, de la tige d’un plant de blé qui est là prêt à être extradé.

    Et dont la nature un jour rendra compte.

    Comme la société aussi rendra compte de sa mort prématurée.

    Un plant de blé sous le vent incliné, avec au-dessus les ailes d’un seul oiseau en virgule posé, quel est le peintre, qui ne serait pas strictement peintre, qui aurait pu avoir comme Van Gogh l’audace de s’attaquer à un sujet d’une aussi désarmante simplicité ?

    Non, il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de drame, pas de sujet et je dirai même pas d’objet, car le motif lui-même qu’est-ce que c’est ?

    Sinon quelque chose comme l’ombre de fer du motet d’une inénarrable musique antique, comme le leitmotiv d’un thème désespéré de son propre sujet.

    C’est de la nature nue et pure vue, telle qu’elle se révèle, quand on sait l’approcher d’assez près.

    Témoin ce paysage d’or fondu, de bronze cuit dans l’ancienne Égypte, où un énorme soleil s’appuie sur des toits si croulants de lumière qu’ils en sont comme en décomposition.

    Et je ne connais pas de peinture apocalyptique, hiéroglyphique, fantomatique ou pathétique qui me donne, à moi, cette sensation d’occulte étranglée, de cadavre d’un hermétisme inutile, tête ouverte, et qui rendrait sur le billot son secret.

    Je ne pense pas ce disant au Père Tranquille, ou à cette funambulesque allée d’automne où passe, en dernier, un vieil homme courbé avec un parapluie à sa manche accroché, comme le crochet d’un chiffonnier.

    Je repense à ses corbeaux aux ailes d’un noir de truffes lustrées.

    Je repense à son champ de blé : tête d’épi sur tête d’épi, et tout est dit,

    avec, devant, quelques petites têtes de coquelicots doucement semés, âcrement et nerveusement appliqués là, et clairsemés, sciemment et rageusement ponctués et déchiquetés.

    Seule la vie sait offrir ainsi des dénudations épidermiques qui parlent sous une chemise déboutonnée, et on ne sait pourquoi le regard incline à gauche plutôt qu’à droite, vers le monticule de chair frisée.

    Mais c’est ainsi et c’est un fait. Mais c’est ainsi et cela est fait.

    Occulte aussi sa chambre à coucher, si adorablement paysanne et semée comme d’une odeur à confire les blés qu’on voit frémir dans le paysage, au loin, derrière la fenêtre qui les cacherait.

    Paysanne aussi, la couleur du vieil édredon, d’un rouge de moule, d’oursin, de crevette, de rouget du Midi, d’un rouge de piment roussi.

    Et ce fut sûrement de la faute de van Gogh si la couleur de l’édredon de son lit fut dans le réel si réussie, et je ne vois pas quel est le tisseur qui aurait pu en transplanter l’inénarrable trempe, comme Van Gogh sut transborder du fond de son cerveau sur sa toile le rouge de cet inénarrable enduit.

    Et je ne sais pas combien de prêtres criminels rêvant dans la tête de leur soi-disant Saint-Esprit, l’or ocreux, le bleu infini d’une verrière à leur gouge « Marie », ont su isoler dans l’air, extraire des niches narquoises de l’air, ces cou- leurs à la bonne franquette qui sont tout un événement, où chaque coup de pinceau de Van Gogh sur la toile est pire qu’un événement.

    Une fois, ça donne une chambre proprette, mais d’un tain de baume ou d’arôme qu’aucun bénédictin ne saura plus retrouver pour amener à point ses alcools de santé.

    Une autre fois ça donne une simple meule par un énorme soleil écrasée.

    Cette chambre faisait penser au Grand Œuvre avec son mur blanc de perles claires, sur lequel une serviette de toilette rugueuse pend comme un vieux gri-gri paysan, inapprochable et réconfortant.

    Il y a de ces blancs de craie légers qui sont pires que d’anciens supplices, et jamais comme dans cette toile, le vieux scrupule opératoire du pauvre grand van Gogh n’apparaît.

    Car c’est bien cela tout Van Gogh, l’unique scrupule de la touche sourdement et pathétiquement appliquée. La couleur roturière des choses, mais si juste, si amoureusement juste qu’il n’y a pas de pierres précieuses qui puissent atteindre à sa rareté.

    Antonin Artaud — Van Gogh le suicidé de la société, Œuvres complètes, Éditions Gallimard, tome XIII Littérature et Poésie @super fans

    Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

  • Readman Prud’homme (Camille) : C’est au printemps que je tombe

    c’est au printemps que je tombe, quand il n’y a nulle part pour le sombre, ni le ciel ni les conversations. dans l’illusion des choses qui s’adoucissent, je vois plutôt les duretés qui perdurent, et ce qui ne me concerne pas me chavire.
    j’ai vu des gens qui portaient des uniformes humiliants et d’autres à qui on criait des bêtises, j’ai vu des gens qui venaient de perdre leur amour et d’autres leur candeur et bien que ces drames nétaient pas les miens, ils mont renversée.
    le reste de l’année ce que je croise ne m’assaille pas toujours, mais au printemps on croirait qu’il n’y a plus de seuil entre ce que je suis et ce qui m’entoure.
    alors quand sortir devient hasardeux – quand sortir porte la promesse de nouvelles cruautés – je reste chez moi et j’attends en pensant aux villes assiégées.

    Camille Readman Prud’homme. quand je ne dis rien je pense encore (2021)

    Readman Prud’homme (Camille) : C’est au printemps que je tombe

  • Modèle d’un jour : Sylvie C.

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  • Modèle d’un jour : Marie G.

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  • Pablo Picasso – Suite d’animaux au trait (1941)

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  • Henri Le Sidaner : La Table bleue (1923)

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  • Ajouts d’œuvres d’art impressionnistes (Galerie 2)

    Ajouts d’œuvres d’art impressionnistes (Galerie 2)

  • La Gazette d’Amavero n°18 – Lundi 9 février 2026

    La Gazette d’Amavero n°18 – Lundi 9 février 2026

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025